L’ouverture des sélections doctorales de cette année dans les universités du Cameroun restera à jamais gravée dans les esprits comme étant le début de la fin du mérite, jadis brandi comme principe sacré dans la note du ministre.
LE DOCTORAT CONFISQUÉ, LIVRÉ AUX HÉRITIERS DU SYSTÈME
2023 restera comme l’année où l’université camerounaise a touché le fond. On assistait à la suspension brutale des inscriptions en thèse, un geste sans précédent qui avait laissé des milliers d’étudiants dans l’incertitude.
Puis, dans son discours d’investiture au lendemain des élections d'octobre 2025, le Président de la République a annoncé la levée du moratoire, comme un cadeau solennel fait à la jeunesse. Beaucoup y ont cru. Beaucoup ont espéré. Mais la réalité qui a suivi a été d’une violence froide.
À l’ouverture des sélections doctorales, les universités ont publié leurs listes. Et là, plus personne ne pouvait se raconter d’histoire. Le mérite, brandi comme principe sacré dans la note du ministre, n’a été qu’un décor.
Une façade. Une fiction. Les listes ont révélé ce que tout le monde savait déjà mais que certains feignaient d’ignorer : LE DOCTORAT AU CAMEROUN N’EST PLUS UN DIPLÔME, C’EST UN HÉRITAGE. Un privilège transmis de père en fils, de réseau en réseau, de bureau en bureau.
On y retrouve les mêmes noms, les mêmes familles, les mêmes cercles fermés. Un enfant de gouverneur ici. Un enfant de doyen là. Un proche d’un recteur plus loin. Et pour les autres, les anonymes, les brillants sans parrain, les travailleurs sans « bras longs », il ne reste que le silence.
Ce qui choque, ce n’est même plus l’injustice. C’est la désinvolture. La manière assumée, presque insolente, avec laquelle on piétine l’idée même d’égalité des chances. Comme si l’université n’était plus un espace de savoir, mais un marché où seuls les puissants peuvent acheter l’avenir de leurs enfants.
Une chose est désormais incontestable : le doctorat camerounais n’est plus un sommet académique, c’est un symbole de reproduction sociale. Il n’est plus à portée des pauvres.
Il n’est plus à portée des méritants. Il n’est plus à portée de ceux qui n’ont que leur intelligence et leur travail pour espérer.
Le message envoyé à la jeunesse est brutal : Travaillez si vous voulez, mais sans nom, sans réseau, sans « père », vous resterez au pied de la montagne.
La Clinique Juridique du Sahel – L'Académie du Droit










