Actualités of Wednesday, 18 March 2026

Source: www.camerounweb.com

La clé USB et le courrier du 25 juillet 2024 — la pièce qui fragilise Eko Eko

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Un courrier daté du 25 juillet 2024, une clé USB, un informaticien et un lieutenant : tels sont les nouveaux éléments que Jeune Afrique révèle en exclusivité ce 18 mars 2026 dans le procès dit Martinez Zogo, qui se tient au Tribunal Militaire de Yaoundé. Des éléments qui, sans établir formellement la culpabilité de l'ancien directeur de la DGRE Léopold Maxime Eko Eko, viennent significativement fragiliser la ligne de défense de celui qui nie toute implication dans l'assassinat du journaliste en janvier 2023.

Le courrier d'Alain Thomas Dina Bodo : une chaîne qui remonte à Eko Eko
Jeune Afrique décrit en détail la première pièce à conviction produite lors des audiences des 9 et 10 mars. Il s'agit d'un courrier rédigé le 25 juillet 2024 par Alain Thomas Dina Bodo, informaticien affecté au cabinet d'Eko Eko à la DGRE. Dans ce document adressé à son chef d'inspection, Dina Bodo indique avoir « converti le contenu d'une clé USB contenant des vidéos et des audios », reçus du lieutenant Boukar Bichara — alors chef de la sécurité personnelle d'Eko Eko —, et ce « conformément aux instructions reçues de sa hiérarchie ».
Deux éléments ressortent immédiatement. D'abord, la chaîne de transmission est claire : Eko Eko → Bichara → Dina Bodo. Ensuite, si ces fichiers sont ceux des caméras de surveillance de la DGRE — hypothèse que plusieurs acteurs du dossier jugent plausible selon Jeune Afrique —, ils auraient pu documenter la réunion au cours de laquelle Justin Danwe affirme avoir reçu l'ordre d'enlever Martinez Zogo.

Lorsque la question du contenu exact de la clé USB lui a été posée directement à la barre, Alain Thomas Dina Bodo a refusé de se prononcer. Un silence qui, selon Jeune Afrique, « n'a pas empêché une vive polémique » dans le prétoire. Car ce silence dit quelque chose : il ne dément pas que ces fichiers soient liés à l'affaire Zogo, et il ne le confirme pas non plus — laissant planer une ambiguïté que les avocats des parties civiles et du ministère public ont immédiatement exploitée.

La stratégie de défense d'Eko Eko consiste pour l'instant à empêcher que les pièces les plus accablantes soient versées au dossier sur le fond. La contestation de la recevabilité du procès-verbal de Dina Bodo — produit en photocopie et issu d'une autre procédure — en est l'illustration. Mais Jeune Afrique pointe l'essentiel : même si la pièce est jugée irrecevable sous sa forme actuelle, l'audience du 30 et 31 mars devra accueillir l'original. Et l'original dira ce que la photocopie a déjà laissé entrevoir : qu'il y a eu suppression de fichiers. La question de savoir sur instruction de qui restera, elle, entière — et brûlante.