« BC-PME : quand une banque publique censée soutenir les PME devient un scandale d’État », c’est que soutient Shance Lion sur sa page Facebook. L’activiste donne même une citation : « 99 jours pour le faussaire, un seul jour pour le patron ». La rédaction de CamerounWeb relaie ses propos.
Les 24 et 26 février 2026, le directeur général par intérim de la Banque camerounaise des PME, Amadou Haman, a été placé en garde à vue dans les cellules du parquet du Mfoundi à Yaoundé. À l’origine, une plainte pour escroquerie portant sur 85 millions de francs CFA, déposée par un entrepreneur.
Mais derrière cette affaire judiciaire se cache en réalité un problème beaucoup plus profond : le dysfonctionnement chronique de la BC-PME. Les faits qui ont déclenché l’affaire. Le plaignant, propriétaire d’une entreprise domiciliant ses paiements de marchés publics à la BC-PME, avait ouvert un compte en gestion conjointe avec un gérant, nécessitant en principe une double signature pour les retraits importants.
Or plusieurs irrégularités graves auraient été constatées. En septembre 2023, un prêt de 30 millions de francs CFA aurait été accordé à la seule demande du gérant, sans mandat du propriétaire. Des décaissements auraient été effectués avec la seule signature du gérant, alors que la double signature était obligatoire. Sur certains documents, la signature du propriétaire aurait été imitée. Les mentions du Registre du commerce (RCCM) auraient été modifiées pour introduire le gérant comme co-propriétaire de l’entreprise. Le préjudice total est estimé à 85 millions de francs CFA.
Mais le vrai scandale dépasse ce dossier. Cette affaire met surtout en lumière la dérive de la BC-PME, une banque publique qui devait être un outil stratégique de financement des petites et moyennes entreprises camerounaises. Or la réalité est tout autre.
Une banque qui ne finance plus les PME. La Banque camerounaise des PME a été créée pour soutenir les PME innovantes et créatrices de richesse. Aujourd’hui, de nombreux entrepreneurs dénoncent : des procédures d’accès au crédit quasi impossibles, des dossiers de financement bloqués pendant des mois, des PME sérieuses privées d’accompagnement financier. Pendant ce temps, les crédits semblent parfois réservés à un cercle restreint de privilégiés.
Des crédits accordés sans véritable analyse. Selon plusieurs sources internes, certains financements seraient accordés non pas sur la base d’études de dossiers solides, mais par simple décision du directeur général par intérim.
Conséquence, des prêts mal structurés, des bénéficiaires insolvables, des crédits qui ne sont jamais remboursés, une catastrophe financière. Les chiffres donnent le vertige : 18 milliards de francs CFA de créances compromises, sur un portefeuille total d’environ 20 milliards de francs CFA. Soit près de 90 % de créances à risque.
Pour rappel, la Commission bancaire de l'Afrique centrale (Cobac) fixe un plafond acceptable autour de 8 %. Autrement dit, la banque est pratiquement en situation de faillite technique.
Un paradoxe incompréhensible. Malgré cette gestion catastrophique, l’État du Cameroun s’apprête à injecter à nouveau de l’argent public dans la banque. Les mêmes dirigeants restent en place. Autrement dit ceux qui ont coulé la banque continuent de la diriger.
Comment une banque créée pour soutenir les PME peut-elle : refuser des crédits aux entrepreneurs sérieux, financer des dossiers douteux, accumuler 18 milliards de pertes, et continuer à fonctionner sans réforme ni responsabilité ?
Car au final, ce sont les contribuables camerounais qui paient la facture. Et pendant que la BC-PME s’enfonce, les véritables PME, celles qui créent l’innovation, les emplois et la richesse, restent privées de financement.
Une question s’impose : qui protège réellement les responsables de la banque camerounaise des PME et pourquoi ?









