Pourquoi Issa Tchiroma Bakary, après avoir revendiqué la victoire à la présidentielle d'octobre 2025, a-t-il choisi de quitter le Cameroun pour se réfugier d'abord au Nigeria, puis en Gambie — déconcertant même certains de ses partisans les plus proches ? La réponse, inattendue et profondément humaine, se trouve dans son autobiographie Un homme, une nation, un destin (éditions Télémaque), dont Jeune Afrique publie les bonnes feuilles en exclusivité ce 12 mars 2026. Elle tient en une promesse faite à une femme, dans les larmes, il y a près de vingt ans.
Pour comprendre la scène, Jeune Afrique replace le lecteur en 2007. Tchiroma Bakary vient de perdre une élection entachée de fraudes. Il a investi — et perdu — les économies de sa propre famille dans cette campagne. Son épouse découvre l'étendue du désastre. « Son désarroi me planta un couteau en plein cœur », écrit-il dans ses mémoires. Il la regarde, les yeux remplis de larmes. Et il lui fait une promesse : « C'est la dernière fois que nous pleurons. Cela ne se reproduira plus. Jamais. »
C'est cette promesse, révèle Jeune Afrique, qui constitue le fil conducteur invisible de tout ce qui a suivi — y compris les décisions les plus controversées. Le rapprochement avec Paul Biya en 2007, négocié via l'ambassadeur Martin Belinga Eboutou en échange d'un soutien public à la modification de la Constitution et d'une nomination comme ministre, se lira dès lors autrement : non comme une capitulation idéologique, mais comme un calcul froid destiné à reconstruire les conditions d'un nouveau combat, depuis l'intérieur.
« Celui qui détenait les rênes de l'État n'était plus à la hauteur », écrira-t-il des années plus tard pour expliquer son départ du gouvernement et sa candidature à la magistrature suprême. « Me taire aurait été une complicité. Rester, une trahison. »
La promesse de 2007 éclaire aussi l'exil actuel. Quand Jeune Afrique rapporte que « certains partisans ne s'expliquent pas » la décision de Tchiroma de quitter le Cameroun après la présidentielle, la réponse est pourtant là, dans ses propres mots. Un homme qui a promis à sa femme que son foyer ne pleurerait plus jamais à cause d'une élection volée ne peut pas rester sur le territoire de ceux qui lui volent sa victoire. Partir, c'est aussi tenir parole.
« Ni menaces ni incertitudes ne me feront reculer », répète-t-il dans le livre — une phrase qui résonne différemment quand on sait que derrière elle se tient une promesse conjugale vieille de presque vingt ans, plus solide que n'importe quel calcul politique.
Jeune Afrique précise que l'autobiographie, rédigée avant octobre 2025, n'a pas été actualisée et ne contient pas les détails des dernières joutes électorales. En 175 pages, elle couvre l'enfance dans le Septentrion d'avant l'indépendance, les années de prison partagées avec Marcel Niat Njifenji — actuel président du Sénat —, les trahisons, les alliances et les ruptures. Un livre qui arrive au moment où son auteur, depuis Banjul, continue de revendiquer une victoire que Yaoundé lui refuse.









