Ce devait être la force de protection. C'est devenu, selon plusieurs témoignages recueillis par Jeune Afrique, une nouvelle source de terreur pour les Mbororos du Septentrion camerounais. Déployé dans la région de l'Adamaoua pour enrayer les enlèvements dont cette communauté peule est victime, le Bataillon d'intervention rapide (BIR) est aujourd'hui accusé d'arrestations arbitraires, de torture et, dans au moins un cas, d'homicide.
Jeune Afrique a rencontré trois commerçants peuls — Youssoufa Aboubakar, Yaouba Bouba et Nana Djafarou — qui affirment avoir été détenus en 2016 dans un camp du BIR en pleine forêt, près de Ngaoundéré, pendant des périodes allant de 26 à 51 jours. Soumis à des traitements qu'ils qualifient d'inhumains et dégradants, ils auraient été contraints d'avouer des faits d'enlèvements qu'ils nient catégoriquement. Relâchés sous condition de silence, ils ont néanmoins saisi la justice militaire de Ngaoundéré dès juillet 2016. Leur dossier n'a, à ce jour, abouti à aucune poursuite.
Le cas le plus récent et le plus troublant révélé par Jeune Afrique est celui d'Ilyassou Aliou. Ce collecteur d'or mbororo a été tué de cinq balles dans le dos le 27 avril 2025 à Djomboy, dans la région de l'Est. Son corps aurait été dissimulé puis enterré clandestinement avant d'être restitué à la famille sous la pression communautaire. Selon des témoins cités par Jeune Afrique, des éléments du BIR seraient directement impliqués. En guise de réparation, un haut gradé de l'unité aurait remis à la famille 300 000 francs CFA, un sac de riz et quelques bouteilles d'huile, révélant l'existence d'un mécanisme informel de règlement des bavures, loin de tout cadre judiciaire.
Face aux accusations, le ministre de l'Administration territoriale Paul Atanga Nji avait reconnu dès 2018 que des soldats pouvaient être impliqués dans ces violences, tout en assurant que l'armée avait réglé le problème. Les faits survenus en 2025 contredisent pourtant cette affirmation. Ce deux poids deux mesures installe durablement les Mbororos dans un sentiment d'abandon institutionnel, renforcé par la suspicion systématique dont tout Peul musulman fait l'objet dans un contexte de lutte contre Boko Haram.
Ce tableau dressé par Jeune Afrique pose une question fondamentale sur la gouvernance sécuritaire au Cameroun : comment une communauté peut-elle faire confiance à une armée censée la défendre, quand cette même armée la soumet parfois aux mêmes violences que celles auxquelles elle est censée mettre fin ? Entre impunité militaire et justice au ralenti, les Mbororos du Septentrion restent, comme l'écrit Jeune Afrique, pris en étau entre le marteau des groupes criminels et l'enclume d'un État défaillant.









