Elle aurait pu se taire. En tant que nièce du président de la République, fille du frère cadet de Paul Biya, Cathy Meba aurait pu se contenter du rôle de figuration protocolaire que sa position familiale lui assure naturellement lors des grandes cérémonies. Elle a choisi, au contraire, de provoquer un débat inattendu — et salutaire. À quelques jours du 8 mars, la vice-présidente du Conseil régional du Sud a publié sur ses réseaux sociaux un message appelant purement et simplement à la suppression du pagne de la Journée internationale des droits des femmes. Un appel qui a immédiatement enflammé la toile camerounaise.
Le pagne du 8 mars est une institution au Cameroun. Chaque année, un tissu aux couleurs et motifs spécialement édités pour l'occasion est distribué — en théorie — aux femmes pour marquer la journée. En pratique, dénonce Cathy Meba, ce symbole censé célébrer et honorer les femmes s'est progressivement mué en source de frustration et d'inégalité.
Le constat qu'elle dresse est précis : il est devenu « impossible d'obtenir le pagne à un prix abordable auprès des distributeurs officiels ». La marchandise se retrouve systématiquement entre les mains de revendeurs qui la proposent à des tarifs pouvant atteindre 15 000 FCFA — un montant rédhibitoire pour des femmes vivant en zone rurale ou disposant de revenus modestes. Résultat : celles que la journée est censée célébrer en premier lieu sont précisément celles qui ne peuvent pas se l'offrir.
Ce qui rend cette prise de position particulièrement remarquable, c'est l'identité de celle qui la formule. Cathy Meba n'est pas une militante associative anonyme, ni une opposante cherchant à embarrasser le pouvoir. Elle est une personnalité institutionnelle — vice-présidente d'un Conseil régional — et, surtout, un membre de la famille présidentielle. Que la critique vienne de l'intérieur du premier cercle donne à sa parole un poids et une crédibilité que peu auraient osé revendiquer si ouvertement.
Son message résonne d'autant plus fort que la problématique des détournements et des spéculations autour des pagnes officiels est, en réalité, un secret de polichinelle au Cameroun depuis des années. Nombreuses sont les femmes qui, chaque 8 mars, se retrouvent exclues de facto d'une célébration censée leur être dédiée.
2027 : l'ultimatum en pagne
Cathy Meba ne se contente pas de dénoncer — elle formule une proposition concrète. Elle appelle les femmes à envisager, pour l'édition 2027, de refuser collectivement de porter le pagne si la situation tarifaire et distributive ne s'améliore pas. Un geste symbolique fort, qui transformerait le silence d'un tissu absent en acte de résistance.
La formule est habile : elle ne demande pas l'abolition immédiate d'une tradition, elle pose une condition. Elle laisse aux autorités le temps de corriger ce qu'elle présente comme une dérive commerciale inacceptable — tout en signifiant clairement que la patience a ses limites.
Sur les réseaux sociaux, la réaction ne s'est pas fait attendre. Deux camps se sont rapidement formés. D'un côté, ceux qui saluent une interpellation jugée courageuse et nécessaire, rappelant que le 8 mars doit rester une journée de dignité pour toutes les femmes, pas un marché à la spéculation. De l'autre, ceux qui défendent le pagne comme un symbole fédérateur, vecteur d'identité collective et de solidarité féminine, et qui craignent que sa suppression n'appauvrisse encore davantage la portée de la célébration.
Ce débat, désormais lancé depuis les hauteurs de la famille présidentielle, ne se refermera pas de sitôt. Et c'est peut-être là l'essentiel : qu'il ait lieu.









