Actualités of Tuesday, 24 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Chantal Biya,Dion Ngute ...Judith Nkouete contre Kobila : au Cameroun, la bataille d'une femme face aux puissants

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Elle aurait pu se taire. Beaucoup, à sa place, l'auraient fait. Judith Nkouete a choisi de porter l'affaire devant les tribunaux, de tenir bon malgré deux ans de procédure, malgré les renvois, malgré les deux cents questions en rafale, malgré le poids écrasant d'un adversaire qui préside la commission chargée de défendre les droits humains au Cameroun. Son histoire, que Jeune Afrique documente en exclusivité depuis le début du procès, est devenue bien plus qu'un simple dossier judiciaire.


Judith Nkouete est l'ancienne directrice de cabinet de James Mouangue Kobila. C'est à ce titre qu'elle accuse son supérieur de harcèlement sexuel — des faits que l'intéressé nie fermement, attribuant la rupture à une procédure disciplinaire interne. Ce que Jeune Afrique a pu établir, c'est que derrière le dossier juridique se joue une guerre d'usure dont les femmes, au Cameroun comme ailleurs, sont trop souvent les premières victimes.


La stratégie décrite par la plaignante et ses avocats est méthodique. Depuis le début de l'année 2025, l'accusé aurait posé plus de deux cents questions à la partie civile lors des différentes audiences, transformant chaque comparution en épreuve d'endurance. Face à ce que ses conseils ont qualifié de "harcèlement procédural", Judith Nkouete a franchi un cap symbolique fort le 31 juillet 2025 : elle a publiquement annoncé qu'elle ne répondrait plus aux questions directes du prévenu. Un acte de résistance rare, que Jeune Afrique est en mesure de confirmer et qui a marqué un tournant dans la perception publique de l'affaire.
Mais l'adversaire est puissant. James Mouangue Kobila n'est pas un justiciable ordinaire. Président d'une institution nationale, vice-président d'un réseau continental, il a par ailleurs engagé des poursuites en diffamation et outrage contre un universitaire et un journaliste ayant commenté l'affaire publiquement. Jeune Afrique a recueilli le témoignage d'un avocat spécialisé en droit du travail camerounais qui y voit "une tentative d'assécher l'espace public autour du dossier, de dissuader quiconque d'en parler."

Face à ce rapport de force déséquilibré, Judith Nkouete a cherché des appuis au sommet de l'État. Jeune Afrique révèle qu'elle a adressé des courriers au président Paul Biya, à son épouse Chantal Biya, figure publique engagée sur les questions de santé et de condition féminine, ainsi qu'au Premier ministre Joseph Dion Ngute. Des démarches qui témoignent à la fois de la détermination de la plaignante et de sa conscience que, dans un système où les réseaux comptent autant que les preuves, aucune voie ne doit être négligée.

Le procès reprendra le 30 avril 2026. Pour les associations féministes camerounaises qui suivent l'affaire de près et que Jeune Afrique a pu consulter, l'enjeu dépasse la seule destinée de Judith Nkouete. "Si une femme n'obtient pas justice contre le président de la Commission des droits de l'homme lui-même, quel message cela envoie-t-il à toutes celles qui hésitent encore à parler ?" interroge l'une d'elles. Une question qui résonne bien au-delà des murs du tribunal de Yaoundé.