Actualités of Tuesday, 24 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Le cas Farah : comment l'ICE a utilisé le Cameroun pour contourner un juge fédéral

Image illustrative Image illustrative

Une ordonnance de protection. Un juge fédéral. Et malgré tout, des menottes, un avion, et une cellule à l'arrivée. Le dossier de Farah, jeune Marocaine de 21 ans expulsée des États-Unis vers le Cameroun en janvier 2025, est en train de devenir, selon les juristes contactés en exclusivité par BFM TV, un cas d'école de la dérive autoritaire de l'administration Trump vis-à-vis du pouvoir judiciaire américain.

Les faits sont précis. Un juge fédéral avait émis une ordonnance interdisant l'expulsion de Farah vers le Maroc, reconnaissant officiellement les persécutions — violences familiales, tentative de meurtre — qu'elle y avait subies en raison de son homosexualité. L'administration aurait dû s'y conformer. Elle a choisi une autre voie.

En expulsant Farah non pas vers son pays d'origine mais vers le Cameroun, État tiers avec lequel Washington a conclu un accord d'accueil rémunéré, l'ICE a estimé ne pas violer la lettre de l'ordonnance judiciaire. BFM TV a soumis cette interprétation à trois avocats spécialisés en droit de l'immigration américaine. Leur verdict est unanime : "C'est un détournement de procédure. Le juge avait établi un risque de persécution lié à l'identité sexuelle de Farah. Ce risque ne s'évapore pas parce qu'on change le nom du pays sur le billet d'avion. Le Cameroun criminalise l'homosexualité exactement comme le Maroc."

Ce que révèle en outre BFM TV, c'est le timing délibérément choisi par l'ICE : Farah a été embarquée de force trois jours seulement avant une audience sur sa libération — une audience qui aurait pu changer le cours de son dossier. Plusieurs sources juridiques proches du dossier, contactées par notre rédaction, évoquent une manœuvre intentionnelle visant à précipiter l'expulsion avant toute décision favorable.

Le cas de Farah n'est pas isolé. Selon les informations compilées par BFM TV à partir de documents du Département d'État et de témoignages d'associations, plusieurs dizaines de personnes bénéficiant de protections légales similaires ont été expulsées vers des pays africains tiers depuis janvier 2025, dans le cadre d'accords financiers opaques — 40 millions de dollars déboursés par Washington pour à peine 300 expulsions, soit plus de 130 000 dollars par personne expulsée.

Pour les défenseurs des droits LGBTQ+, le dossier Farah illustre une réalité glaçante : dans l'Amérique de Trump, une ordonnance de protection ne protège plus nécessairement. "On a utilisé la géographie comme arme juridique contre une jeune femme qui avait le droit pour elle", résume un avocat contacté par BFM TV. "C'est une forme de sophistication dans la brutalité."