Elle avait tout quitté. Son pays, sa famille, sa langue. Elle avait traversé le Brésil, puis la frontière américaine, avec une seule certitude : que l'Amérique ne la renverrait pas mourir là où on voulait la tuer. Elle avait tort.
BFM TV, qui a pu recueillir des témoignages de proches de Farah ainsi que des documents liés à son dossier d'immigration, retrace en exclusivité le calvaire de cette jeune Marocaine de 21 ans, homosexuelle, expulsée de force des États-Unis vers le Cameroun en janvier 2025 — un pays où les relations entre personnes de même sexe sont passibles de cinq ans de prison.
Avant de fuir le Maroc, Farah était battue par sa propre famille et par celle de sa compagne. Lorsqu'elle a tenté de se cacher dans une autre ville, des membres de sa famille l'ont retrouvée et ont tenté de la tuer. C'est dans ce contexte de violence extrême qu'elle et sa compagne ont entamé un périple via le Brésil pour rejoindre les États-Unis, où des amis les attendaient.
À la frontière américaine début 2025, Farah croyait toucher au but. Ce qui l'attendait était tout autre : près d'un an de détention, d'abord en Arizona, puis en Louisiane. Sa demande d'asile a été rejetée. Mais un juge fédéral avait accordé à Farah une ordonnance de protection, reconnaissant explicitement le danger mortel qui l'attendait au Maroc. Cette ordonnance aurait dû la protéger.
Elle ne l'a pas protégée.
Trois jours avant une audience cruciale sur sa libération, des agents de l'ICE l'ont menottée et embarquée de force dans un avion. Destination : le Cameroun, pays tiers, où l'homosexualité est également un crime. BFM TV révèle que ce choix de destination n'était pas anodin : en l'expulsant vers le Cameroun plutôt que vers le Maroc, l'administration Trump contournait techniquement l'ordonnance du juge, tout en exposant Farah à une persécution identique, dans un pays qu'elle ne connaissait pas.
À son arrivée au Cameroun, Farah a de nouveau été placée en détention. Face à l'impossible choix entre rester dans un pays étranger qui criminalise son identité ou retourner dans le sien où sa famille veut sa mort, elle a finalement regagné le Maroc. Elle y vit aujourd'hui dans la clandestinité, "avec la peur permanente d'être retrouvée", selon des proches contactés par BFM TV.
Sa compagne, dont la demande d'asile avait également été rejetée mais sans ordonnance de protection, a quant à elle été expulsée directement. Les deux femmes sont aujourd'hui séparées, chacune livrée à elle-même dans un pays qui les considère comme des criminelles.









