L'affaire Martinez Zogo n'a pas fini de livrer ses vérités. Devant le Tribunal Militaire de Yaoundé, le témoignage du 23e témoin, Mohamadou Hamoudou, ancien bras droit logistique de Maxime Eko Eko à la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE), a ouvert hier une brèche dans les arcanes de l'un des services de renseignement les plus opaques du Cameroun. Entre dénégations franches, instructions verbales non traçables et révélations sur les allées et venues de Jean-Pierre Amougou Belinga et Justin Danwé, une question demeure, lancinante : si le matériel utilisé pour l'opération Zogo n'est pas passé par les canaux officiels, qui l'a fourni, et sur ordre de qui ?
Affaire Martinez Zogo : Le Scandale des Moyens de la DGRE Exposé au Tribunal Militaire.
YAOUNDÉ, le 17 Février 2026 – Le Tribunal Militaire de Yaoundé a plongé hier, et jusqu'aux premières heures de ce mardi, au cœur des arcanes de la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE). L'affaire Martinez Zogo, l'un des dossiers les plus retentissants de ces dernières années, a vu défiler son vingt-troisième témoin, l'officier de police de deuxième grade, Mohamadou Hamoudou. Sa déposition, scrutée à la loupe par le Ministère Public et la défense, a mis en lumière les dysfonctionnements présumés et les pratiques ambiguës au sein de cette institution clé des services de renseignement camerounais.
Une Audience Sous Haute Tension, Des Révélations Cruciales.
Prévue initialement à 10h, l'audience n'a débuté qu'à 12h38, marquant le rythme lent mais impitoyable de cette procédure. Mohamadou Hamoudou, ancien garde du corps de Maxime Eko Eko – ex-patron de la DGRE et accusé principal – puis Commandant d'Appui et de Logistique (COMDAL), a prêté serment. Son témoignage était particulièrement attendu, car il touchait directement à la gestion des moyens opérationnels qui auraient pu être utilisés dans le cadre de l'enlèvement et l'assassinat de Martinez Zogo.
Interrogé par le Commissaire du Gouvernement, Mohamadou Hamoudou a détaillé son parcours au sein de la DGRE depuis 2012. Après avoir servi comme garde du corps jusqu'en 2018, il a accédé au poste stratégique de COMDAL de 2020 à 2023. Son rôle était clair : recevoir les sollicitations des équipes d'opérations et préparer le matériel nécessaire, incluant armes et véhicules.
Le Bon de Sortie, la Faille du Système ?
Le point central de son audition a tourné autour de la traçabilité du matériel. Le témoin a affirmé avec constance que toutes les armes et véhicules déployés par la DGRE dépendaient de son groupement et que leur sortie était subordonnée à son accord, "sur la base d'un bon de sortie". Il a insisté : une arme sortie pour une mission ne peut être redéployée pour une autre, et tout est "traçable" grâce à ce système de bons de sortie et de registres de réintégration.
Cependant, des zones d'ombre sont apparues. Si la "validation" d'une mission par la hiérarchie – le Directeur Général de la DGRE – est la règle, Mohamadou Hamoudou a concédé que les instructions pour la mise à disposition de matériel pouvaient être "verbales", émanant du CT1 (Chef de la Cellule Technique) ou du DO (Directeur des Opérations). Cette brèche potentielle dans le protocole écrit a immédiatement interpellé la défense.
Des Dénégations Franches Face aux Accusations.
Face au Ministère Public, le COMDAL a été catégorique :
- Aucune investigation interne n'a été menée à sa connaissance suite à l'affaire Martinez Zogo.
- Son groupement n'a pas été "formellement mis à contribution" dans cette affaire.
- Il n'a "aucune diligence" concernant la sortie d'armes de type VZ (fusils d'assaut).
- Il n'a "pas autorisé la mise à disposition d'un véhicule" pour l'opération Zogo.
Ces affirmations posent un problème majeur : si le matériel utilisé n'est pas passé par les canaux officiels du COMDAL, comment a-t-il été obtenu et par qui ? Le témoin a même jugé que l'utilisation de matériel en dehors des procédures serait un "usage frauduleux" constituant un "préjudice à la DGRE".
Quand les Accusés Interrogent le Témoin Clé.
L'audition a pris une tournure dramatique lorsque les accusés ont eux-mêmes interpellé Mohamadou Hamoudou. Maxime Eko Eko, l'ex-DG de la DGRE, a tenté de discréditer certains points du témoignage de son ancien subordonné. Il a notamment souligné que, en tant qu'officier de police (grade obtenu en 2020), il était "impossible" que Mohamadou Hamoudou ait continué à exercer la fonction de garde du corps. Eko Eko a également insisté sur la disponibilité des armes VZ dans les magasins de la DGRE, insinuant que si le DO Danwé en avait eu besoin, il n'aurait pas eu à recourir à des moyens détournés.
L'accusé Oumarou Godje, dont le bureau était en face de celui du COMDAL, a tenté de mettre en évidence les zones grises : il a confirmé recevoir parfois des "instructions verbales" de son chef, le DO, corroborant ainsi la faille dans la traçabilité.
Les Réseaux Parallèles et le Tissu d'Alliances.
Un moment particulièrement saillant de l'audience fut la révélation concernant le Lieutenant Karimou, chef du service des moyens roulants sous l'autorité de Mohamadou Hamoudou. Ce dernier a déclaré que Karimou lui avait confié, "quand l'affaire chauffait" et après son interpellation, que Jean-Pierre Amougou Belinga et Justin Danwé – deux figures centrales de ce dossier – se rendaient régulièrement visite à l'immeuble Ekang. Cette information, si elle est avérée, corrobore les liens entre les acteurs clés du drame et pourrait éclairer la logistique et la planification de l'opération Zogo.
La question de la "mise sur écoute" de Jean-Pierre Amougou Belinga par la DGRE, évoquée par la défense de ce dernier, a été balayée par le témoin qui a nié en avoir eu connaissance, précisant que la DGRE n'avait pas été "associée" dans ce cadre. Une avocate de la partie civile a par ailleurs rappelé une précédente déclaration de Mohamadou Hamoudou du 1er février, où il rapportait la "désapprobation" du DG de la DGRE envers les communications "avec l'ambassadeur et autres autorités" d'Amougou Belinga, pointant du doigt une certaine défiance interne.
L'audition de Mohamadou Hamoudou, suspendue à 18h00, a été suivie par celle du Commandant Penda, COMDAL du GTI, dont la cross-examination reprendra ce matin. L'affaire Martinez Zogo continue de défrayer la chronique, chaque témoignage ajoutant une nouvelle pièce à un puzzle macabre dont la vérité judiciaire est ardemment recherchée.
Christian Essimi









