Actualités of Sunday, 15 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Dominique Fousse balance une vérité à Biya et ses collaborateurs

Bon temps Bon temps

Dominique Etéki Fousse est nostalgique. L’avocate, célèbre par son engagement dans des affaires criminelles et médiatisées au pays, a espoir que le Cameroun redevienne comme avant et s’adresse presqu’à Paul Biya et aux dirigeants.

Je suis antillaise. Il y a quarante ans, j’ai suivi mon époux au Cameroun, son pays. J’y ai été accueillie avec chaleur, respect et bienveillance. Je m’y suis adaptée, j’y ai travaillé, j’y ai tissé des liens, et peu à peu j’ai fait corps avec cette terre.

Dans les années 80, il faisait bon y vivre. Les différences existaient, bien sûr, mais elles ne divisaient pas. Le tribalisme n’était pas cette fracture béante qu’il tend à devenir aujourd’hui.

Mon défunt époux, originaire du Littoral, des îles du Wouri, avait suivi son père, fonctionnaire, dans plusieurs régions du pays. Il parlait ainsi plusieurs langues nationales. Il avait des amis partout. Et l’on sait le poids des amitiés d’enfance, ces liens tissés dans l’innocence, au-delà des appartenances, au-delà des origines.

Notre maison était ouverte à tous. Notre table ne faisait pas de tri. Nous étions de caractère profondément social. Nous croyions — et je crois toujours — que la richesse du Cameroun réside dans sa diversité, non dans son enfermement.

Aujourd’hui, certains voudraient m’entraîner dans des discours de haine, me prêter des intentions tribalistes. L’idée est absurde. Comment une étrangère, qui a été accueillie et intégrée, pourrait-elle se faire l’apôtre du rejet ? Ce serait une trahison de ce que j’ai reçu. Mais au-delà de ma personne, il y a un combat plus grand.

Le tribalisme est devenu l’un des nouveaux fléaux de ce pays. Il gangrène les esprits, fracture les familles, empoisonne le débat public. Il transforme les différences culturelles — qui devraient être une richesse — en lignes de front. Il réduit l’individu à son origine, comme si l’appartenance ethnique devait primer sur la compétence, l’intégrité, l’humanité. Sortir du tribalisme n’est pas un luxe moral. C’est une nécessité nationale.

Aucun pays ne peut se construire durablement sur la suspicion et la fragmentation. Aucune jeunesse ne peut espérer s’élever si on lui apprend d’abord à se méfier de son voisin. Le Cameroun est plus grand que ses appartenances locales. Il est une mosaïque, et une mosaïque ne tient que si chaque pièce accepte d’être à la fois distincte et solidaire de l’ensemble.

Il nous faut retrouver l’esprit des années où l’on circulait, où l’on se liait, où l’on apprenait les langues les uns des autres sans y voir une menace. Il nous faut réhabiliter l’amitié, la fraternité, la citoyenneté au-dessus des clivages.

L’amour d’un pays ne se mesure pas à la défense exclusive de son clan. Il se mesure à la capacité de protéger le bien commun. Sortir du tribalisme, c’est choisir la maturité collective. C’est choisir la dignité. C’est choisir l’avenir.