Après des semaines de tensions, la Fédération Camerounaise de Football a levé la tutelle sur le club Éclair de Sa'a. Dans un communiqué, l'instance explique sa démarche et affirme agir "loin de toute logique de règlement de comptes", tout en reconnaissant officiellement la famille Mvogo comme ayants droit du club.
La réhabilitation de Christian Onana à la tête du bureau exécutif d'Éclair de Sa'a marque un tournant dans une affaire qui a secoué le football féminin camerounais ces derniers mois. Dans une prise de position, la FECAFOOT a tenu à clarifier les raisons de ce revirement, insistant sur son rôle d'arbitre au service de l'intérêt supérieur du football camerounais.
Selon la Fédération, "la réhabilitation de Monsieur Christian Onana à la tête du bureau exécutif d'Éclair de Sa'a, à la demande des ayants droit du club, notamment la famille Mvogo, confirme une fois de plus que la FECAFOOT œuvre prioritairement pour la préservation des intérêts du football camerounais, loin de toute logique de règlement de comptes comme on le laisse entendre".
Cette précision n'est pas anodine. Ces dernières semaines, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer ce qu'elles considéraient comme une ingérence arbitraire de la fédération dans les affaires internes du club. La FECAFOOT entend donc couper court à ces accusations en rappelant qu'elle a agi à la demande des propriétaires légitimes du club.
Pour comprendre le contexte actuel, il faut remonter aux origines du différend. La FECAFOOT rappelle que "lorsque la famille Mvogo avait saisi la FECAFOOT pour dénoncer une gestion jugée opaque du club sous la direction de Monsieur Christian Onana, elle exprimait alors son souhait d'exercer pleinement son droit de regard sur la gestion du club".
C'est donc la famille Mvogo elle-même, fondatrice et propriétaire historique d'Éclair de Sa'a, qui avait initialement alerté la fédération sur des dysfonctionnements dans la gestion du club. Une démarche qui avait conduit à la mise sous tutelle temporaire de la structure.
Selon l'instance fédérale, "la mise en place d'un comité de gestion provisoire par la FECAFOOT répondait ainsi à une nécessité, celle de protéger l'intérêt supérieur du club dans un contexte de tensions internes susceptibles de compromettre sa stabilité et sa participation aux compétitions".
Cette explication souligne que la décision n'était pas prise contre Christian Onana personnellement, mais visait à préserver le club dans un moment critique. Le risque était réel : des tensions internes auraient pu compromettre la participation d'Éclair de Sa'a aux compétitions officielles, avec toutes les conséquences sportives et financières que cela implique.
Le revirement de situation s'explique par une évolution dans les rapports entre les protagonistes. Pour la FECAFOOT, "le fait que la famille Mvogo demande la suspension de ce comité provisoire laisse supposer qu'un consensus a été trouvé entre les différentes parties, dans le but de garantir la continuité administrative et sportive du club".
Cette interprétation suggère que Christian Onana et la famille Mvogo ont trouvé un terrain d'entente, permettant le retour du président à la tête du club dans des conditions jugées acceptables par les propriétaires. Les termes précis de cet accord n'ont pas été rendus publics, mais il semble avoir dissipé les inquiétudes qui avaient justifié l'intervention fédérale.
La reconnaissance officielle de la famille Mvogo
Au-delà du cas spécifique de Christian Onana, cette affaire consacre un principe important. "Cette évolution met en lumière la reconnaissance, par la FECAFOOT, de la famille Mvogo en tant qu'ayants droit du club qui est patrimoine familial", souligne la fédération.
Cette reconnaissance officielle n'est pas qu'une formule de style. Elle établit clairement que la famille Mvogo, fondatrice du club, conserve des droits de propriété sur Éclair de Sa'a. Un principe qui pourrait faire jurisprudence pour d'autres clubs familiaux du championnat camerounais.
La FECAFOOT insiste également sur "son attachement à respecter scrupuleusement les démarches [de la famille Mvogo], dans l'optique de préserver la stabilité et l'avenir d'Éclair de Sa'a".
En d'autres termes, l'instance fédérale affirme ne pas imposer ses décisions de manière unilatérale, mais agir en fonction des demandes formulées par les ayants droit légitimes. Une posture qui vise à la fois à légitimer son intervention initiale et son retrait actuel.
Si cette explication officielle permet de mieux comprendre le déroulement des événements, plusieurs questions demeurent. Qu'est-ce qui a changé dans la gestion du club pour que la famille Mvogo, qui dénonçait une "gestion opaque" il y a quelques semaines, demande aujourd'hui le retour de Christian Onana ?
Quels engagements le président du club a-t-il pris pour dissiper les inquiétudes des propriétaires ? Et surtout, quels mécanismes de contrôle seront mis en place pour éviter qu'une nouvelle crise n'éclate dans les mois à venir ?
Pour l'instant, Christian Onana reprend les commandes d'Éclair de Sa'a avec la bénédiction de la famille Mvogo et l'aval de la FECAFOOT. Le club peut ainsi se concentrer sur sa participation aux compétitions et régulariser ses dossiers administratifs, notamment les licences sportives.
Mais cette affaire aura révélé les fragilités de la gouvernance dans le football féminin camerounais, où les structures familiales côtoient des exigences de professionnalisation croissantes. Un équilibre délicat qui nécessitera vigilance et dialogue entre toutes les parties prenantes.
La FECAFOOT, de son côté, espère avoir démontré sa capacité à arbitrer les conflits tout en respectant les droits des propriétaires de clubs. Un message adressé à l'ensemble du paysage footballistique camerounais : l'instance fédérale entend être un régulateur impartial, pas un censeur arbitraire.









