Actualités of Tuesday, 10 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Paul Biya : l’homme qui aimait humilier ses anciens condisciples.

Image illustrative Image illustrative

Derrière l’image réservée et l’apparente retenue du président Paul Biya se cache une personnalité jalouse de son rang et prompte à humilier ceux qui, de près ou de loin, pourraient faire de l’ombre à son autorité. Deux figures intellectuelles et politiques, pourtant anciens condisciples et collaborateurs proches, en ont fait l’amère expérience : Léopold-Ferdinand Oyono, diplomate et écrivain de renom, et Georges Ngango, écarté du gouvernement et empêché de saisir une opportunité internationale majeure. Des épisodes révélateurs d’une obsession du pouvoir absolu et d’une volonté systématique de rappeler qui est, et reste, l’unique vedette du régime.





Paul Biya : l’homme qui aimait humilier ses anciens condisciples.

À la lecture attentive des portraits les plus fouillés du potentat camerounais ad vitam æternam, se dessine nettement le profil d’un homme orgueilleux, vaniteux, imbu de sa personne et peu enclin à tolérer toute tête qui dépasse. Cette posture éclaire ses rapports souvent ambigus, voire conflictuels, avec certains de ses anciens condisciples, dont la stature intellectuelle ou morale semblait lui faire ombrage.

Le cas de Léopold-Ferdinand Oyono est, à cet égard, particulièrement révélateur. Auteur emblématique du Vieux Nègre et la médaille et de Une vie de boy, Oyono est aussi un haut diplomate : il représentait alors le Cameroun à la mission permanente auprès des Nations unies à New York. C’est à lui que Paul Biya demanda conseil lorsque le président Ahmadou Ahidjo, au moment décisif de la succession, ne lui accorda que 24 heures de réflexion, là où Biya en sollicitait 48. Oyono l’encouragea sans détour à accepter immédiatement. Plus encore, c’est lui qui rédigea et fit télécopier depuis New York le discours d’investiture de Paul Biya, prononcé le 6 novembre 1982.

Cette proximité n’empêchera pourtant ni la méfiance ni l’humiliation. Selon une anecdote rapportée par Jean-Marie Atangana dans ses mémoires — sans citer nommément le protagoniste — Paul Biya aurait un jour pris son Secrétaire général à part pour évoquer des rumeurs selon lesquelles Ferdinand Oyono exigeait de ses collaborateurs qu’ils viennent le saluer à l’aéroport à chacun de ses déplacements, au départ comme au retour, à l’instar des usages réservés au chef de l’État. Pris de colère, Biya aurait alors tranché :
« Dites-lui d’arrêter ce cirque immédiatement ! Il n’est pas président de la République ! »

Car derrière l’apparence nonchalante, le masque de la timidité et le silence du taciturne pudique, Paul Biya nourrit un goût prononcé pour le vedettariat — à une condition essentielle : être l’unique vedette du spectacle.

Le sort réservé à Georges Ngango, autre ancien condisciple de Paul Biya au séminaire, obéit à la même logique. Écarté du gouvernement sans justification apparente, Ngango voit s’ouvrir devant lui une opportunité internationale majeure lorsque Javier Pérez de Cuéllar, alors Secrétaire général de l’ONU — avant Boutros-Boutros Ghali et Kofi Annan — crée un poste régional à Nairobi et le lui confie. Informé de cette nomination, Paul Biya ordonne à Fochivé de faire confisquer le passeport de Ngango au moment même où celui-ci s’apprête à embarquer à l’aéroport de Douala.

Quelques mois plus tard, croisant Pérez de Cuéllar lors d’un sommet à New York, le président camerounais se permet de lui faire remarquer que le Cameroun a besoin de tous ses cadres — y compris de ceux qui, momentanément, se retrouvent « à la touche ».

JPD