Actualités of Monday, 9 February 2026

Source: www.camerounweb.com

C'est un crime: Dieudonné Essomba sort la sulfateuse et détruit Ferdinand Ngoh Ngoh

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L'économiste camerounais s'insurge contre le marché de gré à gré de 21 milliards de FCFA validé par le Secrétariat général de la Présidence, dénonçant une procédure qui court-circuite les communes et les instances locales


Le marché des lampadaires pour l'éclairage des communes camerounaises continue de susciter la polémique. Après plusieurs voix critiques, c'est au tour de l'économiste Dieudonné Essomba de monter au créneau. Invité de l'émission Club d'Élites diffusée le 8 février sur Vision 4, l'analyste économique n'a pas mâché ses mots : « Le projet de lampadaires, techniquement, est un crime macroéconomique ».


Au cœur de la controverse, un marché de gré à gré portant sur un investissement de plus de 21 milliards de francs CFA, destiné à l'acquisition de lampadaires pour éclairer les communes du Cameroun. Ce contrat, passé entre le ministère de l'Habitat et du Développement urbain (MINHDU) et le Secrétariat général de la Présidence de la République, a été validé directement par le Secrétaire général à la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh.

C'est précisément cette procédure qui fait grincer des dents. Pour Dieudonné Essomba, ce dossier illustre parfaitement les dysfonctionnements qui « bloquent le Cameroun ». L'économiste a analysé la situation sous deux angles : économique et procédural.

Sur le plan strictement économique, Dieudonné Essomba ne décolère pas. Selon lui, investir 21 milliards de francs CFA dans des lampadaires relève d'une mauvaise allocation des ressources publiques dans un pays aux besoins de développement criants.

« Ce sont des mesures qui bloquent le Cameroun », a-t-il martelé lors de son intervention télévisée. L'économiste semble suggérer que cet investissement colossal aurait pu être orienté vers des secteurs plus stratégiques pour l'économie nationale : infrastructures routières, santé, éducation, ou encore soutien à l'entrepreneuriat local.

Dans un contexte où le Cameroun fait face à des défis économiques majeurs – endettement croissant, inflation, ralentissement de la croissance – la pertinence d'un tel projet soulève légitimement des questions. D'autant plus que le montant annoncé paraît démesuré pour un pays où de nombreuses communes manquent d'équipements de base bien plus essentiels.

Mais c'est surtout sur le plan procédural que Dieudonné Essomba a concentré ses critiques les plus virulentes. L'économiste dénonce un processus qui bafoue les principes de décentralisation et de gouvernance locale.

« Les lampadaires sont des problèmes de communes, ce n'est pas un problème de région. Vous partez du Palais, vous sautez le Premier ministre, la région et la commune. Un gouvernement normal ne fait pas ça », s'est-il offusqué lors de l'émission Club d'Élites.

Cette déclaration met en lumière une anomalie administrative majeure : un marché concernant directement les communes camerounaises a été géré au plus haut niveau de l'État, sans passer par les canaux habituels de la décentralisation. Le circuit normal aurait voulu que les communes, en tant que collectivités territoriales décentralisées, soient les maîtres d'ouvrage de leurs propres projets d'éclairage public.

Cette centralisation excessive des décisions va à l'encontre des principes de la décentralisation, pourtant inscrite dans la Constitution camerounaise et censée rapprocher la gestion publique des citoyens.

Au-delà des critiques de Dieudonné Essomba, d'autres voix se sont élevées pour dénoncer le montant du marché. Vingt-et-un milliards de francs CFA pour des lampadaires : le chiffre interpelle.

Des observateurs ont souligné que ce coût paraît disproportionné, surtout dans un pays où l'expertise technique locale existe. Plusieurs sources estiment que le chantier aurait pu être confié à des entreprises camerounaises, employant des ingénieurs et techniciens issus des écoles de formation du pays.

Cette option aurait présenté plusieurs avantages : réduction des coûts, renforcement des capacités locales, création d'emplois pour les jeunes diplômés camerounais, et développement du tissu économique national. Au lieu de cela, le recours à un marché de gré à gré suscite des interrogations sur la transparence du processus et les critères de sélection du prestataire.

Sans accuser formellement, plusieurs commentateurs ont laissé entendre que le montant du marché pourrait intégrer des marges substantielles. Les marchés de gré à gré, par nature moins transparents que les appels d'offres ouverts, sont souvent pointés du doigt comme des vecteurs potentiels de surfacturation et de corruption.

Dans un pays régulièrement classé parmi les plus corrompus au monde par Transparency International, toute dépense publique de cette ampleur mérite un examen scrupuleux. D'autant que les lampadaires, équipements relativement standards, disposent de prix de marché bien établis qui permettent aisément d'identifier d'éventuels surcoûts.

Au-delà du cas spécifique des lampadaires, c'est toute une philosophie de gouvernance qui est questionnée. Dieudonné Essomba, en qualifiant ce projet de « crime macroéconomique », ne s'attaque pas seulement à un marché isolé, mais à un système de prise de décision qu'il juge dysfonctionnel.

L'expression « un gouvernement normal ne fait pas ça » résume son diagnostic : le Cameroun souffrirait d'un mode de gouvernance où les décisions importantes sont prises au sommet, de manière centralisée et opaque, sans consultation des parties prenantes locales et sans respect des procédures établies.

Cette critique rejoint un constat plus large, souvent formulé par les économistes et les observateurs de la scène camerounaise : le pays pâtit d'un excès de centralisation qui freine son développement, bride les initiatives locales et entretient une culture de dépendance vis-à-vis du pouvoir central.

À ce jour, ni le MINHDU ni le Secrétariat général de la Présidence n'ont réagi publiquement aux critiques formulées par Dieudonné Essomba et d'autres voix. Ce silence alimente les spéculations et renforce le sentiment d'opacité autour de ce dossier.

Les Camerounais aimeraient savoir : pourquoi un marché de gré à gré plutôt qu'un appel d'offres ouvert ? Quels critères ont présidé au choix du prestataire ? Comment se justifie le montant de 21 milliards ? Pourquoi les communes n'ont-elles pas été associées à un projet qui les concerne directement ?
Autant de questions qui, en l'absence de réponses officielles, continuent d'alimenter la polémique et d'éroder la confiance des citoyens dans la gestion des deniers publics.

L'affaire des lampadaires pourrait servir de catalyseur à un débat plus large sur la décentralisation effective au Cameroun. Vingt ans après les premières lois sur la décentralisation, le bilan reste mitigé : les collectivités locales disposent de peu de moyens financiers et de marges de manœuvre limitées, tandis que le pouvoir central continue de contrôler l'essentiel des ressources et des décisions.

Les prochains jours diront si les critiques de Dieudonné Essomba trouveront un écho au-delà des plateaux de télévision, notamment au sein de l'Assemblée nationale où les députés pourraient saisir l'occasion pour exiger des clarifications sur ce marché controversé.

En attendant, le projet des lampadaires s'inscrit dans une longue liste de marchés publics questionnés au Cameroun, alimentant le sentiment diffus d'une gestion peu rigoureuse des ressources nationales – sentiment que les autorités peinent à dissiper tant qu'elles persistent dans le silence et l'opacité.