Actualités of Wednesday, 4 February 2026

Source: www.camerounweb.com

RDPC : Gilbert Tsimi Evouna recadre le ministre Bidoung Kpwatt sur fond de redécoupage sauvage

Gilbert Tsimi Evouna Gilbert Tsimi Evouna

Le chef de la délégation du Centre rappelle son homologue de la Haute Sanaga aux règles du parti après des initiatives non autorisées de restructuration des unités de base


Au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), la discipline de parti demeure une ligne rouge que nul ne peut franchir impunément, fût-il ministre de la République. Gilbert Tsimi Evouna, chef de la délégation permanente du parti pour le Centre, vient de le rappeler fermement à son homologue de la Haute Sanaga, le ministre Pierre Ismaël Bidoung Kpwatt, dans une correspondance qui met en lumière les tensions internes liées au redécoupage des structures partisanes.


L'affaire trouve son origine dans ce que Gilbert Tsimi Evouna qualifie d'initiatives de "reconfiguration et d'éclatement" de certaines unités de base du RDPC dans la Haute Sanaga. Des opérations menées, selon lui, sans l'aval préalable du Comité central, instance suprême du parti au pouvoir depuis plus de quatre décennies.

Dans sa correspondance adressée au ministre Bidoung Kpwatt, le chef du parti dans le Centre reconnaît certes la "dynamique de mobilisation de la base militante" à l'approche des élections législatives et municipales. Mais il ne peut tolérer que cette effervescence électorale se fasse au mépris de la réglementation interne.
"Tout nouveau découpage ou éclatement d'une unité du parti est subordonné à l'accord préalable du secrétaire général du Comité central du parti", rappelle Gilbert Tsimi Evouna avec une fermeté qui ne laisse place à aucune interprétation. Un principe fondamental que certains responsables locaux semblent avoir oublié au nom d'une prétendue redynamisation des structures.

La nature de cette correspondance mérite qu'on s'y attarde. Gilbert Tsimi Evouna n'écrit pas à Pierre Ismaël Bidoung Kpwatt en tant que simple collègue ou pair. Il s'adresse à lui en tant que supérieur hiérarchique dans l'organigramme du parti. Une nuance essentielle qui confère à ce rappel à l'ordre une dimension d'autant plus contraignante.

Le chef de la délégation du Centre ne se contente pas de dénoncer les dérives constatées. Il prescrit une mesure claire et immédiate : le maintien en l'état des circonscriptions de la Haute Sanaga "comme elles ont été arrêtées lors des renouvellements des bureaux des organes de bases effectués en 2021".
Cette directive constitue un désaveu cinglant pour les responsables locaux qui ont pris l'initiative de redessiner la carte politique de leur département sans en référer à Yaoundé. Elle signifie également que toutes les modifications opérées devront être annulées, avec les frustrations et les tensions que cela ne manquera pas de générer sur le terrain.

Au-delà de ce cas spécifique, cette affaire révèle un malaise plus profond au sein du parti au pouvoir. Les "velléités internes d'outrepasser de manière consciente ou inconsciente les textes du parti ainsi que les directives des responsables du Comité central" ne sont pas un phénomène isolé dans la Haute Sanaga.

Récemment, le Conseil régional du Sud a été le théâtre d'une contestation ouverte des instructions du Comité central lors de l'élection à sa présidence. Une situation qui avait révélé les limites du contrôle de la direction nationale sur ses structures déconcentrées.

Ce qui inquiète les observateurs de la vie politique camerounaise, c'est la récurrence de ces actes d'insubordination larvée. Si la hiérarchie parvient encore à contenir ces débordements, rien ne garantit qu'elle pourra indéfiniment maintenir la discipline dans un contexte pré-électoral où les ambitions personnelles et les stratégies locales prennent souvent le pas sur la discipline partisane.

Les responsables locaux qui ont initié ces redécoupages plaident la redynamisation des structures en vue des prochaines échéances électorales. Un argument qui, s'il peut sembler recevable en apparence, masque mal des enjeux plus prosaïques : le contrôle des machines électorales locales, la distribution des investitures et, in fine, le pouvoir de désigner qui sera candidat et qui ne le sera pas.

Car derrière les considérations techniques du redécoupage se cachent des stratégies d'influence et de positionnement. Reconfigurer une unité de base, c'est potentiellement modifier les rapports de force internes, marginaliser certains militants au profit d'autres, et s'assurer que les relais locaux du parti soient favorables à tel ou tel clan.

Pour Gilbert Tsimi Evouna, laisser passer de telles initiatives équivaudrait à ouvrir la boîte de Pandore. Si chaque chef de délégation départementale pouvait redessiner à sa guise la carte des unités de base, c'est tout l'édifice organisationnel du RDPC qui risquerait de s'effriter.

D'où la nécessité d'un rappel à l'ordre aussi ferme que public. En s'adressant ainsi au ministre Bidoung Kpwatt, Gilbert Tsimi Evouna envoie un message qui dépasse largement le cadre de la Haute Sanaga : le RDPC reste un parti vertical où les décisions structurantes relèvent du Comité central, et non des initiatives locales, aussi bien intentionnées soient-elles.

Cette affaire intervient à un moment crucial pour le parti au pouvoir. Alors que les élections législatives et municipales se profilent, le RDPC doit afficher une image d'unité et de discipline. Toute fissure dans cette façade pourrait être exploitée par l'opposition et alimenter le discours sur un parti miné par les divisions internes.

Le cas de la Haute Sanaga pose en filigrane une question plus large : comment concilier la nécessité d'un parti fortement structuré et centralisé avec l'impératif d'adaptation aux réalités locales ? Les militants de base réclament souvent plus d'autonomie et de réactivité. Mais la direction centrale redoute que trop de latitude accordée aux structures locales ne débouche sur une fragmentation incontrôlable.

Pour l'heure, c'est la ligne de la verticalité qui l'emporte. Le ministre Bidoung Kpwatt, malgré son statut gouvernemental, devra se conformer aux directives de Gilbert Tsimi Evouna. Un rappel, s'il en était besoin, que dans le RDPC, la hiérarchie du parti prime sur celle de l'administration.

Reste à voir si cette intervention suffira à ramener le calme dans la Haute Sanaga ou si, au contraire, elle attisera les frustrations de ceux qui ambitionnaient de profiter des redécoupages pour consolider leurs positions. Dans un contexte pré-électoral déjà tendu, la suite des événements dira si l'autorité du Comité central est encore suffisamment forte pour imposer sa loi sur l'ensemble du territoire national.