Actualités of Wednesday, 4 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Fin du régime Biya: La menace de démission de Dion Ngute révèle une crise au sommet de l'État

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Le Premier ministre aurait mis son poste en jeu face aux manœuvres autour du port de Douala


Une crise institutionnelle sans précédent secoue les hautes sphères du pouvoir camerounais. Selon des révélations exclusives de Jeune Afrique, le Premier ministre Joseph Dion Ngute aurait brandi sa démission lors d'une réunion décisive le 29 janvier dernier, exaspéré par ce qu'il considère comme un court-circuitage de l'autorité gouvernementale dans l'affaire du contrat de scanning du Port autonome de Douala.

L'origine de cette tension ? Une correspondance estampillée "confidentiel" signée par le général Emmanuel Amougou, chef d'état-major particulier du président Paul Biya. Dans ce document révélé par Jeune Afrique, le haut gradé affirmait transmettre l'aval du chef de l'État pour le départ de l'entreprise SGS du port de Douala, au profit de Transatlantic D.A.

Mais cette note a immédiatement soulevé un tollé. "Depuis quand un général de l'armée s'immisce-t-il dans des affaires civiles au point de transmettre une instruction à un membre du gouvernement ?" s'interroge une source citée par Jeune Afrique. Plus encore, elle pose une question fondamentale sur la séparation des pouvoirs : "Que vient faire un officier de l'armée de l'Air dans un dossier relevant de la gestion portuaire et maritime ?"

Face à cette situation, Joseph Dion Ngute a réagi avec une fermeté inhabituelle. Lors de la réunion du 29 janvier, le chef du gouvernement a non seulement tranché en faveur du maintien de SGS, mais il a également confié avoir lui-même reçu des instructions directes du président Biya allant dans ce sens. Selon les informations de Jeune Afrique, c'est à ce moment précis que Dion Ngute aurait mis sa démission dans la balance.

Un geste lourd de sens qui traduit l'exaspération du Premier ministre face à ce qu'il perçoit comme une dérive : celle de voir des directeurs généraux, fussent-ils à la tête d'établissements publics stratégiques, "rompre unilatéralement un contrat signé par l'État" sans en référer à l'autorité gouvernementale.
Cette menace de démission révèle également la profondeur du conflit qui oppose le ministre des Finances Louis-Paul Motaze, soutenu par le Premier ministre, au directeur général du port Cyrus Ngo'o. Un affrontement qui dépasse le simple cadre d'un désaccord technique pour toucher aux fondements mêmes de la gouvernance camerounaise.

L'affaire a pris une tournure encore plus grave lorsque des notes de renseignements, consultées par Jeune Afrique, ont alerté le président Paul Biya sur l'usage qui avait été fait de son nom et de son autorité. Une ligne rouge aurait été franchie.

Selon les sources de Jeune Afrique, le chef de l'État a personnellement chargé Ivo Desancio, patron de la Direction de la sécurité présidentielle (DSP), d'entendre le général Amougou. Le 3 février, ce dernier aurait été auditionné de manière informelle par des agents de la garde présidentielle, en prélude à une convocation formale sous procès-verbal.

Mais le général Amougou aurait refusé de se soumettre à cette procédure, quittant les lieux pour se rendre directement à la résidence présidentielle. Jeune Afrique n'a toutefois pas pu confirmer s'il y a effectivement été reçu.

La pression exercée au plus haut niveau semble avoir produit ses effets. Une nouvelle correspondance confidentielle datée du 2 février, révélée par Jeune Afrique, montre que Cyrus Ngo'o a fait marche arrière. Dans ce document adressé à la direction de SGS, le patron du port convoque l'entreprise à une réunion consacrée à la reprise de ses activités de scanning.

Toutefois, dans ce qui apparaît comme une tentative de sauver la face, Ngo'o précise agir "en exécution des hautes prescriptions du Premier ministre" tout en mentionnant la possibilité d'une collaboration entre SGS et Transatlantic D.A. Une issue hybride qui pourrait permettre à chacun de sortir de cette crise par le haut.

Cette affaire met en lumière les tensions qui traversent l'appareil d'État camerounais, où la multiplication des centres de décision et l'ambiguïté des chaînes de commandement créent un terrain propice aux conflits de pouvoir. Pour Joseph Dion Ngute, cette crise aura au moins eu le mérite de rappeler que l'autorité du gouvernement ne saurait être contournée, même par les plus hauts gradés de l'armée.