Actualités of Tuesday, 3 February 2026

Source: www.camerounweb.com

UNDP : La rébellion de la jeunesse du parti ébranle le leadership de Bello Bouba

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Des sources au sein de l'UNDP révèlent à Jeune Afrique une fracture générationnelle profonde qui menace l'unité du parti d'opposition. Les jeunes militants remettent ouvertement en question la stratégie de leur leader

Le malaise est palpable au sein de l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP). Après le score décevant de Bello Bouba Maïgari à la présidentielle de 2025 (2,45 % des voix), une crise interne secoue le parti d'opposition, révèle une enquête exclusive de Jeune Afrique auprès de plusieurs cadres et militants.

Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, le silence radio observé par Bello Bouba Maïgari après l'élection présidentielle a provoqué une onde de choc au sein de la base militante. « C'est difficile de comprendre que notre leader se taise sur tout ce que le peuple a subi comme frustration et violence durant ces élections, et se rende au palais comme si de rien n'était », a confié un militant de Ngaoundéré à nos confrères.

Plus révélateur encore, Jeune Afrique rapporte qu'aucun cadre de l'UNDP n'a accepté de s'exprimer officiellement sur la situation, signe d'un embarras profond face aux choix stratégiques du président du parti.

La déflagration la plus spectaculaire vient de Paul Mbafor, leader des jeunes de l'UNDP. Dans des propos révélés par Jeune Afrique, ce dernier a reconnu en novembre dernier avoir manqué « de discernement et de réalisme » et de n'avoir pas « su comprendre l'appel clair du peuple ».

Mais c'est surtout la suite de sa déclaration qui a provoqué un séisme : « On ne récolte que ce que l'on sème », a-t-il lâché, tout en saluant publiquement « la victoire » d'Issa Tchiroma Bakary, l'ancien cadre de l'UNDP devenu rival et désormais en exil.

Cette prise de position constitue, selon l'analyse de Jeune Afrique, une contestation à peine voilée de la ligne politique défendue par Bello Bouba Maïgari. Elle témoigne d'une fracture générationnelle au sein du parti, où la jeunesse semble désormais regarder ailleurs pour trouver un leadership plus combatif.

Jeune Afrique souligne un paradoxe cruel : en 1992, l'UNDP était le parti de la jeunesse contestataire, capable de mobiliser plus de 500 000 électeurs derrière un programme de rupture. Trente-quatre ans plus tard, le même parti n'a recueilli que 112 758 voix, soit une chute vertigineuse de 87 %.

« Certes des élections locales sont à venir, mais ce n'est pas en se rabibochant avec le parti au pouvoir que nous allons atteindre nos objectifs », a déclaré un militant à Jeune Afrique, résumant le sentiment d'une base qui refuse de voir son parti transformé en supplétif du RDPC.

Selon les révélations de Jeune Afrique, la présence de Bello Bouba Maïgari au palais présidentiel lors de la cérémonie de présentation des vœux en janvier a été vécue comme une trahison par une partie des militants. Cette apparition, intervenue après des semaines de silence sur la répression postélectorale, a alimenté les rumeurs d'un retour au gouvernement ou d'une nouvelle alliance avec Paul Biya.

Les sources de Jeune Afrique au sein du parti confirment qu'aucune consultation interne n'a été organisée avant cette visite au palais, accentuant le sentiment d'un leadership déconnecté de sa base.

L'enquête de Jeune Afrique met en lumière un dilemme existentiel pour l'UNDP : rester fidèle à son ADN d'opposition ou accepter un rôle de faire-valoir régional du pouvoir central ? La jeunesse du parti semble avoir déjà tranché, regardant désormais vers des figures comme Issa Tchiroma Bakary ou Maurice Kamto, perçues comme plus radicales et authentiques dans leur opposition au régime.

« L'avenir de l'UNDP apparaît plus incertain que jamais », conclut l'analyse de Jeune Afrique, qui observe qu'à 34 ans d'intervalle, l'histoire du parti pourrait effectivement se répéter : d'abord comme une épopée en 1992, puis comme un déclin en 2025.

La question n'est plus de savoir si Bello Bouba Maïgari a un avenir politique, mais plutôt de savoir si l'UNDP peut survivre sans renouveler son leadership et sa vision.