Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique et publié ce 2 février 2026, le journaliste en exil Haman Mana lève le voile sur les mécanismes de prédation des ressources naturelles au Cameroun. Ses révélations sur la gestion du pétrole et de l'or éclairent d'un jour nouveau les scandales qui secouent le pays.
"Paul Biya considère le pétrole comme sa propriété privée. Tout ce qui touche au pétrole échappe aux circuits classiques de contrôle. C'est une caisse noire institutionnalisée." Ces propos explosifs, recueillis par Jeune Afrique auprès d'Haman Mana, directeur de publication du journal Le Jour, jettent une lumière crue sur la gestion des ressources pétrolières camerounaises. Installé aux États-Unis où il vit en exil depuis 2023, le journaliste analyse dans son dernier essai "Les Années Biya. Chronique du naufrage de la nation camerounaise" les mécanismes de ce qu'il qualifie de "vaste entreprise de prédation". Dans cet entretien exclusif accordé à Jeune Afrique, il révèle que le pillage des ressources n'est pas une dérive du système, mais en constitue une composante structurelle. Ce que beaucoup découvrent aujourd'hui et qualifient de scandale, notamment le trafic d'or impliquant des cercles proches du pouvoir, relève en réalité d'un mode de fonctionnement ancien et délibéré.
Au-delà du pétrole, Haman Mana confie à Jeune Afrique que les autres ressources du pays - or, bois, diamants, minerais divers - sont abandonnées à la prédation d'un réseau lié au pouvoir. L'exemple de l'est du Cameroun est particulièrement édifiant : l'exploitation aurifère s'y fait au mépris total des populations locales, de l'environnement, des rivières et des forêts. Ces révélations de Jeune Afrique interviennent alors que le pays traverse une crise de gouvernance sans précédent, avec un gouvernement toujours pas remanié et des questions techniques graves sur le fonctionnement de l'État. "Il y a un budget à exécuter, des engagements à prendre, des actes administratifs à signer. Qui signe, aujourd'hui ? Qui engage les dépenses publiques ?", interroge le journaliste dans les colonnes de Jeune Afrique, pointant du doigt un blocage technique majeur de la vie nationale.
Cette gestion patrimoniale des ressources s'inscrit dans ce que Haman Mana décrit à Jeune Afrique comme l'absence totale de projet de société. "Le 'biyaïsme' n'est pas un projet de transformation, mais de conservation, pensé exclusivement pour garantir la pérennité du chef, et non pour bâtir un État moderne ou pour améliorer la condition de la population", affirme-t-il. Un tel système, révèle-t-il au magazine panafricain, détruit mécaniquement les valeurs collectives : il banalise le mensonge, normalise la corruption, rend l'injustice acceptable et la violence tolérable. Il n'existe plus de politiques publiques au sens noble du terme, plus de projet national ni de vision collective. Les recettes pétrolières, qui devraient servir au développement des infrastructures, à l'éducation et à la santé, se retrouvent ainsi détournées vers une caisse noire qui échappe à tout contrôle démocratique.
Les révélations de Haman Mana à Jeune Afrique trouvent un écho particulier au lendemain d'une élection présidentielle venue confirmer le verrouillage du système. Pourtant, le journaliste laisse transparaître une note d'optimisme à travers ce qu'il décrit comme l'émergence, lente mais irréversible, d'une conscience politique au sein de la société camerounaise. "L'opposition, c'est la masse silencieuse des Camerounais, frustrés, en désaccord avec ce qu'il se passe, mais qui n'ont pas encore la possibilité de changer le cours des événements", confie-t-il à Jeune Afrique. Cette prise de conscience collective pourrait, selon lui, constituer le ferment d'un changement futur, même si le grand tournant n'interviendra qu'au moment de la disparition du chef. En attendant, le Cameroun continue de voir ses richesses naturelles pillées sous couvert d'un système que Jeune Afrique qualifie, à travers les mots de Haman Mana, de prédateur et destructeur.









