Carelle, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, approche de la quarantaine. Elle qui vit à Yaoundé a toujours été un peu nulle à l'école. Elle a dû composer le BAC quatre fois. « Je ne compte pas les autres classes que j'ai reprises », dit-elle tout en dévoilant son histoire.
Ma mère ne cessait de m'encourager. Mais à chaque échec, je lisais la déception dans son regard. Quand mes frères et sœurs réussissaient, je me sentais exclue. Je suis arrivée au niveau 1. Entre mes sorties avec mes amies et l'école, je n'avais pas trop le temps d'étudier.
J'avais pourtant envie d'avoir de meilleures notes de ne surtout pas redoubler le niveau. On m'a dit d'aller voir le doyen de la faculté. Qu'il pouvait m'aider en toutes les matières si je le voulais. Je n'ai pas perdu le temps. Il m'a demandé de l'argent. Je n'en avais pas, mais je lui ai proposé autre chose.
J'étais une belle femme, il n'a pas hésité à accepter. On se voyait régulièrement pour coucher ensemble et on faisait ce qu'on avait à faire. Mes notes du semestre étaient parfaites. J'ai finalement validé le niveau avec un bon rang et une bonne moyenne. Ma mère était si fière de moi. Je pouvais faire mes sorties, avoir de bonnes notes. En plus le doyen me donnait beaucoup d'argent.
L'année suivante, on a fait la même chose. Sa femme avait découvert notre relation et m'a confronté dans la rue. Je l'avais tellement insultée. Mais bon, tout a commencé à changer au niveau trois. Ma mère n'attendait que ma licence pour faire mes papiers pour l'étranger. J'étais toujours avec mon doyen. Mais au premier semestre à la session normale, je n'ai rien validé. Je n'ai rien compris.
Il m'a dit qu'il n'a plus trop de pouvoirs sur les notes, mais qu'il pouvait faire quelque chose pour la session de rattrapage. J'ai supplié qu'il fasse quelque chose. Je ne pouvais pas présenter ces notes à la maison. Il m'a dit d'écrire la requête, je l'ai fait. Le jour où j'ai déposé, il m'a dit que pour que ça aboutisse, on doit travailler. Je n'ai rien compris. On est parti dans sa voiture ce soir-là jusqu'à l'entrée du cimetière. On est entré, c'était déjà la nuit. On s'est arrêté devant une tombe.
Je lui ai demandé ce qu'on faisait là, il m'a dit que c'est là qu'on va faire aujourd'hui, sinon ma requête ne va pas aboutir. Je savais déjà dans quoi j'entrais, mais j'ai accepté. On a répété ça régulièrement. À chaque fois, il me donnait encore plus d'argent. Il m'a dit que si je valide bien ma licence avec au moins 16 de moyenne, c'est même lui qui va financer mon voyage.
J'ai senti que notre relation avançait. Il m'a tellement mis en confiance que même à la poubelle, on faisait. Il m'avait dit que c'est comme ça qu'il puise sa part de force et que je ne dois pas avoir peur. Si je veux réussir je dois seulement faire ce qu'il me dit.
Quand l'examen du second semestre a commencé, il m'a dit que je dois mettre toutes les chances de mon côté en apportant quelque chose de chez moi qui appartient à ma mère. Quelque chose d'intime. Quand j'ai demandé quoi, il m'a dit un sous-vêtement de ma mère qui n'est pas lavé. De ne pas m'inquiéter que ça ne devait pas avoir de conséquences sur elle, mais plutôt sur ma réussite à moi. Comment vous expliquer que je lui faisais tellement confiance. J'étais aveuglée en fait.
Je suis rentrée le jour-là, je l'ai fait. Les choses se sont bien passées après ça. J'ai réussi avec mon 16 de moyenne. Le même jour que je suis rentrée pour annoncer la nouvelle, j'ai trouvé ma mère un peu malade. C'est comme ça que ça a commencé. Nous sommes allés à l'hôpital. Tous les examens étaient négatifs. Elle n'avait rien selon les résultats.
Mon frère ainé a proposé qu'on aille au village chez les anciens, tellement sa santé se dégradait très vite. Quand on arrive, le guérisseur dit que quelqu'un parmi nous a donné quelque chose appartenant à ma mère à une secte. Que la personne doit se dénoncer et aller récupérer l'objet. J'ai commencé à paniquer. Je n'ai pas dit que c'était moi jusqu'à ce qu'on rentre de là. Je suis allée voir le monsieur à son bureau pour lui expliquer la situation. Mais j'arrive on me dit qu'il ne travaille plus à l'université de ma ville. Qu'il est devenu recteur dans une autre université, il a déjà déménagé avec sa famille. Son numéro ne passait plus. J'ai même voyagé pour aller le voir, il a fait comme s'il ne m'avait jamais vue.
On a organisé un rite au village. Tous les proches de maman devaient traverser une ligne et celui qui va tomber serait la personne coupable de son état. La veille du rite, j'ai pris tout l'argent que j'avais. J'ai vidé le compte en banque qui devait me servir à quitter le pays que ma mère avait ouvert. J'ai pris tout ce que je pouvais prendre dans la maison et je suis partie très loin dans une autre région du pays. Quelques jours plus tard, j'ai appris la mort de ma mère. Je connaissais déjà son sort, vu l'allure des choses.
Mes frères et sœurs m'ont laissée mille messages de malédiction. J'ai changé de numéro et je les ai tous bloqués pour réduire la culpabilité qui me rongeait. J'ai recommencé ma vie. Mais j'ai l'impression de porter la malédiction. J'ai eu deux maris, ils sont morts tous les deux étrangement. Je pars de fausses couches en fausses couches. Ma seule grossesse qui est arrivée à terme est sortie mort-né. J'approche de la quarantaine et je n'ai rien dans ma vie.









