NGAOUNDÉRÉ - Dans une analyse historique fouillée, Jeune Afrique retrace les racines profondes de l'ancrage oppositionnel de l'Adamaoua, région devenue cauchemar électoral pour le pouvoir de Yaoundé.
Jeune Afrique rappelle que la révolte observée à Ngaoundéré "s'enracine dans l'Histoire". Dès la période coloniale, révèle le magazine, ces terres ont été le théâtre de batailles restées célèbres, opposant les troupes coloniales allemandes, appuyées par certains groupes indigènes, à des tribus musulmanes peules sunnites appartenant à l'empire de Sokoto, un califat formé durant la guerre peule.
Cette tradition de résistance face au pouvoir central structure encore aujourd'hui l'identité politique de la région, explique Jeune Afrique.
L'enquête de Jeune Afrique révèle que lors du retour au multipartisme au début des années 1990, la région est devenue l'un des bastions de l'opposition, alors incarnée par le Social Democratic Front (SDF) de John Fru Ndi et l'Union nationale pour le développement et le progrès (UNDP) de Bello Bouba Maïgari.
Le RDPC réduit à une seule municipalité sur trois
Jeune Afrique a consulté Justin Bassané, chercheur à l'université de Ngaoundéré, qui livre un constat accablant pour le pouvoir : "Depuis l'éclatement de la mairie de Ngaoundéré en trois municipalités en 2007, le parti au pouvoir n'a pu remporter qu'une seule de ces trois circonscriptions, celle de Ngaoundéré IIIe".
Le chercheur ajoute, selon Jeune Afrique : "Il n'y a qu'à voir l'accueil réservé à Bello Bouba Maïgari et Issa Tchiroma Bakary durant la campagne électorale pour comprendre que l'opposition n'est pas en territoire hostile ici".
Jeune Afrique décrit la capitale de l'Adamaoua comme "une ville carrefour située à la croisée des mondes – entre religions musulmane et chrétienne, savane et forêt, climat sec et humide". Cette position géographique unique en fait un "cœur battant" dont le rythme politique donne le pouls de tout le Septentrion camerounais.
Le magazine souligne le symbole puissant de la gare ferroviaire de Ngaoundéré, principal moyen de connexion des trois régions septentrionales aux sept autres régions méridionales, devenue "le symbole de l'immobilisme d'une ville et, au-delà, d'une région comptant parmi les plus pauvres du pays".
Jeune Afrique rappelle que l'université de Ngaoundéré, première université publique du Septentrion, a transformé la ville "en cité carrefour pour des dizaines de milliers de jeunes issus des lycées du Nord, de l'Extrême-Nord, d'autres régions du pays, mais aussi du Tchad et de la Centrafrique voisins".
Cette concentration de jeunesse diplômée mais sans débouchés constitue, selon l'analyse de Jeune Afrique, un terreau fertile pour la contestation politique, d'autant que "le chômage des jeunes est extrêmement fort et la tentation du départ très grande".
L'enquête de Jeune Afrique suggère que l'Adamaoua pourrait préfigurer l'évolution politique future du Cameroun tout entier. La combinaison explosive entre tradition historique de résistance, marginalisation économique délibérée, jeunesse diplômée et désœuvrée, et abandon infrastructurel systématique crée les conditions d'un basculement politique irréversible.
"L'orientation politique de la ville et de sa région semble avant tout dictée par une situation économique dégradée et des décisions du pouvoir jugées peu compréhensibles", conclut Jeune Afrique dans cette analyse qui éclaire d'un jour nouveau la crise politique qui secoue le Cameroun de Paul Biya.









