Une enquête explosive de Jeune Afrique révèle l'ampleur du naufrage infrastructurel dans la région de l'Adamaoua. Entre chantiers abandonnés et promesses non tenues, la capitale régionale incarne le désastre de la gouvernance Biya dans le Septentrion camerounais.
Selon les révélations de Jeune Afrique, qui a mené une enquête de terrain trois mois après la présidentielle explosive d'octobre 2025, Ngaoundéré croule sous les projets inachevés et les infrastructures fantômes.
Le scandale de la route administrative : Au cœur du quartier Baladji II, la construction de la route reliant l'avenue Monseigneur-Yves-Plumey à la rue de la gare a été purement et simplement abandonnée après près de cinq ans de travaux, révèle le magazine panafricain. Cette artère stratégique longe pourtant le siège du Conseil régional et plusieurs administrations publiques.
Le barrage hydroélectrique de Bini à Warak : Lancé il y a huit ans, ce projet crucial destiné à résoudre le déficit énergétique chronique de la région est toujours à l'arrêt, indique Jeune Afrique. La population continue de subir des coupures d'électricité à répétition alors que l'ouvrage devait précisément y remédier.
L'enquête de Jeune Afrique rappelle que la ligne de chemin de fer Yaoundé-Ngaoundéré, inaugurée en 1970 avec l'ambition affi chée de rejoindre N'Djamena, "n'a plus progressé d'un seul centimètre depuis", transformant la capitale de l'Adamaoua en "terminus provisoire devenu définitif".
En 2018, lors d'un meeting à Maroua, Paul Biya avait pourtant annoncé la poursuite imminente de cette infrastructure conçue dès 1964. Huit ans plus tard, révèle Jeune Afrique, "l'initiative reste embourbée dans les méandres de la bureaucratie camerounaise".
"Un sentiment d'abandon impossible à ignorer"
Jeune Afrique a recueilli le témoignage poignant de Djibril Harouna, étudiant à l'université de Ngaoundéré : "Il est difficile de ne pas ressentir un sentiment d'abandon lorsqu'on se retrouve ici".
Le magazine souligne le paradoxe cruel : Ngaoundéré abrite la première université publique du Septentrion camerounais, attirant des dizaines de milliers de jeunes du Nord, de l'Extrême-Nord, du Tchad et de Centrafrique. Mais une fois diplômés, les débouchés professionnels restent rarissimes.
L'accumulation de ces échecs infrastructurels dessine, selon l'analyse de Jeune Afrique, le portrait d'une région délibérément marginalisée par le pouvoir central. Le gaspillage de fonds publics, les chantiers abandonnés et les promesses non tenues constituent autant de preuves d'une gouvernance défaillante qui nourrit le ressentiment des populations.
Cette situation explosive explique largement, conclut Jeune Afrique, la défiance massive affichée par l'Adamaoua lors de la présidentielle d'octobre 2025, où Issa Tchiroma Bakary a écrasé Paul Biya avec 50% des suffrages officiels contre 34,61% pour le président sortant.









