Actualités of Wednesday, 28 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Fuite organisée au sommet de l'État : comment Ferdinand Ngoh Ngoh préparait son exil avec l'argent du Covid

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Dans un geste sans précédent qui rappelle les heures sombres des régimes autoritaires à bout de souffle, le président Paul Biya vient de verrouiller hermétiquement les frontières camerounaises à l'ensemble de son appareil gouvernemental. Une décision drastique qui intervient après deux alertes explosives : les préparatifs de fuite de son tout-puissant secrétaire général Ferdinand Ngoh Ngoh, menacé de prison à vie pour détournement, et la révélation de dettes colossales dissimulées dans des paradis fiscaux. Analyse d'une panique au sommet de l'État.



Paul Biya a formellement interdit aux ministres et à leurs sous-fifres de quitter le territoire national.

Au Cameroun, on dit souvent que « la course de l’enfant, c’est le matin » : on reconnaît très tôt la nature d’un homme à sa manière de commencer.
En quarante-trois années de règne sans partage, le potentat d’Etoudi a usé près de neuf-cents ministres et quatorze secrétaires généraux de la présidence. Un record.

Ferdinand Ngoh Ngoh, l’actuel détenteur du titre officieux de « porteur des hautes instructions », détient d’ailleurs un autre record : celui de la longévité, que beaucoup attribuent moins à son génie politique qu’à sa proximité avec l’intrusive, inévitable et encombrante Première dame.

Depuis son entrée en politique, Paul Biya est resté fidèle à une vieille école :
celle de Machiavel et du cardinal Mazarin.

« Simule et dissimule », disait Mazarin.
« Fais l’âne pour brouter le foin. »

C’est ainsi qu’il avait persuadé Ahmadou Ahidjo, grand lecteur de Platon et des intrigues de la Rome antique, que la politique ne l’intéressait guère.
Ahidjo, convaincu que ceux qui ne convoitent pas le pouvoir sont les mieux placés pour l’exercer, tomba dans ce que de Gaulle appelait crûment un « attrape-couillons ».

On connaît la suite.

Plus tard, Ahidjo lâchera cette phrase terrible :

« Je le savais faible, mais j’ignorais qu’il était aussi fourbe et hypocrite. »

Paul Biya pratique une politique à l’ancienne, dans ce qu’elle a de plus cynique :
le calcul froid, la ruse patiente, l’art d’attendre que les autres se brûlent eux-mêmes.

Plusieurs s’y sont cassé les ailes.

Titus Edzoa.
Joseph Owona.

Tous deux, persuadés de leur supériorité intellectuelle, crurent pouvoir glisser sans transition du secrétariat général à la magistrature suprême.
Ils découvrirent trop tard que, dans ce système, la proximité du trône est plus dangereuse que l’opposition déclarée.

L’histoire offre d’ailleurs des parallèles célèbres.

Édouard Balladur, en France, crut pouvoir être « nommé » président sur la base de sondages flatteurs.
Il apprit à ses dépens que les sondages ne sont pas une élection, et que le pouvoir ne se transmet jamais par simple présomption.

Aujourd’hui, Paul Biya a reçu deux alertes rouges.

La première, arrivée il y a un mois, signale les préparatifs de départ définitif de son secrétaire général.
Raison : l’homme sait qu’en cas de renversement du régime, il risque la prison à perpétuité en vertu du mandat pendant devant le Tribunal criminel spécial pour détournement des fonds du Covid et de la CAN — convocations auxquelles il n’a jamais daigné répondre.

La seconde alerte concerne une avalanche de dettes colossales, contractées à travers des montages financiers douteux, destinés moins au développement qu’à alimenter des paradis fiscaux, véritables caisses de retraite anticipées de l’élite.

C’est sur la base de ces deux signaux que Paul Biya a pris une décision rare :
interdire la sortie du territoire à tous les membres du gouvernement, à leurs collaborateurs et à leurs familles.

Ce geste rappelle des précédents bien connus :

en Roumanie, à la veille de la chute de Ceaușescu,

en Tunisie, dans les derniers jours de Ben Ali,

en Ukraine, avant la fuite de Ianoukovitch.

Dans tous ces cas, le même réflexe :
empêcher les dignitaires de fuir avec les preuves et l’argent.

Comme le dit l’adage :

Quand les rats sentent le roussi, ils quittent le navire.
Jamais cette maxime n’aura été aussi actuelle.

JPD