L'écrivaine Calixthe Beyala affirme être la cible de harcèlements et de menaces de mort depuis cinq ans. Soutien affiché d'Issa Tchiroma lors du scrutin du 12 octobre 2025, elle lie ces intimidations à ses dénonciations de fraudes électorales et de violences policières survenues durant la période post-électorale.
La scène politique camerounaise, encore marquée par la présidentielle d'octobre 2025, se crispe davantage. L'écrivaine panafricaniste Calixthe Beyala a pris la parole ce mercredi 21 janvier 2026 pour dénoncer le climat d'insécurité qui l'entoure depuis plusieurs années. Dans une déclaration publique qui ne manquera pas de susciter la polémique, elle affirme que les auteurs des attaques virtuelles dont elle fait l'objet partagent une origine commune.
« Tous ceux qui s'en viennent me menacer depuis bientôt cinq ans ou me calomnient appartiennent tous à la même communauté », écrit-elle dans son message. L'auteure poursuit : « Vous ne pouvez pas menacer, calomnier et insulter quelqu'un sans qu'il n'y ait aucune conséquence. Dieu seul sait que je défends mes idées, sans jamais attaquer quiconque dans son intimité ni sa personne. »
Ces déclarations interviennent dans un contexte post-électoral particulièrement tendu, où l'espace public est devenu, comme le soulignait le sociologue Erving Goffman, le théâtre d'une stigmatisation frontale entre différents acteurs politiques.
L'intellectuelle, fidèle alliée du candidat Issa Tchiroma Bakary lors de l'élection présidentielle, ne se contente pas de dénoncer des menaces personnelles. Elle dresse un bilan particulièrement critique de la gestion des manifestations pacifiques qui ont suivi le scrutin du 12 octobre 2025.
Selon ses déclarations, « les gendarmes dont on a les identités claires, ont tué des dizaines de petits camerounais ». Une affirmation grave qui, si elle devait être avérée, constituerait une violation majeure des droits humains et soulèverait des questions sérieuses sur la proportionnalité de la réponse sécuritaire face aux mouvements de contestation.
Calixthe Beyala établit un lien direct entre les violences post-électorales et l'absence de reconnaissance internationale du résultat du scrutin. Selon elle, cette situation explique pourquoi le président Paul Biya n'aurait pas reçu de félicitations officielles de la part de certaines instances internationales.
« Le monde entier sait exactement ce qu'il s'est passé d'où un fait clair : Biya n'a pas eu des félicitations ni de l'UE ni de l'ONU et ni même d'une grosse majorité des pays africains, à cause de ces fraudes et de ces meurtres », affirme-t-elle.
Ces allégations mettent en lumière les divisions profondes qui traversent le Cameroun au lendemain d'une élection particulièrement controversée, où les accusations de fraudes et d'irrégularités se sont multipliées.
Face aux pressions qu'elle dit subir, l'auteure de « C'est le soleil qui m'a brûlée » reste inflexible sur son droit à la critique politique. Elle martèle que dénoncer des dérives ne saurait constituer un crime : « Critiquer une fraude électorale n'est pas un crime, sauf chez des meurtriers qui menacent de m'arrêter. Vos fautes sont gravées dans du granite, dans le cœur des hommes et devant Dieu ! À bientôt au Cameroun. »
Cette prise de position soulève des questions essentielles sur la liberté d'expression et la sécurité des voix critiques dans l'espace public camerounais. Elle interroge également sur les limites de la dissidence politique acceptable dans un contexte où les tensions sont à leur paroxysme.
À l'heure actuelle, la justice camerounaise n'a pas encore réagi publiquement à ces accusations de meurtres ciblés et de violations des droits humains. L'absence de réaction officielle contribue à alimenter les interrogations sur la capacité des institutions à enquêter sur ces allégations graves et à garantir la protection des citoyens, qu'ils soient simples manifestants ou personnalités publiques engagées.
La question de la sécurité des intellectuels et des figures critiques reste au centre des débats, alors que le pays panse encore les plaies d'une élection particulièrement contestée. Dans ce contexte tendu, les accusations de Calixthe Beyala, qu'elles soient ou non étayées par des preuves tangibles, illustrent la profondeur de la fracture politique et sociale qui traverse le Cameroun.
Le pays se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins, entre la nécessité de faire toute la lumière sur les événements post-électoraux et le risque d'une radicalisation accrue des positions de part et d'autre de l'échiquier politique.









