La polémique enfle trois mois après la réélection présidentielle. Le Directeur du Cabinet Civil à la Présidence de la République, Samuel Mvondo Ayolo, fait face à une vague de critiques émanant d'une partie de la corporation des médias. Accusé de favoritisme dans la distribution des gratifications aux journalistes ayant soutenu la campagne du président Paul Biya, le patron du Cabinet Civil est pointé du doigt pour avoir récompensé certains confrères tout en laissant d'autres sur le carreau, malgré leur engagement similaire durant la période électorale.
Le malaise est palpable dans les rédactions camerounaises. Selon le journal Koum-Koum dans son édition du 19 janvier, plusieurs professionnels des médias expriment leur frustration face à ce qu'ils considèrent comme une injustice dans la répartition des récompenses promises après la campagne présidentielle.
Si certaines figures médiatiques auraient effectivement bénéficié de la générosité du Directeur du Cabinet Civil, d'autres professionnels ayant pourtant mobilisé leurs plateformes pour soutenir la candidature présidentielle se sentent oubliés. Cette situation alimente les tensions au sein d'une profession déjà fragilisée par la précarité économique.
Les noms de Bruno Bidjang, Raoul Christophe Bia et Ernest Obama circulent dans les couloirs comme ceux de journalistes qui auraient été récompensés pour leur engagement durant la campagne. Toutefois, l'identité de ceux laissés pour compte demeure floue, alimentant davantage les spéculations et les frustrations.
Au-delà de cette polémique, c'est toute la question de l'indépendance et de la dignité du journalisme camerounais qui est posée. Le journal Koum-Koum n'hésite pas à évoquer "la clochardisation et la faim" pour qualifier l'état actuel de la profession, suggérant que cette quête de gratifications reflète la profonde détresse économique qui affecte de nombreux acteurs des médias.
Cette dépendance vis-à-vis des faveurs du pouvoir soulève des interrogations sur l'autonomie éditoriale et la capacité des journalistes à exercer leur mission d'information en toute objectivité. Lorsque la survie économique devient tributaire des largesses politiques, la frontière entre information et propagande tend à s'estomper dangereusement.
Les réactions à cette affaire sont partagées. Certains observateurs y voient la manifestation d'un système où le journalisme s'est transformé en instrument de communication politique, récompensé en fonction de sa docilité. D'autres pointent la responsabilité des professionnels eux-mêmes qui, en acceptant de mettre leurs plateformes au service d'une cause politique, assument les conséquences d'un tel choix.
Cette controverse intervient dans un contexte où le journalisme camerounais peine à trouver un modèle économique viable, oscillant entre la précarité des salaires, la rareté des opportunités professionnelles et la tentation des compromissions diverses.









