Une humiliation publique rarissime s'est produite le 8 janvier dernier au Palais de l'unité à Yaoundé. Selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, Cavayé Yéguié Djibril, président de l'Assemblée nationale et troisième personnalité de l'État camerounais, a été prié de ne pas assister à la cérémonie des vœux au président Paul Biya. Un événement inédit dans l'histoire politique récente du pays.
L'humiliation est d'autant plus marquante que, selon les sources de Jeune Afrique, l'information est parvenue au président de l'Assemblée le matin même de la cérémonie, alors que tous les préparatifs étaient finalisés. Son véhicule officiel attendait devant sa résidence et plusieurs membres du bureau de l'Assemblée s'étaient déplacés pour l'accompagner au palais présidentiel.
Jeune Afrique révèle que cette mise à l'écart spectaculaire trouve son origine dans des échanges intervenus lors de la cérémonie de prestation de serment de Paul Biya, le 6 novembre dernier. Ce jour-là, Cavayé Yéguié Djibril aurait franchi plusieurs lignes rouges du protocole camerounais.
En présence de hautes personnalités de l'État, le président de l'Assemblée aurait exprimé directement au chef de l'État sa lassitude de travailler avec certains membres du gouvernement, qualifiés d'«anciens». Plus audacieux encore, selon les informations obtenues par Jeune Afrique, il aurait suggéré des changements au sein même de l'administration présidentielle, mentionnant explicitement Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence et homme-clé du dispositif présidentiel.
Les révélations de Jeune Afrique mettent également en lumière une démarche qui a pu être perçue comme du lobbying personnel : Cavayé Yéguié Djibril aurait plaidé pour la nomination de son propre directeur de cabinet, Boukar Abdourahim, au sein du gouvernement. Une initiative qui, dans le contexte protocolaire camerounais où la réserve et la discrétion sont de mise face au président, a été jugée particulièrement inappropriée.
Cette séquence illustre la tension croissante entre l'ancienne garde politique camerounaise et les attentes de renouvellement. Le président de l'Assemblée, âgé de 86 ans et en poste depuis plus de trente ans, semble avoir mal évalué les limites de sa liberté de parole face à Paul Biya, nonobstant son rang protocolaire élevé.
L'exclusion du 8 janvier marque peut-être un tournant dans la carrière politique de Cavayé Yéguié Djibril. Jeune Afrique souligne que cet incident s'inscrit dans un contexte plus large de questionnements sur sa capacité à exercer ses fonctions. Ses récentes interventions publiques, notamment lors de la campagne présidentielle à Maroua, ont dû être écourtées, son micro ayant été coupé en raison de propos jugés confus.
Alors que Paul Biya a promis dans son discours de vœux un remaniement gouvernemental et un renouvellement des élites politiques, la situation du président de l'Assemblée nationale apparaît de plus en plus fragile. Cette révélation exclusive de Jeune Afrique sur les coulisses du 6 novembre éclaire d'un jour nouveau la chaise vide du 8 janvier, symbole possible d'une transition générationnelle en cours au sommet de l'État camerounais.









