Les absences de ces deux personnalités, et non moins successeurs constitutionnels, lors de la traditionnelle cérémonie des vœux au chef de l'État Paul Biya, met en lumière les fragilités actuelles du sommet de l'État. Et déjà, des questions fusent sur un tel vide autour du président de la République.
Au palais de l’unité, le 8 janvier dernier à Yaoundé, la cérémonie de présentation des vœux au président de la République a donné lieu à plusieurs constats notables. Si les cadres de l’administration, les diplomates et d’autres corps constitués ont répondu présents à l’appel protocolaire, l’élément le plus marquant aura été l’absence de taille de trois personnalités : Celle de Marcel Niat Njifenji, président du Sénat (2e personnalité), celle de Cavayé Yeguié Djibril, président de l’Assemblée nationale (3e personnalité de l’État), et de Luc Ayang, président du Conseil économique et social (4e personnalité).
Si l’absence du président du Conseil économique et social ne faisait l’ombre d’aucun doute, du fait de son décès, celle du président de la Chambre haute du parlement a été jugée "la plus remarquée". En tant que successeur constitutionnel direct du président de la République en cas de vacance du pouvoir, son état de santé et son absence sans explication officielle, ont une fois de plus alimenté les inquiétudes sur la stabilité des institutions.
Pour la troisième fois consécutive, Marcel Niat Njifenji, 90 ans, a manqué à l’appel à la traditionnelle ouverture de la saison des cérémonies de présentation de vœux de nouvel an, au palais de l’unité. La dernière fois qu’il a pris part à une telle cérémonie à Etoudi, date de 2023.
Depuis lors, le président du Sénat est régulièrement en évacuations sanitaires. Malade et incapable de se déplacer, il a plutôt reçu les vœux de nouvel an, dans la soirée du jeudi 09 janvier, en sa résidence à Yaoundé. Les images captées par le média gouvernemental montrent un homme cloitré sur une chaise tout le long de la cérémonie.
Également invisible lors de la cérémonie de présentation des vœux au président de la République, le Pan, 85 ans, a été représenté par son premier vice-président, Hilarion Etong. Dans les commentaires osés, beaucoup soutiennent que Cavayé Yeguié Djibril aurait des soucis de santé depuis quelques temps, d’où son absence à Etoudi.
Pour confirmer ce qui tramait déjà, le lendemain 9 janvier, au palais des verres de l’Assemblée nationale, c’est l’honorable Hilarion Etong, qui va d’ailleurs présider, en lieu et place de l’indéboulonnable honorable Cavayé Yeguié Djibril, la cérémonie solennelle des vœux de nouvel an.
L’événement tenu à l’hémicycle a été marqué par le défilé protocolaire de 11 délégations parlementaires et administratives, la remise de distinctions honorifiques aux personnels méritants, et un cocktail de fraternité célébrant la solidarité institutionnelle pour le nouvel exercice.
Du coup, au sein de l’opinion, la double absence des chefs du législatif est qualifiée de fait inhabituel et inquiétant dans le microcosme politique. Elle soulève des questions profondes sur la succession, la stabilité au sommet de l’État et la gestion des équilibres institutionnels dans un contexte où le débat sur l’après-Biya reste tabou.
À en croire certains, la vacuité apparente au sommet du Sénat et de l’Assemblée nationale suggère une vulnérabilité des institutions républicaines face aux incertitudes de la transition. A l’inverse de ces absences, certains leaders politiques ont été aperçus au palais de l’unité. Cabral Libii du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), Bello Bouba Maïgari de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) et Joshua Osih du Social democratic front (SDF) ont, en effet, serré la main du chef de l’État pour lui présenter leurs vœux de bonne et heureuse année 2026.
Une séquence symbolique qui alimente les discussions dans un contexte politique marqué par les grands rendez-vous à venir. La présence du leader du PCRN, habitué du boycott de ce type d’événement, est perçue comme un possible changement de stratégie politique. Quant au "vieux lion" de l’UNDP, après des mois de silence radio total suite à la présidentielle de 2025, il a enfin refait surface.
Pas pour s'expliquer devant le peuple, pas pour contester les résultats, mais pour le rituel annuel des courbettes au Palais de l’Unité. À 78 ans passés, Bello Bouba incarne-t-il encore une alternative ou est-il simplement devenu le garant d'un système qui refuse de passer la main ?









