Les Lions indomptables n'ont pas à rougir : l'hommage de Cameroon Tribune à une génération courageuse
Éliminés en quarts de finale par le Maroc, les Lions indomptables de David Pagou ont pourtant marqué cette CAN 2025 par leur combat, leur insouciance et leur talent. Dans une analyse sensible publiée dans Cameroon Tribune, le journaliste Brice Mbeze rend hommage à cette équipe sortie « de nulle part » qui a déjoué tous les pronostics. Entre les larmes de Junior Tchamadeu, les sauvetages héroïques de Samuel Junior Kotto et les accélérations foudroyantes de Mahamadou Nagida, c'est toute une génération qui a rendu sa fierté au football camerounais. Un regard lucide sur une aventure inachevée, mais porteuse d'espoir.
Les Lions indomptables n’ont pas à rougir
Par Brice Mbeze, Journaliste chez Cameroon Tribune
De notre petit poste d'observation, nous avons retenu trois images qui résument, à partir de cette loupe, la participation des Lions indomptables à la 35e édition de la Coupe d'Afrique des nations. Junior Tchamadeu, défenseur camerounais, blessé, ne parvient pas à se coucher sur la civière. Il tient son maillot des deux bras. Il pleure à chaudes larmes. Malgré la gravité de la blessure, le jeune joueur a envie de continuer le combat du quart de finale de ce 9 janvier 2025 qui oppose à Rabat le Cameroun au Maroc. C'est ce que nous percevons à distance. Junior Tchamadeu, l'une des révélations de la Team Cameroun à ce tournoi, porte en lui les valeurs du "Fighting Spirit' et de patriotisme. Né pourtant à Londres en Angleterre, il est fier de son maillot camerounais. C'est la première image.
Toujours au cours de ce quart de finale fatidique, les Lions sont bousculés par les Marocains. Samuel Junior Kotto sauve in extremis un ballon qui filait droit aux filets. C'est le troisième, voire le quatrième sauvetage de cette nature que réalise l'ancien sociétaire d'Apejes de Mfou depuis le début du tournoi. C'est la deuxième image. Enfin. Mahamadou Nagida a remplacé Darlin Yongwa depuis la 18e minute, victime de blessure. La deuxième mi-temps du 8e de finale Cameroun-Afrique du Sud vient de commencer. Mahamadou Nagida, tout feu tout flamme donc, engage une course folle sur le côté gauche. Il est inarrêtable. Le joueur du Stade Rennais, né à Douala, dépose le ballon sur la tête de Christian Kofane. Sans se faire prier, le jeune avant-centre de 19 ans du Bayer Leverkusen, passé par As Nylon de Douala, inscrit le deuxième but de son équipe, son deuxième du tournoi.
Ces trois images qui mettent en scène quatre jeunes joueurs, pour la plupart, issus du vivier local, pourraient résumer la participation des Lions indomptables à la Can. Une équipe sortie de nulle part a déjoué les pronostics. Certains bookmakers lui avaient donné une "espérance de vie " de deux matches seulement, synonymes de deux défaites initiales face au Gabon et à la Côte d'ivoire. Chose curieuse, au bout de ces deux premiers matches, Nouhou Tollo, le valeureux capitaine, et ses coéquipiers étaient virtuellement qualifiés pour le second tour, avant leur troisième match, gagné aussi comme le premier, mais peut-être mal négocié sur le plan comptable. Un troisième but face au Mozambique aurait certainement offert un autre destin à ce tournoi aux Lions. Ce qui leur aurait fait éviter -plus tôt-le Maroc, le... syndrome et les clichés du pays organisateur. La Can, comme toutes compétitions sportives, c'est aussi l'arithmétique et les calculs.
Soit! En une vingtaine de jours donc, le Cameroun a "confectionné", pour reprendre une jolie expression de Aurélien Chedjou, un ancien indomptable, sur le plateau d'une télévision française, une équipe séduisante, combative et conquérante. Nous complétons cette analyse en faisant observer que cette équipe bien qu'intéressante a manqué d'expérience. À l'inexpérience du groupe s'est superposée aussi l'inexpérience de David Pagou, le sélectionneur, qui a cependant réalisé un mini miracle. Cela fait quelque temps que la sérénité n'avait plus été un maître-lot, rapporté donc dans la tanière par les journalistes et les... influenceurs. Les jets privés et les faits divers extra sportifs y occupaient plus l'espace médiatique que les exploits sportifs. Merci Pagou. L'équipe a joué avec l'insouciance de la jeunesse. Mais une compétition comme la Can, de plus en plus relevée, se gagne aussi avec une petite dose d'expérience et de savoir-faire comme CT le relevait au début du tournoi. Le talent et le savoir-être seuls ne suffisent pas pour soulever un trophée. Ajouté à la glorieuse incertitude du sport, ce handicap du déficit de maturité a contribué à compromettre les chances de nos Lions. Le Comité d'urgence de la Fecafoot qui a voulu ce changement -salutaire au demeurant- dispose désormais d'une base de travail intéressante et d'une pépinière de qualité. Avec une démarche plus inclusive qui consisterait à faire revenir dans la famille certains joueurs non convoqués pour l'expédition marocaine, le staff pourrait disposer, pour les prochaines échéances, d'une matière d'une rare qualité en Afrique, voire au-delà. En attendant la consolidation du chantier de reconstruction ainsi ouvert, il ne nous reste plus qu'à vous dire: " les gars, Merci pour ces moments"
Extrait de Cameroon Tribune du 12 janvier 2025








