Paul Biya – Bello Bouba Maïgari : l'histoire méconnue d'une alliance de 65 ans
Derrière l'image publique du premier Premier ministre de Paul Biya se cache une réalité bien plus profonde : Bello Bouba Maïgari est, après l'épouse du chef de l'État, l'homme qui l'a côtoyé le plus longtemps et le plus étroitement. Retour sur six décennies d'une fidélité politique hors norme.
Dans l'imaginaire collectif camerounais, Bello Bouba Maïgari demeure essentiellement « le premier Premier ministre de Paul Biya », nommé en 1982 au lendemain de l'accession de ce dernier à la magistrature suprême. Mais cette perception occulte une vérité historique bien plus profonde : leur alliance ne date pas de 1982, elle remonte à la fin des années 1960. Soit plus de six décennies de compagnonnage politique, de loyauté sans faille et de complicité stratégique.
Tout commence à la fin des années 1960. Paul Biya, jeune haut fonctionnaire déjà bien ancré dans les rouages de l'appareil d'État camerounais, fait la connaissance de Bello Bouba Maïgari, alors en formation puis en début de carrière administrative. Le premier est déjà influent ; le second cherche sa voie.
Selon plusieurs sources concordantes, c'est Paul Biya qui aurait facilité l'entrée de Bello Bouba à l'École nationale d'administration et de magistrature (ENAM), institution prestigieuse qui forme l'élite administrative du pays. Ce coup de pouce initial marque le début d'une relation qui ne se démentira jamais.
Dans les années 1970, leur collaboration se structure et s'intensifie. Bello Bouba Maïgari gravit les échelons de l'administration avec une régularité qui ne doit rien au hasard. Il devient attaché à la Présidence de la République, puis secrétaire général des Forces armées nationales, avant d'accéder en 1975 au poste stratégique de secrétaire général adjoint de la Présidence.
Ce dernier poste le place au cœur même du pouvoir, dans l'ombre d'Ahmadou Ahidjo, mais surtout aux côtés de Paul Biya, alors secrétaire général de la Présidence et Premier ministre. Les deux hommes travaillent main dans la main, tissant des liens qui dépassent le cadre strictement professionnel.
1982 : la caution nordiste du nouveau président
Lorsque Ahmadou Ahidjo désigne Paul Biya comme son successeur le 6 novembre 1982, la nomination de Bello Bouba Maïgari au poste de Premier ministre n'est pas anodine. Elle répond à une double logique : incarner la caution nordiste indispensable pour rassurer une partie du pays, et placer un homme de confiance absolue à la tête du gouvernement.
Bello Bouba devient ainsi le symbole vivant de la continuité institutionnelle et de la fidélité politique au nouveau président. Mais cette fidélité sera bientôt mise à l'épreuve.
La grande épreuve : rester fidèle malgré la rupture Biya-Ahidjo
L'année 1983 marque un tournant historique : la rupture spectaculaire entre Paul Biya et Ahmadou Ahidjo plonge le Cameroun dans une crise politique sans précédent. Nombreux sont ceux qui, issus du Nord et liés à l'ancien président, choisissent le camp d'Ahidjo. Bello Bouba, lui, fait un choix diamétralement opposé : il reste aux côtés de Paul Biya.
Ce choix, perçu par certains comme une trahison envers Ahidjo, est en réalité la manifestation d'une fidélité plus ancienne et plus profonde : celle envers l'homme qui l'a fait entrer dans les cercles du pouvoir bien avant 1982. Bello Bouba ne trahit pas Ahidjo ; il honore une dette de loyauté contractée quinze ans plus tôt.
Ce positionnement lui coûtera cher sur le plan personnel et politique, notamment dans sa région d'origine, mais il consolidera définitivement sa place dans le premier cercle biyaïste.
Six décennies, un seul centre de loyauté
Depuis plus de soixante ans, Bello Bouba Maïgari n'a connu qu'un seul pôle de fidélité politique : Paul Biya. À travers les décennies, les crises, les remaniements, les purges et les bouleversements du paysage politique camerounais, il est resté une constante, un pilier, un allié indéfectible.
Cette longévité politique exceptionnelle ne repose ni sur le hasard, ni sur l'opportunisme. Elle trouve ses racines dans une alliance forgée dès la fin des années 1960 au sein de l'appareil d'État, nourrie par la reconnaissance, scellée par des épreuves communes et jamais démentie.
Aujourd'hui encore, à plus de 80 ans, Bello Bouba Maïgari demeure une figure respectée du régime, président de l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) et acteur incontournable du jeu politique camerounais. Son parcours illustre une vérité souvent méconnue : au Cameroun, les alliances les plus solides ne se nouent pas dans les discours publics, mais dans les couloirs discrets du pouvoir, parfois des décennies avant d'apparaître au grand jour.









