Dans l'émission CANAL PRESSE diffusée sur Canal 2 International, Claude Assira a livré une critique acerbe du mode de gouvernance du président Paul Biya, dénonçant un décalage persistant entre les annonces et les actes, deux mois après son investiture.
"Au commencement était le verbe avec Biya, et la fin aussi. C'est-à-dire que Biya, c'est le verbe au début, le verbe pendant, le verbe rien que le verbe à la fin. Jamais l'action", a lancé Claude Assira d'entrée de jeu, résumant ainsi sa vision d'une présidence marquée par les discours plutôt que par les réalisations concrètes.
Il s'interroge sur la cohérence entre les promesses présidentielles et leur mise en œuvre : "Quand vous annoncez aux gens : 'je vais nommer des hommes, des jeunes, des femmes', on s'imagine qu'à l'intérieur de la pensée du président de la République, il y a un panel de personnes, une grille de portraits dans laquelle on peut entrevoir quelques figures qui correspondent à cette politique."
Selon lui, si ces profils existaient réellement dans l'esprit du chef de l'État, "la confection d'un gouvernement devrait se faire tambour battant, dans l'élan." Or, force est de constater que près de deux mois après l'investiture, le remaniement attendu tarde toujours à se concrétiser.
Claude Assira rappelle un fait politique majeur : "Je vous signale en passant qu'il est aujourd'hui élu avec l'un des plus petits scores qu'il n'ait jamais eus. Et ce score traduit l'attente."
L'analyste va plus loin en remettant en perspective la légitimité présidentielle : "Ce score, il ne faut pas qu'on se cache, est un score officiel. Parce que même en analysant ce score, on se rend compte qu'en réalité, il n'a pas le soutien de la majorité des Camerounais. C'est le score tel qu'il a été traité, travaillé, dans les conditions que nous connaissons tous."
Cette déclaration, bien que formulée avec précaution, suggère que les résultats officiels ne reflètent pas nécessairement la réalité du soutien populaire. "On accepte le président de la République, parce qu'il faut avancer", concède-t-il, avant d'ajouter : "Mais justement, c'est ce qui devrait constituer pour lui une contrainte à assouvir les attentes, les choses auxquelles nous avons déjà renoncé."
La frustration de Claude Assira est palpable lorsqu'il dresse la chronologie : "M. Biya est encore dans les bavardages, les discussions, les hésitations... Il a été investi depuis le 6 novembre. Réélu officiellement depuis le 20, 23 ou 24 octobre. Installé depuis le 6 novembre. Et on est encore là, le 10 janvier, à spéculer sur qui va rester, alors que le 31 décembre, il nous a livré tout un discours."
Cette critique souligne un paradoxe : malgré un discours présidentiel de fin d'année, censé donner le ton et les orientations pour l'année à venir, les Camerounais en sont toujours réduits aux spéculations concernant la composition du futur gouvernement.
L'intervention de Claude Assira met en lumière une équation politique délicate : un président dont la légitimité électorale est contestée, qui bénéficie d'une forme d'acceptation résignée de la population, mais qui tarde à concrétiser ses promesses de renouvellement.









