Les violences communautaires survenues à Zoétélé à la veille de la fête nationale du 20 mai, sont en contradiction avec les discours officiels sur l’unité nationale. L’inaction des forces de l’ordre est vivement critiquée et les autorités locales sont accusées d’avoir laissé prospérer, voire instrumentalisé, un climat de haine ethnique. Ces événements illustrent une justice à géométrie variable et une impunité récurrente lorsque les victimes appartiennent à certaines communautés. La présomption d’innocence devrait prévaloir et que la quête de justice ne peut justifier des représailles communautaires. Les violences de Zoétélé sont perçues comme le symbole des fragilités de l’unité nationale au Cameroun et des profondes tensions identitaires qui persistent dans le pays.
ZOÉTÉLÉ : QUAND LE POISON DU TRIBALISME PROFANE LA FÊTE DE L'UNITÉ NATIONALE
Pendant que les trompettes de la propagande officielle s’apprêtent à résonner dans toutes les places de fête du triangle national pour célébrer le vivre-ensemble et la cohésion sociale, la commune rurale de Zoétélé, au coeur du Dja-et-Lobo, s'est réveillée dans la fumée et le chaos.
Du féminicide au lynchage populaire : le prétexte parfait
Tout commence fin mars avec un drame qui aurait dû rester strictement sur le terrain de la justice : la découverte macabre du corps mutilé de Dame Akamba au quartier Bibae. Suspectés, le patron des établissements Zoeeis et son épouse, deux opérateurs économiques prospères issus de la communauté Bamiléké, sont interpellés.
Mais lorsque le parquet de Sangmélima prononce leur remise en liberté le 19 mai — faute de preuves ou pour complément d'enquête — la quête légitime de justice dévie instantanément vers la barbarie. En quelques heures, la colère populaire se transforme en une chasse aux étrangers. Ce n'est plus le système judiciaire qui est contesté. C'est l'appartenance ethnique des commerçants de la ville qui est visée.
Le double visage de l'État : passivité coupable ou impuissance programmée ?
Le scandale de Zoétélé réside autant dans l'inaction des forces de l'ordre que dans les images de pillages à ciel ouvert. Comment comprendre que dans le département d'origine du chef de l'État, le déploiement sécuritaire soit incapable de sécuriser trois rues commerçantes ?
Ce deux poids, deux mesures interpelle. Quiconque tente de manifester pour l'opposition à Yaoundé ou à Douala est immédiatement maté par une répression féroce : gaz lacrymogènes, arrestations massives, tirs.
À Zoétélé, parce que les émeutiers sont des autochtones et que la cible est l'allogène, une tolérance coupable s'est installée. Des sources sur place pointent également du doigt l'instrumentalisation de cette haine par les autorités administratives locales elles-mêmes, transformant les représentants de l'État en pompiers pyromanes.
Cette mécanique n'est pas nouvelle.
Elle reproduit un schéma bien rodé : détourner la frustration populaire d'un appareil judiciaire défaillant vers une communauté désignée comme bouc émissaire. Le sentiment d'impunité de la foule émeutière repose sur une conviction ancienne et souvent confirmée par les faits : on ne réprime pas sévèrement ceux qui pillent des biens bamilékés dans une zone rurale loyaliste.
Le grand bluff du 20 mai
L'histoire retiendra que c'est à la veille du 20 mai que des Camerounais ont dû barricader leurs boutiques et fuir pour leur sécurité, uniquement en raison de leur nom de famille. Les images qui circulent sur les réseaux infligent un démenti cinglant aux slogans de l'intégration nationale. Elles rappellent la triste mécanique des affaires précédentes, comme celle du quartier Ekounou à Yaoundé en début d'année, où la rumeur d'un crime rituel avait suffi à déclencher des violences contre des opérateurs économiques de la même communauté.
Il est par ailleurs utile de rappeler que la présomption d'innocence protège en droit tout suspect libéré par un parquet, qu'il soit bamiléké, beti ou autre. Le droit ne s'administre pas à l'affect ni à la machette. Les populations de Zoétélé ont le droit d'exiger justice pour Dame Akamba. Elles n'ont pas le droit de confisquer cette justice pour en faire un prétexte ethnique.
L'éléphant debout, signification de Zoétélé en langue Ntoumou, s'est effondré ce jour sous le poids du repli identitaire. Au-delà du fait divers et de la tragédie économique pour les victimes, les événements de Zoétélé sonnent comme un avertissement solennel : au Cameroun, l'unité nationale demeure un concept de parade, un costume de fête que l'on range dès que les lampions du défilé s'éteignent.
Ce qui reste, c'est la dure réalité d'un État qui protège différemment ses citoyens selon l'endroit où ils sont nés.
John Lawson









