Le VIH recule au Cameroun, mais la féminisation de l'épidémie inquiète
L'enquête CAMPHIA 2024/2025 révèle une baisse de l'incidence, mais met en évidence des disparités préoccupantes selon le sexe et l'âge
Le Ministre de la Santé Publique, Dr Manaouda Malachie, a rendu public ce mercredi les résultats de la dernière enquête d'évaluation de l'impact du VIH sur la population camerounaise (CAMPHIA 2024/2025), réalisée de septembre 2024 à janvier 2025. Si les chiffres témoignent de progrès significatifs dans la lutte contre le sida, ils révèlent également une féminisation marquée de l'épidémie qui appelle à un renforcement urgent du dépistage ciblé.
Selon le communiqué radio-presse du Ministère de la Santé Publique, l'enquête révèle une incidence annuelle du VIH de 0,15% chez les personnes de 15 à 49 ans, avec une disparité significative entre les sexes : 0,24% chez les femmes contre 0,06% chez les hommes, soit une contamination quatre fois plus élevée chez les femmes.
Au niveau national, ce résultat indique environ 21 000 nouveaux cas de VIH par an, marquant une baisse de l'incidence de 0,24% par rapport aux données de CAMPHIA 2017.
Une prévalence en baisse, mais fortement féminisée
La prévalence nationale du VIH s'établit à 2,6% chez les 15-49 ans, avec une féminisation prononcée : 3,6% chez les femmes contre 1,6% chez les hommes (trois infections sur quatre concernent des femmes).
Ces chiffres traduisent la présence d'environ 503 000 adultes vivant avec le VIH âgés de 15 ans et plus, en baisse par rapport à CAMPHIA 2017. Dans la même tranche d'âge, la prévalence varie considérablement selon les régions : de 1,5% dans les régions du Nord et de l'Extrême-Nord à 4,6% dans le Centre (à l'exclusion de Yaoundé), suggérant des taux élevés dans les grandes métropoles.
Suppression virale : des résultats impressionnants chez les personnes âgées
Le contrôle du virus chez les personnes vivant avec le VIH affiche des résultats impressionnants chez les personnes âgées, avec environ 95% de suppression virale chez les personnes de 55 ans et plus, contre seulement la moitié chez les plus jeunes (53,7% chez les adolescentes et les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans, et 50,4% chez les hommes de 25 à 34 ans).
Face à ces résultats, le Dr Manaouda Malachie souligne l'importance cruciale d'intensifier le dépistage du VIH suivant l'approche communautaire, en ciblant prioritairement les femmes, adolescents et jeunes qui demeurent les couches sociales les plus vulnérables.
Le ministre insiste sur la nécessité de renforcer les leviers de la Couverture Santé Universelle, telle que prônée par le Chef de l'État, Son Excellence Paul Biya, ainsi que la capitalisation sur les nouvelles opportunités du partenariat international, dans l'optique d'une contribution effective du Cameroun à l'atteinte de l'élimination du Sida à l'horizon 2030 au niveau mondial.
Des enjeux de santé publique majeurs
La vulnérabilité des femmes : Avec une prévalence deux fois plus élevée que chez les hommes et une incidence quatre fois supérieure, les femmes camerounaises restent les premières victimes de l'épidémie. Cette situation appelle à des stratégies spécifiques de prévention et de protection.
L'échec relatif auprès des jeunes : Le faible taux de suppression virale chez les adolescents et jeunes adultes (autour de 50%) comparé aux performances chez les personnes âgées (95%) révèle des difficultés d'observance thérapeutique dans cette tranche d'âge, probablement liées à des enjeux d'accompagnement psychosocial et d'adhésion au traitement.
Les disparités régionales : L'écart de prévalence entre le Nord (1,5%) et le Centre (4,6%) suggère que les grandes agglomérations urbaines restent les foyers principaux de transmission, nécessitant des interventions ciblées.
Avec ces nouvelles données, le Cameroun dispose désormais d'un tableau actualisé de l'épidémie du VIH sur son territoire. Les autorités sanitaires devront s'appuyer sur ces résultats pour ajuster leurs stratégies de prévention, de dépistage et de prise en charge, avec un accent particulier sur les populations les plus à risque.
L'objectif d'élimination du sida à l'horizon 2030, fixé par les instances internationales, reste atteignable pour le Cameroun, à condition de maintenir les efforts sur la suppression virale, d'intensifier le dépistage précoce et de garantir l'accès universel aux traitements antirétroviraux.









