Actualités of Saturday, 17 October 2026
Source: www.camerounweb.com
Censés protéger l’État, les services secrets camerounais seraient fragilisés par les luttes d’influence autour de Paul Biya et par la précarité de leurs agents. Selon Jeune Afrique, ils se mettent régulièrement au service d’intérêts privés.
Dans une enquête intitulée « Les secrets du renseignement camerounais », le journaliste de Jeune Afrique Yves Plumey Bobo s’est penché sur le fonctionnement des services de l’État. Le magazine précise qu’il a recueilli pendant des mois des témoignages et des preuves, et qu’il a découvert un véritable marché noir de l’information, ainsi qu’une Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) affaiblie par les rivalités qui minent l’entourage du chef de l’État.
Trois camps pour un même appareil. Selon Jeune Afrique, plusieurs clans se disputent le contrôle du renseignement, qu’il s’agisse de la DGRE, de la Direction de la surveillance du territoire (DST) ou du renseignement militaire. Le magazine en identifie trois : celui du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, celui d’Oswald Baboké, présenté comme proche de la première dame, et celui de Franck Biya, fils aîné du président.
La bataille des rapports. Jeune Afrique explique que l’arme principale de ces camps est le rapport qui parvient au chef de l’État, chacun lui livrant sa propre version des faits. Le magazine rappelle que Léopold Maxime Eko Eko, patron de la DGRE pendant plus de dix ans, s’est retrouvé au centre de cet affrontement. D’après lui, en janvier 2023, son rapport décrivait Ngoh Ngoh comme impliqué dans un projet de coup d’État. Le lendemain de sa transmission, il a été arrêté dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Jeune Afrique indique qu’il y voit un complot, tandis que Ferdinand Ngoh Ngoh balaie ces accusations.
Des agents qui monnaient leurs services. Le magazine relève que les moyens de l’État servent aussi des intérêts privés. Faute de ressources, une partie des agents de la DGRE vendrait ses services. Jeune Afrique cite un exemple : 25 000 F CFA, soit moins de 40 euros, suffiraient à obtenir les relevés téléphoniques d’une épouse que l’on soupçonne. Il rapporte aussi le témoignage d’un homme d’affaires qui dit avoir fait rédiger un faux rapport pour faire muter un fonctionnaire gênant.
Des relais sur le terrain. Selon le magazine, le dispositif repose enfin sur des relais : des cadres opérant sous une identité d’emprunt, ou des étudiants recrutés avec la promesse d’un emploi.