Actualités of Sunday, 11 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Une poignée de main ne signifie rien" : Paul Biya, les dessous sont dehors

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Lors de l'émission CANAL PRESSE sur Canal 2 International, le journaliste et analyste politique Aimé Sadou a livré une analyse sans concession sur la symbolique des gestes présidentiels au Cameroun, démystifiant au passage les interprétations hâtives que beaucoup de Camerounais en font.


"Beaucoup de Camerounais étaient devant leur télé pour voir avec qui Paul Biya parlait le plus longtemps, si la poignée de main allait durer ou non", a déclaré Aimé Sadou, avant de tempérer l'enthousiasme de ceux qui scrutent chaque geste du chef de l'État pour y déceler des signaux de faveur ou de disgrâce.
Connaissant la personnalité du président, l'analyste affirme que ces signes extérieurs sont trompeurs : "Paul Biya peut vous sourire aujourd'hui, et demain à 17h, vous n'êtes plus ministre." Une réalité qui illustre la nature imprévisible et solitaire du processus décisionnel présidentiel au Cameroun.


Selon Aimé Sadou, le président Biya maîtrise parfaitement l'art de la dissimulation. "Le président Biya, qui connaît un peu qui fait quoi dans cette affaire, peut justement vous donner l'impression qu'il vous fait encore confiance, alors qu'il est en train de vous dire au revoir", explique-t-il.
Plus troublant encore, le journaliste évoque la possibilité d'un message codé : "Il peut, de manière incidente… vous dire : 'c'est la dernière fois qu'on se salue'. Mais vous, vous rentrez au quartier tout content : 'le président m'a salué pendant trente secondes'. Sauf que lui seul sait pourquoi il vous a salué aussi longuement."


Cette analyse met en lumière le fossé qui existe entre la perception des ministres et la réalité du pouvoir présidentiel. Là où certains voient des signes de confiance renouvelée, se cache parfois un adieu déguisé.


Aimé Sadou soulève également une question délicate : le président connaît-il réellement tous ses ministres ? "Est-ce que le protocole, en entrant dans la salle, le briefe sur qui est qui ? Parce qu'en réalité, le président ne connaît pas tous ses ministres, à l'exception de quelques-uns avec qui il a longtemps travaillé", s'interroge-t-il.

Cette affirmation, qui pourrait surprendre, reflète une réalité institutionnelle : après plusieurs décennies au pouvoir et avec un gouvernement pléthorique, Paul Biya ne peut matériellement entretenir des relations personnelles avec l'ensemble de ses collaborateurs. Seul un cercle restreint de ministres historiques ou stratégiques bénéficierait d'une véritable proximité avec le chef de l'État.

L'intervention d'Aimé Sadou invite à la prudence dans l'interprétation des cérémonies officielles. Les images de poignées de main prolongées, de sourires échangés ou de conversations animées ne constituent pas nécessairement des indicateurs fiables de l'avenir politique des membres du gouvernement.
Dans le système politique camerounais, où le président détient l'essentiel du pouvoir de nomination et de révocation, la vraie boussole reste la décision présidentielle elle-même, souvent annoncée sans préavis et parfois en totale contradiction avec les apparences.

Cette analyse éclaire d'un jour nouveau le fonctionnement du pouvoir au Cameroun, où la verticalité des décisions et l'opacité des processus rendent vaines les tentatives de prédiction basées sur les seuls signes extérieurs.