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Actualités of Monday, 15 November 2021

Source: Kalara

Une église saccagée à la suite d’une bagarre entre une veuve et sa ‘rivale’

Pour un ensemble de logements, deux femmes se battent devant les tribunaux de Douala Pour un ensemble de logements, deux femmes se battent devant les tribunaux de Douala

Pour un ensemble de logements, deux femmes se battent devant les tribunaux de Douala. Entre contestation de l’état-civil, mariage en difficulté, appartenance aux nouveaux mouvements religieux chrétiens et violences, le conflit perdure depuis onze ans.

Qui est N.K. ? Comme piquée au vif, la petite dame ronde entre deux âges a lâché : «C’est la bordelle de mon mari !», provoquant un remous dans le prétoire. La juge l’a avertie immédiatement : «Soignez votre langage madame…». L’avocat de la partie civile à ce procès venait seulement de commencer à lui poser des questions quand elle a craqué. Une indication de la trame de fond de l’affaire inscrite au rôle du tribunal de grande instance (TGI) du Wouri en ce mardi 9 novembre 2021 mentionne simplement que Minette Nganya Tchaptchet répond à l’accusation de l’Eglise Témoin du Christ : «pillage en bande, violences et blessures légères».

D’après la communauté religieuse, la dame a entrepris une expédition privée d’expulsion forcée des lieux qu’elle occupe pour son ministère à Bonamoussadi, un quartier résidentiel de Douala. L’assaut aurait eu lieu à 4 h du matin le 18 décembre 2018. Dans la série de témoignages, le vigile de l’Eglise claironne que la dame a même demandé qu’il soit tué. Exhibant une bosse sur son épaule qu’il a dénudée en levant le manche de son t-shirt, il dit à la juge que la protubérance (l’enflure) est bien la preuve des violences alléguées. Tout comme ces cicatrices qu’il porterait sur la tête. Tout cela résulterait de l’irruption de malabars armés de gourdins, marteaux et autres machettes qui ont fracassé des équipements, bastonné et obligé les fidèles à fuir les lieux alors qu’une nuit de prière s’y déroulait.

Malade chronique

L’accusée, Mme Nganya Tchaptchet, nie la majeure partie du récit. Si elle s’est bien rendue sur les lieux, c’était à 7h du matin, en compagnie de son neveu uniquement. «Je voulais qu’ils quittent ma concession, car j’ai une décision de justice qui l’ordonne», explique-t-elle. Les déclarations qu’elle et son neveu ont faites à la police et devant le juge d’instruction, corroborant ce que disent les plaignants ? Elle ne les reconnaît point. Et de se lamenter sur son sort de veuve, malade chronique, assaillie par diverses plaintes liées à la même affaire, alors qu’elle «ne cherche qu’à utiliser les biens de [ses] enfants pour les envoyer à l’école et nourrir la famille». Son avocat et elle-même suggèrent que c’est l’intervention des voisins, exaspérés par la situation, qui a pu causer quelques dégâts.

Dans les habituelles digressions autour de l’objet du procès, l’on apprend en effet que l’époux de Mme Nganya Tchaptchet, feu Nouamo, est décédé le 31 décembre 2009, dans des circonstances spéciales. L’homme a passé ses derniers jours auprès de N. K. et c’est dans l’église que ses obsèques ont eu lieu. Par ailleurs, une procédure pour destruction des preuves d’un acte de mariage oppose la même N.K. à l’accusée. Cette dernière reconnaît que sa rivale a gagné le procès au tribunal de première instance de Douala-Bonabéri. Toutefois, souligne-t-elle, l’officier d’état-civil interpellé «a dit qu’il ne reconnaît pas avoir dressé» l’acte querellé.

De sorte que, depuis onze ans, les deux parties se battent pour contrôler l’héritage. Mme Nganya Tchaptchet se prévaut d’un jugement «définitif» qui lui reconnaît l’usufruit et déclare sa fille héritière. Après une première expulsion manu militari longtemps avant, qui a donné lieu à un procès similaire devant le même tribunal et à un non-lieu à son profit, elle est revenue à la charge contre les mêmes occupants. Son avocat crie : l’Eglise frustre, provoque, pousse au crime. Quoi qu’il en soit, rétorque le défenseur de l’Eglise Témoin du Christ, la décision qui lui attribue le droit de percevoir les loyers est limitée par un appel et n’aurait pu être mise en œuvre que par un huissier de justice. L’homme insiste pour que soit sanctionnée le recours à la violence et la «cupidité» de l’accusée.

Roi Salomon

A propos de l’argent et des «biens de cette terre», interroge l’avocat de la mise en cause : ne serait-ce pas de l’autre côté qu’il faut voir de l’immoralité aggravée par la présentation présumée de l’adversaire comme autorité morale, l’Eglise Témoin du Christ et la dame N.K. ayant «offert de racheter» l’ensemble immobilier en question ? «Pensez à la justice de Salomon dans la Bible ! Comme l’enfant qu’une des femmes accepta de voir diviser en deux, voici une femme qui propose d’acheter à une autre un bien qu’elles sont supposées posséder [chacune à bon droit]. C’est dire clairement qu’il y en a une qui connaît la valeur de ce qu’elle a pour avoir contribué à le bâtir», sérine l’avocat de Mme Nganya Tchaptchet.

La procureure de la République aussi semble épauler Mme Nganya. Elle n’aurait cependant pas dû tenter d’exécuter par ses propres moyens la décision dont elle se prévaut. Aussi, requiert-elle qu’elle soit condamnée uniquement pour avoir pillé, bien que les autres auteurs du pillage ne soient pas dans le box des accusés. Personne ne reconnaissant qu’elle a porté la main sur quiconque, les deux autres chefs d’accusation (violences et blessures) tomberaient du coup.

Avant de clore les débats qu’elle sanctionnera le 23 novembre prochain, la juge a ouvert une fenêtre, précisant qu’il s’agit de renseignements. Pourquoi, demandera-t-elle au pasteur de l’Eglise Témoin du Christ, n’avoir pas apaisé ou quitté les lieux alors que le conflit perdure ? «On a voulu concilier mais ça n’a pas marché», répond le plaignant. Raison de plus pour aller chercher un logement ailleurs, insiste la juge. L’homme se justifie : «Nous ne voulions pas laisser le feu après nous».

En fait de feu, le conflit a de quoi être alimenté, bien au-delà de l’aspect affectif. Car, de l’échange entre la juge et le pasteur, l’on apprendra que l’héritage en question porte sur 17 chambres ou studios et une salle de réunion qui servent à l’Eglise pour l’essentiel. Et la juge d’insister pour connaître le prix du loyer, le standing du quartier : «C’est bien ça que vous louez à 125.000 F par mois,à Bonamoussadi ?» Oui, répond le pasteur, à la satisfaction visible du camp opposé qui tient à ajouter que le tribunal sortirait de ses gonds si, d’aventure, en plus de la réduction du loyer qu’aurait organisée N.K. avec les occupants, il consultait les comptes chez le greffier-séquestre, des sommes payées depuis lors à Mme Nganya Tchaptchet.

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