Un enfant violé, c’est une nation défaite : depuis le début de l’année 2026, le Cameroun est secoué par une série de violences sexuelles, d’agressions et de féminicides qui exposent une crise morale et juridique profonde. Le cas récent d’une fillette de moins de trois ans violée n’est que la partie émergée de l’iceberg, révélant un système défaillant où les enfants ne sont plus en sécurité, où les dossiers sont enterrés et où les responsables ne répondent pas de leurs actes. Une urgence nationale qui exige une refonte totale des mécanismes de protection de l’enfance.
Un enfant violé, une nation défaite : le Cameroun face à sa faillite morale
Par Vincent Sosthène FOUDA
Il y a des faits qui ne devraient jamais exister dans une société qui se dit humaine. Il y a des blessures qui ne devraient jamais toucher un corps d’enfant. Et pourtant, depuis le début de l’année 2026, le Cameroun est secoué par une série de violences sexuelles, d’agressions, de disparitions et de féminicides qui révèlent une vérité brutale : nos enfants ne sont plus en sécurité. Et ceci quelque soit le lieu où l'endroit. L’affaire qui mobilise aujourd’hui — celle d’une fillette de moins de trois ans violée lundi dernier — n’est peut-être que la face visible de l’iceberg.
Derrière ce drame, il y a des dizaines d’autres, tués, étouffés, niés, normalisés.
Et derrière ces silences, il y a une société qui se fissure.
I. Le Cameroun face à une explosion de violences sur mineurs
Depuis janvier 2026, les faits s’accumulent :enfants violés dans des établissements scolaires, bébés agressés dans des familles élargies, mineures enlevées puis retrouvées mutilées, adolescentes victimes de violences sexuelles dans des quartiers populaires comme dans les maisons cossues. Certains de ces cas sont signalés mais jamais instruits, dossiers enterrés par peur du scandale ou par connivence sociale. Les travailleurs sociaux le savent : lorsqu’un cas éclate publiquement, c’est qu’il y en a cent autres qui n’ont jamais franchi les murs du silence.
Comme le rappelle le sociologue Didier Fassin, « la violence institutionnelle commence là où la souffrance est niée ». Au Cameroun, la souffrance des enfants est niée depuis trop longtemps.
II. L’affaire du lundi : un drame, mais aussi un révélateur
Une fillette de moins de trois ans subit une violence sexuelle.
La famille accuse l’école.
L’école accuse la famille.
Les ministres se déplacent.
Les parents manifestent.
Les réseaux sociaux s’enflamment. Mais la question essentielle demeure :
Qui protège l’enfant ? Le philosophe Hannah Arendt écrivait que « la responsabilité commence là où l’excuse disparaît ».
Ici, aucune excuse ne tient.
Un enfant a été blessé.
Un enfant a été trahi.
Un enfant a été abandonné par les adultes qui auraient dû constituer son rempart.
III. Ce qu’il aurait fallu faire immédiatement
Dans les pays où la protection de l’enfance est structurée, la procédure est claire, automatique, non négociable.
1. Protéger l’enfant prise en charge médicale urgente,accompagnement psychologique spécialisé,mise à l’abri immédiate.
2. Geler les lieux. Que les faits se soient déroulés à l’école ou ailleurs, il fallait : sécuriser l’environnement,auditionner les adultes présents,préserver les preuves.
3. Ouvrir une enquête indépendanteNi l’école, ni la famille ne peuvent être juges et parties.
Il faut une cellule spécialisée, pluridisciplinaire, neutre.
4. Communiquer avec sobriétéLa priorité n’est pas de protéger l’image d’une école ou d’une famille,
mais de protéger l’enfant.
IV. Ce qu’il faut faire maintenant
1. Suspendre temporairement les responsables de l’établissementNon pour les condamner, mais pour garantir la sérénité de l’enquête.
2. Mettre en place une enquête pluridisciplinaire indépendante
Travailleurs sociaux, psychologues, médecins légistes, policiers formés à l’audition des mineurs.
3. Protéger l’enfant contre la violence secondaire
La philosophe Judith Butler parle de « vulnérabilité exposée ».
L’enfant ne doit pas devenir un objet médiatique.
4. Créer une cellule d’écoute pour les autres enfants et parents. Un viol dans une institution n’est jamais un acte isolé.
5. Exiger un cadre légal national de protection de l’enfance car c’est là que le bât blesse.
V. Le Cameroun : un pays sans Code de la famille
Le Cameroun ne dispose toujours pas d’un Code de la famille.
Cette absence crée un vide juridique qui fragilise les enfants, les femmes, les familles, les travailleurs sociaux, les magistrats. Dans un pays où : les violences sexuelles sont en hausse, les féminicides explosent,les enfants disparaissent,les institutions se renvoient la responsabilité,l’absence d’un Code de la famille est une faute politique majeure.
VI. Ce que disent les lois ailleurs : France et Canada
En France, Le Code de l’action sociale et des familles (CASF), article L112‑3, affirme que : « La protection de l’enfance a pour but de prévenir les difficultés auxquelles les parents peuvent être confrontés dans l’exercice de leurs responsabilités éducatives et d’assurer la prise en charge des mineurs en danger. » L’article 375 du Code civil ajoute : « Si la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur sont en danger, le juge des enfants peut ordonner des mesures d’assistance éducative. »
Au Canada. Les lois provinciales sont encore plus strictes.
Au Québec, la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) stipule à l’article 38 : « Un enfant est en situation de compromission lorsqu’il subit des abus sexuels, qu’il en est menacé ou qu’il est exposé à des comportements sexuels inappropriés. » Et surtout : « Toute personne qui a un motif raisonnable de croire qu’un enfant est victime d’abus sexuels doit signaler sans délai. » En France comme au Canada, le signalement est une obligation légale, pas une option.
Au Cameroun, il n’existe pas de dispositif équivalent.
VII. Le Cameroun doit choisir : protéger ses enfants ou protéger ses silences
L’anthropologue Marcel Mauss rappelait que « l’enfant appartient à la société tout entière ».
Aujourd’hui, la société camerounaise échoue à cette responsabilité fondamentale.Le drame de lundi n’est pas un accident isolé.
Il est le symptôme d’un système défaillant. Il est le miroir d’une société qui a laissé s’installer : la banalisation de la violence,la culture du silence,la peur du scandale, l’impunité.Comme le disait Michel Foucault,« Une société se lit dans ses dispositifs de protection autant que dans ses dispositifs de punition. » Le Cameroun n’a ni l’un ni l’autre
VIII. Pour que plus jamais un enfant ne soit abandonné
Il est temps de bâtir : un Code de la famille,un protocole national de protection de l’enfance, un numéro d’urgence, des travailleurs sociaux formés, des enquêtes indépendantes, une obligation de signalement,une justice spécialisée.Parce qu’un enfant violé n’est pas un fait divers.
C’est un crime contre la société.
C’est un effondrement moral.
C’est un appel à la refondation.









