Actualités of Thursday, 16 July 2026

Source: www.camerounweb.com

URGENT: le gouvernement sort du silence et recadre le débat — « Il n'y a pas de disparition d'or appartenant à l'État »

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Sous pression de l'opinion publique et des révélations de la presse internationale sur les exportations illicites d'or, le ministre Fuh Calistus Gentry a tenu le 15 juillet 2026 à Yaoundé un point de presse pour clarifier la position officielle du gouvernement. Une sortie qui soulève autant de questions qu'elle n'en résout.


Le gouvernement camerounais a décidé de rompre le silence. Après des semaines de polémique alimentée par les révélations sur les écarts colossaux entre la production officielle d'or et les volumes exportés — des enquêtes chiffrant à près de 2 000 milliards de FCFA les pertes sur cinq ans —, le ministre des Mines, de l'Industrie et du Développement Technologique, Fuh Calistus Gentry, a convoqué la presse le 15 juillet 2026 à Yaoundé pour livrer la version officielle des faits.

Le message du ministre est clair dans sa formulation : « Il n'y a pas de disparition d'or appartenant à l'État. » Une affirmation destinée à désamorcer les accusations les plus graves qui circulaient dans l'espace public, suggérant que des ressources minières relevant directement du patrimoine public auraient été détournées au profit de réseaux privés avec des complicités au sommet de l'État.

Selon le membre du gouvernement, le problème est d'une nature différente — mais tout aussi préoccupante sur le plan économique : la sous-déclaration par certains opérateurs privés d'une partie de leur production aurifère réelle. Une pratique qui prive mécaniquement le Trésor public des recettes issues de l'impôt synthétique minier et des taxes à l'exportation, sans que l'État soit directement dépossédé d'un or qui lui appartiendrait en propre.
La nuance est juridiquement fondée. Elle est politiquement commode. Mais elle laisse entière la question centrale que posaient les enquêtes publiées ces dernières semaines : comment expliquer que les douanes étrangères, notamment à Dubaï, enregistrent des importations d'or présentées comme camerounaises représentant des dizaines de fois la production officielle déclarée au Cameroun ? La sous-déclaration des opérateurs privés explique une partie de l'écart. Elle n'explique pas tout.

Pour crédibiliser sa réponse, le gouvernement a annoncé un ensemble de mesures correctives. Le renforcement des contrôles sur les sites d'exploitation constitue le premier axe, avec une présence accrue des agents de l'État sur le terrain aurifère, notamment dans la région de l'Est où se concentrent l'essentiel des sites d'orpaillage artisanal et semi-mécanisé. Le deuxième axe porte sur l'instauration de seuils minimaux de livraison : tout opérateur sera désormais tenu de déclarer un volume plancher de production, proportionnel à la taille de son exploitation, pour limiter les marges de manœuvre de la sous-déclaration.

L'amélioration de la traçabilité constitue le troisième pilier de la réforme annoncée. L'objectif affiché est de suivre l'or depuis son extraction jusqu'à son exportation — comblant ainsi le vide documentaire dénoncé depuis des années par les observateurs du secteur, où aucun papier n'est signé entre l'orpailleur et le collecteur, ni entre le collecteur et le bureau d'achat.
Enfin, quatrième axe et non des moindres, la Sonamines — Société nationale des mines du Cameroun — se voit confier un rôle de surveillance renforcée de la production et de la commercialisation de l'or issu de l'exploitation artisanale et semi-mécanisée. Un élargissement de mandat qui n'est pas sans soulever des interrogations, dans la mesure où la Sonamines est déjà critiquée pour son double rôle d'acteur et de régulateur du secteur depuis le code minier de 2023 — une position que des opérateurs du secteur jugent structurellement conflictuelle.
Une réponse qui arrive après les révélations
Ce qui frappe, à l'analyse de cette sortie gouvernementale, c'est son calendrier. Le ministre Fuh Calistus Gentry était resté injoignable lorsque des médias internationaux enquêtaient sur le dossier ces derniers mois. Ce n'est qu'après la publication de plusieurs investigations et la saisine du Tribunal criminel spécial — qui a déjà procédé à plusieurs auditions dans ce cadre — que le gouvernement a jugé utile de convoquer la presse.
La communication de crise ne suffit pas à répondre aux questions de fond que pose ce dossier : qui sont les opérateurs privés qui sous-déclarent, depuis combien de temps, et pour quels montants cumulés ? Quelles suites judiciaires sont envisagées contre eux ? Et comment le gouvernement entend-il garantir l'indépendance d'une Sonamines chargée de superviser un secteur dans lequel elle est elle-même partie prenante ?

À travers ces annonces, Yaoundé affiche sa volonté de reprendre la main sur un secteur minier qui ne contribue aujourd'hui qu'à environ 1 % du PIB national — un chiffre qui contraste cruellement avec le potentiel aurifère d'un pays dont la seule région de l'Est couvre 109 000 km² de sous-sol riche. Le gouvernement entend renforcer la transparence, lutter contre les pertes de recettes publiques et mieux encadrer un secteur qui, selon ses propres aveux, lui échappe en grande partie.

Les déclarations du ministre Fuh Calistus Gentry marquent une première étape. Les actes, eux, restent à venir. Et l'opinion publique camerounaise, comme la communauté internationale, les attend.