Derrière les murs épais et les barreaux rouillés des pénitenciers camerounais, un grondement sourd s'apprête à briser le calme de façade. Dans les prochains jours, les détenus de la crise post-électorale troqueront leur résignation contre un mouvement de grève. Ce n'est plus seulement une plainte ; c'est un hurlement de dignité face à un système qu'ils décrivent comme une machine à broyer les âmes.
Les raisons:
Le constat est amer, presque insoutenable. Du Secrétariat d'État à la Défense (SED) aux brigades de gendarmerie, en passant par les commissariats, l'ombre de la corruption plane sur chaque maillon de la chaîne judiciaire. Les détenus dénoncent une réalité révoltante : la liberté est devenue une marchandise.
Pendant que certains croupissent dans l'ombre pour leurs convictions, d'autres regagnent le grand air à coups de millions ou de réseaux d'influence.
La balance de la justice semble ne pencher que du côté du plus offrant, transformant les tribunaux militaires en théâtres d'inégalités flagrantes.
Au cœur de cette colère se trouve la politisation de la justice militaire. Les prisonniers pointent du doigt une complaisance systémique des juges d'instruction et des présidents de tribunaux.
« On ne juge plus des faits, on juge des opinions », semble dire ce mouvement de grève.
Le droit, censé être un rempart pour le citoyen, est ici perçu comme un outil de répression ciblé. Cette instrumentalisation des tribunaux d'exception vide l'institution de sa substance et laisse les prévenus dans une insécurité juridique totale.
Comme si l'injustice du verdict ne suffisait pas, le quotidien entre les murs est un calvaire. La maltraitance et la corruption endémique au sein même de l'administration pénitentiaire achèvent de briser les hommes.
- Accès aux soins monnayé.
- Conditions d'hygiène inhumaines.
- Racket permanent pour les droits les plus élémentaires.
Cette grève annoncée n'est pas qu'une simple revendication technique ; c'est le miroir déformant d'une société en quête de repères moraux. En choisissant de croiser les bras et de faire entendre leur voix, ces détenus rappellent au monde que, même privés de liberté, ils restent des hommes.
Le Cameroun regarde désormais vers ses prisons. La question n'est plus de savoir quand le mouvement débutera, mais si l'appel à une justice enfin intègre et humaine sera entendu avant que le désespoir ne devienne irréparable.
Paul Chouta









