Un tournant majeur vient de se produire dans l'affaire Martinez Zogo. Selon des informations parvenues à notre rédaction, la vidéo de l'assassinat du directeur général de la radio Amplitude FM a été retransmise lors de l'audience du Tribunal Militaire de Yaoundé — et ce malgré l'opposition formelle des avocats de Jean-Pierre Amougou Belinga, promoteur de Vision 4 Télévision, principal mis en cause dans cette affaire. Une projection qui marque un tournant décisif dans un procès dont l'issue pourrait redéfinir les contours de l'impunité au Cameroun.
Pour mesurer le poids de ce moment judiciaire, il faut revenir sur les faits. Dans la nuit du 17 au 22 janvier 2023, Martinez Zogo — journaliste d'investigation connu pour ses révélations sur des personnalités du régime dans son émission Embouteillages — est enlevé à Yaoundé. Cinq jours plus tard, son corps est retrouvé dans un état de mutilation avancée à la périphérie de la capitale. L'autopsie révèle qu'il a été torturé avant d'être tué. Le Cameroun est sous le choc.
L'enquête déclenche rapidement des arrestations au sein même des services de l'État. Léopold Maxime Eko Eko, alors directeur de la DGRE (Direction Générale de la Recherche Extérieure), est interpellé avec plusieurs complices. L'enquête remonte jusqu'à Jean-Pierre Amougou Belinga — l'un des hommes les plus puissants du paysage médiatique camerounais, fondateur du groupe Vision 4, dont les relations avec Martinez Zogo étaient notoirement conflictuelles. Il est mis en cause en qualité de commanditaire présumé du meurtre.
Depuis, le dossier est instruit au Tribunal Militaire de Yaoundé — juridiction qui, rappelons-le, a également défrayé la chronique dans l'affaire Aba'a Oyono pour ses méthodes controversées. Le procès d'Amougou Belinga, suivi avec une intensité rare par les milieux de la presse africaine et les organisations de défense de la liberté d'expression, est devenu le symbole d'une question que le Cameroun se pose depuis des années : la justice camerounaise peut-elle condamner les puissants ?
C'est dans ce contexte que la projection de ce jour prend toute sa dimension. La vidéo de l'assassinat — dont l'existence était connue des enquêteurs depuis les premières heures de l'affaire — vient d'être projetée devant le tribunal, les juges, le parquet et les avocats des parties. Les conseils d'Amougou Belinga s'y étaient formellement opposés — sans succès. Le tribunal a passé outre leurs objections, estimant que cette preuve est recevable et pertinente pour la manifestation de la vérité.
Le contenu exact de cette vidéo n'est pas divulgué publiquement. Mais son existence même — et sa projection malgré l'opposition de la défense — dit deux choses essentielles. D'abord, que les preuves matérielles de l'assassinat de Martinez Zogo sont désormais au cœur des débats judiciaires, rendant difficile toute stratégie de défense fondée sur le doute ou l'imprécision des faits. Ensuite, que le tribunal a choisi de ne pas se laisser dicter son agenda par une défense qui, selon toute apparence, cherchait à éviter que cette pièce accablante ne soit portée à la connaissance des juges.
Ce développement intervient dans un contexte particulièrement tendu. Il y a quelques jours, le politologue Vincent Sosthène Fouda avait pris seul et publiquement la défense d'Amougou Belinga dans une tribune remarquée — affirmant, au nom du principe in dubio pro reo, que son «intime conviction» l'amenait à penser que le promoteur de Vision 4 «n'a pas tué Martinez Zogo, ni commandité son meurtre». Une sortie courageuse — et isolée — qui avait relancé le débat sur la présomption d'innocence et la fiabilité de l'instruction.
Mais la projection de la vidéo d'assassinat ce jour, malgré l'opposition de la défense, envoie un signal inverse : celui d'un tribunal qui avance, qui accepte les preuves matérielles et qui ne se laisse pas paralyser par les stratégies dilatoires. L'étau se resserre. Et les questions que Simon-Pierre Mahend Essome posait sur l'Opération Épervier — «elle n'arrête que les poussins, jamais les coqs» — pourraient trouver ici un début de réponse, si la justice va jusqu'au bout de ce que cette vidéo montre.









