S’achemine-t-on vers la libération de Maxime Eko Eko dans la ténébreuse affaire d’assassinat de notre confrère Martinez Zogo ? C’est la grande interrogation qui ressort de l’audition de trois responsables majeurs de la Direction des Opérations de la DGRE lors des audiences criminelles spéciales des 16 et 17 février 2026 devant le Tribunal Militaire de Yaoundé.
Selon le journal « LE MESSAGER », qui est revenu en détail sur cette audition, les officiers de renseignement de la DGRE innocentent Maxime Eko Eko
« Les commandants du GAL, du GTI et du GRO ont décrit une opération menée hors des procédures, renforçant l’hypothèse d’une initiative personnelle et éloignant davantage la responsabilité de l’ex-Directeur général de la DGRE.
Les audiences criminelles spéciales des 16 et 17 février 2026 devant le Tribunal Militaire de Yaoundé ont marqué un tournant dans l’affaire MARTINEZ ZOGO. Trois responsables majeurs de la Direction des Opérations de la DGRE ont livré des dépositions qui convergent vers une même conclusion : l’opération ayant conduit à l’enlèvement et à l’assassinat du journaliste n’a pas respecté les canons institutionnels et ne saurait être imputée à une décision formelle de la hiérarchie.
Le Commandant du Groupement d’Appui Logistique (GAL), le Commandant du Groupement Tactique d’Intervention (GTI) et la Commandante du Groupement de Recherche Opérationnelle (GRO) ont chacun affirmé que leurs structures n’avaient pas été régulièrement associées à cette mission. Leurs propos, consignés sous serment, viennent conforter les analyses de plusieurs observateurs judiciaires et d’organisations de défense des droits humains selon lesquelles la chaîne de commandement aurait été contournée.
Premier à la barre, le Commandant du GAL, l’officier de police deuxième grade, MOHAMADOU HAMADOU, a été catégorique sur l’absence de toute procédure régulière. « Aucune diligence n’a été faite, donc non », a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé s’il avait autorisé la sortie d’armes pour cette opération. Il a rappelé que tout déploiement de matériel est subordonné à un bon de sortie validé par la hiérarchie.
« Tout est traçable grâce à un bon de sortie », a-t-il insisté. Concernant les véhicules, sa réponse a été tout aussi nette. « Dans cette affaire, avez-vous autorisé la mise à disposition d’un véhicule ? Non », a-t-il précisé. Pour lui, l’usage d’armes et de moyens roulants hors du circuit officiel constitue un « usage frauduleux » susceptible de causer un préjudice direct à l’institution.
LE GTI TENU À L’ÉCART
Le Commandant du Groupement Tactique d’Intervention (GTI), MARCEL NYAMBI PENDA, 24e témoin de l’accusation, a expliqué que son unité n’avait jamais été officiellement engagée.
« L’opération MARTINEZ ZOGO a-t-elle été associée au GTI ? Négatif », a-t-il répondu. Il a confirmé que la coordination des opérations relevait alors du Conseiller Technique N°1 du DG. « Le coordonnateur des activités de la Direction des Opérations était le Commissaire Divisionnaire JAMES ELLONG LOBÉ », a-t-il affirmé.
Il a également reconnu que l’opération n’avait pas été menée selon les règles. « Le fait que des agents du GTI et de la Liaison clandestine aient participé me fait dire que cette mission a été effectuée en marge des canons de la DGRE », a-t-il ajouté.
LE GRO JAMAIS SAISI
La Commandante du Groupement de Recherche Opérationnelle (GRO), CHARLOTTE ANGWE MBAH, a, à son tour, enfoncé le clou. Selon elle, son service est le passage obligé pour toute opération structurée. « C’est le service central par lequel il fallait passer », a-t-elle rappelé. Or, elle affirme n’avoir jamais été associée ni à la planification ni à la création du groupe de communication WHATSAPP qui aurait servi à coordonner les agents impliqués.
« Le groupe a été créé en dehors de la hiérarchie alors que c’est moi qui dois figurer systématiquement dans ce type de dispositif », a-t-elle précisé. Cette exclusion du GRO, pilier des opérations encadrées, conforte l’idée d’une initiative clandestine.
Au cœur des débats figure la note circulaire du 12 novembre 2021 retirant au Directeur des Opérations, JUSTIN DANWE, la capacité de conduire seul des missions sans validation du Conseiller Technique N°1. Les témoins ont expliqué que cette note visait à restaurer un fonctionnement structuré.
Pourtant, selon plusieurs dépositions, elle aurait été volontairement ignorée. Le principal accusé aurait même déclaré qu’elle était « bonne pour la poubelle », selon un avocat de la défense. Cette désobéissance manifeste illustre, d’après les témoins, une rupture entre les règles internes et la pratique de certains agents.
L’EX-DGRE DE PLUS EN PLUS INNOCENTÉ
Ces témoignages tendent à disculper l’ex-Directeur Général de la DGRE, MAXIME EKO EKO. Pour Maître SIRE ZIKOU, son avocat, « tous les témoins disent la même chose : ce n’était pas une opération ordonnée par le DGRE ». Il estime que « son maintien en détention ne se justifie plus » au regard des déclarations concordantes.
Le Commandant du GTI a reconnu ne disposer « d’aucune preuve » que le DG ait contredit sa propre note de service pour lancer cette mission. De son côté, le Commandant du GAL a affirmé n’avoir reçu « aucune instruction de l’ex-DG DGRE dans le cadre de cette affaire ».
Au-delà des responsabilités individuelles, ces auditions mettent en lumière une crise de gouvernance interne. « La DGRE est autonome », ont rappelé plusieurs témoins, soulignant que l’absence de respect strict des procédures a ouvert la voie à des dérives.
En révélant que l’opération MARTINEZ ZOGO s’est déroulée sans ordre formel, sans validation logistique et sans coordination opérationnelle, les dépositions des trois commandants dessinent un scénario de plus en plus éloigné d’une mission officielle. Elles projettent aussi une image d’un service miné par des initiatives parallèles, dont l’issue tragique a profondément entaché la réputation de l’institution.
La session des 9 et 10 mars 2026, consacrée à la contre-interrogation du Commandant du GRO, CHARLOTTE ANGWE MBAH, est désormais attendue comme une étape décisive dans la quête de vérité et dans la clarification des responsabilités sur cette affaire.
FRANCK ESSOMBA









