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Actualités of Friday, 5 November 2021

Source: La Nouvelle Expression

Tribalisme au Cameroun: révélations sur la prophétie des évêques

Ils faisaient remarquer que ce mal trouve ses racines surtout dans les intérêts politiques Ils faisaient remarquer que ce mal trouve ses racines surtout dans les intérêts politiques

Dans une lettre pastorale datée du 6 novembre 1996 à Yaoundé, les évêques du Cameroun voyaient juste en condamnant fermement le tribalisme et les discours de haine qui continuent de faire des ravages dans la société camerounaise. Ils faisaient remarquer que ce mal trouve ses racines surtout dans les intérêts politiques de quelques citoyens ambitieux.

Depuis l’élection

présidentielle du 07 octobre 2018, on assiste à la résurgence du tribalisme et des discours haineux dans la société camerounaise. Un fléau qui avait déjà été condamné et dénoncé par les évêques du Cameroun dans une importante lettre pastorale datée du 6 novembre 1996 à Yaoundé. Les évêques tenaient d’abord à préciser que le fait d’« aimer sa tribu est une bonne chose. C’est s’aimer soi-même comme le demande l’Évangile (Cf. Mc 12, 31). Mais l’attachement à sa tribu devient un mal réel quand on cherche à exclure les autres, à les persécuter, à les priver de leurs droits, à les assassiner, à opposer un groupe ethnique contre un autre à des fins personnelles, politiques, économiques».

L’exploitation du sentiment tribal à des politiques

Dans cette lettre pastorale, les évêques du Cameroun rappelaient que le Saint père, dans son Exhortation postsynodale Ecclésia in Africa a fait un large écho des méfaits du repliement sur les groupes ethniques : «le tribalisme met en péril et la paix et la poursuite du bien commun de l’ensemble de la société; le tribalisme compromet le dialogue franc et constructif entre les différents groupes ethniques; le tribalisme entretient les animosités ethniques et empêche la construction d’une unité nationale .quand il ne déstabilise pas la vie politique et ne provoque pas des guerre civile. Ce mal trouve sa racine surtout dans les intérêts politiques de quelques Citoyens ambitieux. Ils veulent exploiter le sentiment tribal du plus faible pour arriver au pouvoir politique, pour se servir du bien commun».

Les évêques du Cameroun attiraient même l’attention des Camerounais sur des situations dramatiques et tragiques survenues ailleurs : «Est-on conscient de ce qui se prépare ainsi ? Il ne me semble pas. Ce qui se passe dans d’autres pays du monde devrait être pour nous un sérieux avertissement. Ne sait-on pas que les drames du Rwanda et l’ancienne Yougoslavie, pour ne citer que les exemples les plus tristement spectaculaires, ont une origine ancienne et sont le résultat d’une lente et subtile détérioration de la solidarité nationale ? Un événement survient qui met le feu aux poudres et l’on se rend compte trop tard qu’il est la manifestation d’un état d’esprit ouvres, nourri et entretenu depuis longtemps»

Le danger de tenir deux langages

Cette lettre pastorale condamnant 1e tribalisme souligne ce qu’il faut faire pour éviter le pire : «pour préserver le pays de pareils malheurs, le premier remède est la prise de conscience personnelle et collective de la grande diversité de notre peuple. Non pas pour effrayer, ce qui n’aurait pas l’effet recherché, mais pour donner des raisons de respect des uns envers les autres.

La diversité du Cameroun est sa richesse et non sa faiblesse. Être fier de l’exceptionnelle variété des langues et des cultures du pays et en convaincre ses enfants est une noble réaction. Être fier de la grandeur des autres est plus noble encore. Chacune de nos ethnies a une grandeur, des valeurs et des richesses à faire partager», peut-on lire dans cette lettre pastorale.

Mieux : «Rien ne serait plus artificiel et dangereux que de tenir un discours qui gommerait les différences. Le danger serait plutôt de tenir deux langages. L’un, officiel, qui célèbre la richesse et la variété humaine de la nation, l’autre, privé, secret, qui dénonce systématiquement le particularisme des voisins».

a lettre pastorale des évêques du Cameroun appelle chacun et tous à faire son examen de conscience. Notamment la classe politique et la société civile : «Responsables de la société civile et politique, nous nous adressons à vous et nous prions pour vous, pour que vous n’oubliez pas la grave responsabilité qui est la vôtre devant le Seigneur de qui vous tenez votre autorité .Un jour vous devrez lui rendre compte de votre gestion»

Inculquer les vertus et valeurs d’ouverture

D’une grande actualité depuis plusieurs décennies, le message des évêques est spécialement adressé à l’endroit des dirigeants des partis politiques : «Chefs de partis politiques, acceptez que votre pensée sociopolitique ne soit que votre opinion,. L’autre peut avoir raison. C’est pourquoi, le dialogue avec lui s’impose».

Ainsi qu’aux parents : «Vous parents premiers éducateurs de vos enfants et de la jeunesse du pays, préparez l’avenir de notre nation, faites tout pour inculquer à vos enfants les vertus d’honnêteté, de partage, de tolérance et surtout de charité envers tous, sans distinction d’ethnie ou de région».

Un important message également pour les jeunes : «Vous les jeunes, combattez la paresse, le mensonge, la recherche du gain facile, cultivez le sens de l’effort, ayez la passion de la vérité, elle seule sauve (Cf. Jn 8 , 32) Tout jeune est votre frère, votre sœur (….) Et vous tous, fils et filles de notre pays, conscients que le Cameroun est notre patrie à tous, il nous revient de promouvoir entre nous les valeurs d’ouverture, de disponibilité, d’acceptation mutuelle et de collaboration pour le progrès et le développement harmonieux de notre pays. Chaque Camerounais est partout chez lui au Cameroun. Efforçons nous de vivre en frères et sœurs sous le regard de Dieu», avaient conclu les évêques du Cameroun.

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