Actualités of Monday, 24 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Train de vie de la famille Biya : Tout pour le chef et les siens, rien pour le bas peuple

Le contraste entre la fragilité des finances publiques camerounaises et le train de vie du sommet de l’État préoccupe certains Camerounais. Ils dénoncent une gestion jugée opaque des ressources publiques, en s’appuyant notamment sur d’anciennes accusations concernant l’utilisation de fonds publics.

La question fondamentale demeure celle-ci : le Cameroun dispose-t-il de suffisamment de recettes et de liquidités pour faire face simultanément à ses dettes, à ses dépenses publiques et à ses arriérés ? Cette interrogation financière en appelle une autre, plus politique : dans un pays où les finances publiques sont sous tension, quelles dépenses l’État considère-t-il comme prioritaires ?

Le Cameroun n’est certes pas en défaut de paiement. Mais ses finances publiques sont suffisamment fragiles pour que sa capacité à honorer durablement ses obligations constitue désormais un enjeu majeur. C’est dans ce contexte qu’il convient d’examiner, avec lucidité, la trajectoire économique du pays et les choix opérés au sommet de l’État.

Le contraste avec l’Ouganda est, à cet égard, saisissant. En 2024, le PIB ougandais était légèrement supérieur à celui du Cameroun : 53,9 milliards de dollars contre 53,3 milliards, soit environ 600 millions de dollars d’écart. Sur le papier, cependant, le PIB par habitant camerounais demeure environ 70 % supérieur à celui de l’Ouganda.

Mais cette photographie ne doit pas masquer la dynamique. Il y a vingt ans, le Cameroun disposait d’une avance plus nette. Son économie, relativement diversifiée, reposait sur le pétrole, l’agriculture, les services et certaines activités industrielles. Pourtant, sa croissance est demeurée trop modeste pour permettre une véritable transformation structurelle du pays.

L’Ouganda, lui, a progressivement réduit l’écart grâce à une croissance économique soutenue. En 2024, il produisait pratiquement autant de richesses que le Cameroun avec environ 21 millions d’habitants supplémentaires. Le Cameroun conserve donc un avantage en termes de revenu moyen, mais il est désormais rattrapé en matière de puissance économique globale.

Cette comparaison pose une question qui dépasse les seuls chiffres du PIB : que fait chaque pays de ses ressources et de ses potentialités ?
L’Ouganda cherche notamment à développer de nouvelles capacités industrielles, notamment dans l’assemblage et la fabrication, encore limitée, de véhicules et de bus électriques. Au Cameroun, pendant ce temps, l’actualité politique semble trop souvent accaparée par des controverses qui n’améliorent en rien le quotidien des citoyens : voyages et absences du chef de l’État, spéculations sur son état de santé, querelles entre la FECAFOOT et le MINSEP, luttes de préséance et affrontements institutionnels.

Le problème n’est évidemment pas qu’un président voyage, séjourne à l’étranger ou bénéficie des moyens de sécurité et de représentation attachés à sa fonction. Le véritable problème est celui du coût de ces choix dans un pays où les ressources publiques sont rares et où une grande partie de la population peine à accéder aux services essentiels.

C’est ici que la question du train de vie présidentiel prend toute sa dimension politique. Lorsqu’un pays connaît des tensions de trésorerie, accumule des arriérés et doit régulièrement recourir à de nouveaux emprunts pour honorer ses obligations, toute dépense somptuaire associée au sommet de l’État devient légitimement un sujet d’intérêt public.

Depuis son accession à la magistrature suprême, Paul Biya n’a pourtant pas été avare de déclarations condamnant les détournements de fonds publics et la corruption d’une façon générale.

Lors de la campagne présidentielle de 2004, par exemple, on l’entendait ainsi scander : « Nous sanctionnerons sans pitié la fraude et la corruption qui sont, pour une bonne part, à l’origine de nos difficultés. Croyez-moi, les choses vont changer. »

En 2005, rebelote. Il soulignait : « Une totale incompatibilité entre les efforts que nous déployons pour faire reculer la pauvreté et l’enrichissement scandaleux de quelques-uns. Le détournement des fonds publics se fait, faut-il le rappeler, au détriment de la communauté nationale. Je voudrais aujourd’hui dire très solennellement qu’il faut que cela cesse. »

Une année plus tard, on le retrouvait déplorant : « Malgré nos efforts pour les combattre, la fraude, les détournements de deniers publics, la corruption continuent de miner les fondations de notre société. »
Se faisant menaçant, il enchaînait : « Ceux qui se sont enrichis aux dépens de la fortune publique devront rendre gorge. Les délinquants en col blanc n’ont qu’à bien se tenir. »

Trois ans plus tard, en 2009, nouvelle sortie : « L’inertie, la corruption et le détournement des biens publics [...] affectent l’image de notre pays et nous privent de tant de satisfactions, notamment de centres de santé, de routes, de salles de classe, pour ne citer que ces quelques priorités. »
Il enchaînait : « J’irai jusqu’au bout dans la moralisation des comportements, pour la lutte contre la corruption et le détournement des biens publics. »

À la fin de la même année, il martelait encore : « La démocratie, c’est aussi la préservation de la fortune publique. C’est pourquoi nous avons entrepris de lutter sans merci contre la corruption. Qu’on ne s’attende pas à ce que nous nous arrêtions en chemin. »

Un an plus tard : « Nous irons jusqu’au bout, quoi qu’en disent certains. La corruption, toujours elle, sans cesse renaissante et qui s’est étendue, semble-t-il, aux marchés publics. Nous continuerons à la traquer sans pitié. »

Petit problème : non seulement ce discours de moralisation contraste avec certaines pratiques et certains mécanismes de gouvernance qui ont été vivement critiqués, ne serait-ce que sur la question de la mise en œuvre effective de l’article 66 de la Constitution relatif à la déclaration des biens et avoirs, mais les révélations de WikiLeaks sont venues, à leur tour, nourrir les interrogations sur la gestion de la fortune publique.

À la faveur de la publication de câbles diplomatiques américains par WikiLeaks, on apprenait notamment qu’un câble de l’ambassade des États-Unis au Cameroun, daté de 2009, observait : « La capacité du Cameroun à suivre son budget est parmi les pires d’Afrique. »

La chancellerie américaine relevait également les disparités entre le projet de budget de l’État et son exécution effective. Selon le câble, le gouvernement n’avait pas la capacité suffisante de suivre l’exécution du budget, notamment parce qu’il n’existait pas d’interface entre les différents programmes informatiques utilisés par le ministère de l’Économie, qui élaborait le budget, et le ministère des Finances, qui gérait les fonds.

La conséquence, selon cette source, était particulièrement préoccupante : « Même le ministre des Finances est incapable de donner un compte rendu détaillé de la façon dont les fonds sont dépensés. »

Un autre câble de la même ambassade indiquait avoir recueilli des témoignages présentés comme de première main, selon lesquels l’entourage de Paul Biya aurait payé en espèces, avec des valises contenant des centaines de milliers de dollars, certaines dépenses liées au ravitaillement en kérosène de son avion.

Le même câble rapportait qu’en septembre 2008, lors du déplacement de Paul Biya à l’Assemblée générale des Nations unies, un membre de son entourage aurait été arrêté alors qu’il tentait de quitter l’hôtel de Genève où séjournait le président avec une mallette contenant 3,4 millions de francs suisses en espèces. Le câble évaluait cette somme à environ 6,8 millions de dollars.

Toujours selon les informations rapportées dans ces câbles, 600 millions de francs CFA auraient été dépensés en septembre 2009 pour trois semaines de vacances à La Baule, en France, et 900 millions de francs CFA en 2004 au Claridge’s de Londres.

Ces informations doivent naturellement être présentées pour ce qu’elles sont : des renseignements rapportés dans des câbles diplomatiques américains et non des faits judiciairement établis. Mais leur publication a néanmoins soulevé des interrogations considérables sur la gestion des ressources publiques et sur le train de vie du pouvoir camerounais.

Il serait toutefois incomplet de s’arrêter aux câbles de WikiLeaks. Des accusations beaucoup plus anciennes, formulées dès le début des années 1990 par Robert Messi Messi, alors ancien directeur général de la Société camerounaise de banque (SCB), avaient déjà jeté une lumière particulièrement crue sur les relations entre le pouvoir présidentiel et certaines ressources bancaires.

Dans un entretien accordé à Célestin Monga et Blaise Pascal Talla, publié en mai 1992 dans Jeune Afrique Économie, Robert Messi Messi, qui avait quitté le Cameroun et se trouvait alors en exil, livrait un témoignage extrêmement détaillé sur les interventions qu’il disait avoir subies dans l’exercice de ses fonctions.

Il affirmait notamment que Jeanne Irène Biya, la défunte première épouse du chef de l’État, intervenait personnellement auprès de lui pour obtenir des financements et lui donnait des instructions concernant certaines opérations financières.

Selon son témoignage, il avait notamment été sollicité pour participer au financement de la construction du palais de Mvomeka’a, dont la réalisation était associée à l’architecte franco-tunisien Olivier-Clément Cacoub. Robert Messi Messi évoquait notamment des virements effectués en 1988 pour un montant total de 1,75 milliard de francs CFA au bénéfice de l’architecte.

Il décrivait également diverses opérations bancaires qui, selon lui, avaient été réalisées pour le compte du chef de l’État, de son épouse et de leur famille. Le document reproduisant l’entretien comporte notamment une annexe présentant un état d’opérations attribuées à ces instructions, concernant le palais et l’aéroport présidentiels de Mvomeka’a, la ferme du Sud, les plantations et d’autres dépenses liées au patrimoine familial.

Plus encore, Robert Messi Messi affirmait que Jeanne Irène Biya effectuait elle-même des incursions auprès de la banque afin d’obtenir des financements pour certaines opérations.

Il expliquait également avoir été amené, pour certaines transactions réalisées en France, à se rendre personnellement à Paris afin d’instruire une banque correspondante de procéder à des virements à partir de comptes de la SCB.

Il faisait état, dans le même entretien, d’un ensemble beaucoup plus vaste d’opérations qu’il attribuait aux instructions venues de la présidence : acquisition de terrains, construction d’un immeuble d’habitation à Yaoundé, dépenses liées aux funérailles d’un proche du président, construction de logements pour la Garde présidentielle à Mvomeka’a, dépenses relatives à la ferme du Sud et aux plantations, ainsi que diverses autres opérations.

Ces accusations sont lourdes. Elles doivent donc être formulées avec la prudence qui s’impose : il s’agit du témoignage et des accusations de Robert Messi Messi, publiés dans la presse, et non d’une condamnation judiciaire établissant définitivement la responsabilité de Paul Biya ou de son épouse.

Mais il serait tout aussi contestable de les réduire à une simple rumeur. Elles ont été formulées dans un entretien identifiable, publié à l’époque, avec des noms, des dates, des montants et des opérations précises, et ont depuis été reprises dans différents travaux consacrés au régime de Paul Biya.

Fanny Pigeaud revient notamment sur ce témoignage dans son ouvrage « Au Cameroun de Paul Biya », où elle évoque les accusations de Robert Messi Messi concernant l’utilisation des ressources de la SCB pour financer notamment un palais et un terrain de golf de 18 trous à Mvomeka’a.

Autrement dit, la question n’est pas de transformer ces accusations en vérités judiciaires qu’elles ne sont pas. Elle est de reconnaître qu’elles constituent une pièce ancienne et substantielle du débat public sur la gestion des ressources au sommet de l’État camerounais.

Et si ces accusations étaient fondées, la question serait évidemment considérable : comment des ressources d’une banque auraient-elles pu être mobilisées pour financer des réalisations à caractère privé ou patrimonial liées au sommet de l’État ?

Cette interrogation entre directement en résonance avec les propres déclarations de Paul Biya sur la préservation de la « fortune publique ».
C’est précisément cette contradiction entre le discours de moralisation du pouvoir et les accusations anciennes portées contre son entourage qui mérite d’être interrogée.

Mais il existe une autre affaire, beaucoup plus récente, qui ramène brutalement au même problème : celui de la maîtrise des richesses nationales et de leur traçabilité.
Il s’agit de l’or camerounais.

Les chiffres disponibles sont pour le moins troublants. En 2023, selon les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le Cameroun n’avait officiellement déclaré que 22,3 kilogrammes d’or exportés, alors que les statistiques des Émirats arabes unis faisaient apparaître plus de 15 tonnes d’or en provenance du Cameroun.

L’écart est abyssal.

Selon l’ITIE, cette discordance aurait représenté pour le Cameroun des pertes fiscales considérables. D’autres données plus récentes communiquées par la Société nationale des mines (SONAMINES) ont également fait état d’écarts spectaculaires entre les quantités officiellement déclarées au Cameroun et celles enregistrées à Dubaï comme provenant du Cameroun.

Ainsi, sur la période 2021-2025, des dizaines de tonnes d’or auraient été enregistrées à Dubaï comme provenant du Cameroun, alors que les volumes officiellement déclarés par le Cameroun étaient sans commune mesure.

La question est évidemment vertigineuse : comment un pays peut-il officiellement exporter quelques kilogrammes d’or tandis que les statistiques de son principal marché de destination en enregistrent des tonnes ?

Il faut certes se garder de conclure automatiquement que tout l’or enregistré à Dubaï comme « camerounais » a nécessairement été extrait au Cameroun. Des questions de transit, d’origine, de traçabilité et d’attribution peuvent entrer en ligne de compte. Mais ces réserves ne dissipent pas le problème : l’État camerounais semble avoir de grandes difficultés à maîtriser et à retracer une partie significative des flux de cette richesse minière.

Et c’est ici que l’affaire prend une dimension politique.

Des acteurs de la société civile et des observateurs du secteur minier ont évoqué l’existence de réseaux bénéficiant de complicités ou de protections au sein des cercles du pouvoir. Des personnalités proches du régime ont également été mises en cause dans le débat public.

Ces accusations doivent, elles aussi, être distinguées de faits judiciairement établis. Il serait irresponsable de présenter comme coupable une personne simplement parce qu’elle a été « indexée » ou citée dans une controverse.

Mais il serait tout aussi irresponsable de faire comme si ces interrogations n’existaient pas.

Car pendant que le pays peine à mobiliser suffisamment de recettes pour financer ses infrastructures, ses services sociaux et ses obligations financières, des volumes considérables d’une richesse appartenant au patrimoine national semblent échapper aux circuits officiels ou demeurent insuffisamment tracés.

Voilà qui ramène brutalement à notre question initiale : de quelles ressources le Cameroun dispose-t-il réellement, et surtout, que deviennent-elles ?

Un pays dont une grande partie de la population vit avec des revenus extrêmement faibles ne peut se permettre de voir ses ressources naturelles disparaître dans des circuits opaques.

La question n’est donc plus seulement celle de la pauvreté du peuple. Elle devient celle de l’évaporation de la richesse nationale.
Le fossé apparaît encore plus nettement lorsqu’on considère les revenus d’une grande partie de la population active.

Il convient ici d’être précis : le chiffre de 40 000 FCFA ne saurait être présenté comme le salaire médian de l’ensemble des travailleurs camerounais. Les niveaux de rémunération varient considérablement selon le statut, le secteur d’activité et le degré d’informalité. Mais une large partie des travailleurs informels vit avec des revenus particulièrement faibles, parfois de l’ordre de quelques dizaines de milliers de francs CFA par mois.

Les estimations disponibles du salaire médian national sont sensiblement supérieures, mais elles masquent une réalité sociale essentielle : une partie considérable de la population active travaille avec des revenus qui ne permettent que très difficilement de satisfaire les besoins élémentaires.

Derrière ces chiffres se trouvent des millions de Camerounais qui doivent se nourrir, se loger, se soigner, scolariser leurs enfants et se déplacer avec des ressources extrêmement limitées.

Et pendant ce temps, le pays voit s’échapper, selon les données disponibles, des volumes considérables de ressources minières, tandis que les controverses sur le train de vie du sommet de l’État se succèdent.

C’est là que la formule « Tout pour le chef et les siens : rien pour le bas peuple » prend tout son sens politique.

Elle ne signifie pas que toute dépense engagée au sommet de l’État serait nécessairement illégitime. Elle traduit plutôt le sentiment d’une population qui voit s’élargir, année après année, le fossé entre ceux qui disposent du pouvoir et ceux qui disposent de très peu de moyens pour vivre.

Le problème n’est donc pas seulement celui de la richesse personnelle, réelle ou supposée, d’un dirigeant. Il est celui de la responsabilité publique, de la justice sociale et de l’exemplarité du pouvoir.

Lorsqu’on demande à un peuple de se serrer la ceinture, de supporter la hausse du coût de la vie et d’accepter les sacrifices imposés par les contraintes budgétaires, les dirigeants doivent eux-mêmes donner le sentiment de partager ces contraintes.

La sobriété au sommet n’est pas seulement une question morale : elle est aussi un impératif de crédibilité politique.

Même lorsqu’une dépense présidentielle est légalement imputée au budget de l’État, ou lorsqu’une dépense privée est effectivement financée par des ressources personnelles, une question de décence publique peut subsister.

Dans une démocratie, les dirigeants ne doivent pas seulement respecter la loi ; ils doivent également veiller à ce que leur mode de vie ne donne pas le sentiment de mépriser les sacrifices consentis par leurs concitoyens.

Car le véritable luxe qu’un État devrait offrir à son peuple n’est pas le faste de ses dirigeants.

C’est la dignité de vivre de son travail, de se soigner sans se ruiner, d’envoyer ses enfants à l’école, de disposer d’une énergie fiable, d’accéder à l’eau potable et de pouvoir regarder l’avenir avec confiance.

Un pays ne se développe pas en multipliant les signes de prestige au sommet tandis que la base s’appauvrit. Il se développe en transformant ses ressources en routes, écoles, hôpitaux, énergie, industries, emplois et perspectives pour sa jeunesse.

C’est finalement là que se situe le véritable problème camerounais.
Pendant que l’Ouganda accélère et cherche à construire de nouvelles capacités productives, le Cameroun semble trop souvent prisonnier des querelles de personnes, des rivalités institutionnelles et d’un système politique dominé par la longévité du pouvoir.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien vaut le PIB camerounais. Elle est de savoir pourquoi, avec ses ressources, son potentiel humain et sa position stratégique, le Cameroun ne produit pas davantage de richesse et surtout ne la redistribue pas davantage.

Et surtout : pourquoi, dans un pays où l’on demande sans cesse au citoyen de se serrer la ceinture, le sommet de l’État semble-t-il parfois vivre dans une réalité budgétaire et matérielle si éloignée de celle du peuple ?

C’est cette fracture qu’il faut avoir le courage de regarder en face.
La prospérité du sommet ne peut durablement être bâtie sur la précarité de la base.

Pour une meilleure compréhension de certains des mécanismes évoqués ici — fonctionnement du pouvoir, réseaux, corruption, gestion des ressources, rapports entre les élites et longévité du régime — la lecture de Fanny Pigeaud, Au Cameroun de Paul Biya permet de replacer ces éléments dans une perspective historique et politique plus large.

Au fond, le véritable enjeu n’est pas de savoir si le Cameroun manque de richesses. Il est de savoir pourquoi un pays aussi riche en ressources naturelles, aussi doté en terres, en pétrole, en gaz, en forêts, en minerais et en potentiel humain, demeure incapable de transformer suffisamment cette richesse en prospérité collective.

Et c’est peut-être là la question la plus dérangeante de toutes :
Que devient la richesse du Cameroun avant qu’elle n’arrive jusqu’au Camerounais ordinaire?

JPD