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General News of Friday, 16 February 2018

Source: cameroon-tribune.cm

Trafic de drogues: les raisons d’un commerce prospère au Cameroun

Dans une interview accordée à Cameroon-Tribune, le Colonel Célestin Kounkap Directeur de l’Emploi et des Structures à la Gendarmerie nationale a révélé les efforts du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogue au Cameroun.

Quelle est l’ampleur du phénomène du trafic de stupéfiants au Cameroun ?

Selon l’Office des Nations unies pour la drogue et le crime, l’Afrique centrale en général, (et le Cameroun en particulier), est en passe de devenir la plaque tournante pour le trafic de drogues, stupéfiants et substances psychotropes. L’on note que le commerce desdits produits s’accompagne le plus souvent de la recrudescence de la criminalité, la détérioration de la couverture sanitaire du pays et un accroissement de la délinquance en général.

Dans le cadre de la lutte contre le trafic des drogues et substances illicites, la Gendarmerie nationale a enregistré des résultats significatifs, notamment, l’interpellation des trafiquants, la saisie d’importantes quantités de drogues et cannabis dans les aéroports, la découverte et la destruction de nombreux champs de culture de cannabis dans certaines régions.

Pour le cas particulier de la région du Centre, les zones de grande production agricole telles que les départements du Mbam et Inoubou et du Mbam et Kim, la Lekié et le Nyong et Kelle, sont classées en tête dans la cartographie de la culture du cannabis, suivies du département du Haut Nyong où l’on enregistre de très faibles quantités de stupéfiants. D’importantes quantités, (1150 kg à l’Ouest), (1010 kg dans le Littoral) et (950 kg dans le Centre) ont été particulièrement saisies ces dernières années.

Toutefois, malgré ces actions coercitives, le trafic se poursuit et alimente les foyers criminogènes en milieux urbains et ruraux, constituant ainsi une source de perturbation de la tranquillité publique. L’on constate aussi que les enfants de la rue sont les plus exposés à la consommation. Et le phénomène s’étend malheureusement de plus en plus aux milieux scolaire et universitaire avec la consommation du « Tramol », du cannabis, de la chicha ou des amphétamines aux coins des rues, des débits de boissons, des cafés et agglomérations. Les conducteurs de motos-taxis sont aussi les principaux consommateurs du « Tramol ».

Comment la Gendarmerie nationale agit-elle dans la lutte contre le trafic de drogues?

La lutte contre le trafic de drogues et stupéfiants que mène la Gendarmerie revêt trois formes : la prévention de l’acquisition des semences et de la culture de la drogue qui se développe beaucoup plus en zone rurale. Les mesures coercitives prises contre ceux qui font usage et les consommateurs de drogues, la lutte contre le trafic à grande échelle au niveau national ou international, à travers la mise hors d’état de nuire, aussi bien des petits dealeurs que des responsables des cartels et filières internationaux, ainsi que de tous ceux qui participent directement ou indirectement au trafic de drogues à tous les niveaux. Il est aussi envisagé à la Gendarmerie nationale, la création d’une brigade canine au sein du GPIGN pour appuyer les autres unités dans la lutte contre le trafic des stupéfiants.

On pourrait ainsi mettre à contribution des chiens renifleurs déployés de temps en temps sur les axes routiers lors des opérations de contrôle, de surveillance et répression des infractions aux règles de la circulation routière. La Gendarmerie nationale infiltre également les milieux criminogènes, mène des opérations de bouclage, de saisie et destruction des cultures et produits stupéfiants saisis, procède à l’arrestation et déferrement des délinquants et trafiquants de drogues et stupéfiants devant les tribunaux.

Au demeurant, les criminels redoublent d’ingéniosité au quotidien pour contourner notre action et faire prospérer leur trafic. C’est pourquoi la lutte implique une mise en éveil permanente des forces de sécurité et un renouvellement régulier de la logistique afin de les traquer dans les zones d’accès difficile.

Pourquoi le trafic prospère-t-il malgré ces moyens de dissuasion ?

A la faveur de l’effondrement des prix du coton, du cacao et du café à partir des années 1980, le commerce « moderne » du cannabis s’est développé, provoqué par l’appauvrissement de la plupart des terres arables disponibles, en raison des pratiques agricoles intensives.

En raison aussi de sa valeur commerciale élevée et de sa capacité à prospérer dans des sols pauvres, la culture du cannabis est rapidement devenue un choix attrayant pour les agriculteurs ruraux. Les ouvriers qui travaillent dans ces plantations y aménagent généralement des espaces où ils cultivent le cannabis à l'insu de leurs employeurs.

Ce cannabis est ensuite évacué vers des zones de commercialisation avec l’aide des transporteurs qui les dissimulent dans des vivres. Les techniques utilisées par les trafiquants pour dissimuler leurs marchandises sont diverses et variées. Les narcotrafiquants cachent même la drogue dans la Bible et le Coran, une façon de tromper la vigilance des forces de sécurité pour la faire passer inaperçu. Elle est aussi dissimulée dans les semelles de chaussures. Les lieux de dépeçage des poulets servent aussi de caches aux toxicomanes.

Les profils des trafiquants sont aussi diversifiés : les personnes handicapées, les élèves, les prostituées : les videurs des boîtes de nuit et des snacks. Les lieux de vente de cannabis sont souvent repérés par des inconnus à travers les chaussures qui pendent sur les câbles électriques en pleine rue. Les vendeurs sont généralement à proximité de ces balises criminelles.