Le communiqué publié par Steven Nbienou Kouadjo, au sujet des accusations liées au trafic présumé d'or camerounais vers Dubaï, soulève davantage de questions qu'elle n'en résout. Il se concentre sur l'absence d'activité officielle dans le commerce de l'or, sans répondre directement aux soupçons de recours à des prête-noms ou aux interrogations liées à Dubaï, destination au cœur des investigations.
Le 15 juillet 2026, alors que les agents de la DGRE s'apprêtent à partir à Dubaï pour investiguer les circuits financiers liés au trafic d'or camerounais, et qu'Oswald Baboke — directeur adjoint du Cabinet civil de la présidence — fait l'objet d'enquêtes simultanées du TCS et de la DSP, un homme prend la parole publiquement. Steven Nbienou Kouadjo, président de NBIKO Group, résident à Dubaï, publie un communiqué de presse intitulé « L'or du Cameroun appartient aux Camerounais. »
Ce communiqué n'a pas été publié dans un contexte ordinaire. Il a été publié dans un contexte explosif — celui d'une enquête présidentielle ordonnée par Paul Biya dès février 2026, d'écarts documentés de quinze tonnes d'or camerounais déclarées à Dubaï contre vingt-deux kilogrammes officiellement exportés, et d'une piste de prête-noms que les enquêteurs du TCS suivent précisément vers Dubaï.
C'est dans ce contexte que ce communiqué doit être lu. Et lu attentivement.
Pourquoi communiquer avant d'être mis en cause officiellement est une erreur classique
Les spécialistes de la communication de crise connaissent ce piège. Prendre la parole avant d'être officiellement mis en cause, c'est entrer dans le débat public avant que la justice ne vous y oblige. C'est transformer une suspicion en actualité. C'est confirmer à tous les observateurs que votre nom circule dans des cercles suffisamment proches de l'affaire pour que vous jugiez nécessaire de vous exprimer.
Un homme dont le nom ne circulait pas dans ce dossier n'aurait pas publié ce communiqué. Le fait qu'il l'ait publié dit que son nom circule — et qu'il le sait.
Dans les crises modernes, la communication protège l'image. Seule l'enquête protège la vérité. En choisissant de communiquer, Nbienou a peut-être protégé son image à court terme. Mais il a également signalé publiquement son existence dans ce dossier à tous ceux qui ne le connaissaient pas encore.
Comment les communicants identifient ce type de texte
Il existe dans la communication de crise une catégorie particulière de textes que les professionnels reconnaissent immédiatement : le démenti auto-incriminant. Ce n'est pas un mensonge. Ce n'est pas un aveu. C'est un texte qui, par sa construction même, révèle plus qu'il ne cache.
Ses caractéristiques typiques sont connues. Il nie la mauvaise chose — l'activité commerciale traçable — plutôt que la bonne chose — la relation avec la personne suspectée. Il introduit des éléments de contexte non demandés — "une vie d'entrepreneur vous met en contact avec tous les milieux" — qui anticipent des questions que personne n'avait encore posées publiquement. Il assume des positions émotionnelles plutôt que factuelles — "je les assume" — qui protègent la relation sans protéger juridiquement la personne. Et il laisse des silences précisément là où les questions les plus brûlantes se posent.
Le communiqué de Nbienou présente chacune de ces caractéristiques.
La dénégation centrale et ses limites
La dénégation principale est précise et vérifiable : « Mon groupe n'a jamais eu la moindre activité liée au commerce de l'or, ni au Cameroun ni ailleurs. Les registres publics et consultables le confirment. ».
C'est une affirmation testable. Si NBIKO Group ne figure sur aucune liste d'exportateurs miniers, sur aucun agrément d'exploitation, sur aucun contrat de commerce d'or — alors cette partie du démenti peut tenir.
Mais elle ne répond pas à la bonne question. La piste que les enquêteurs du TCS suivent n'est pas celle d'une activité commerciale directe et traçable. C'est celle des prête-noms. Et la logique des prête-noms repose sur un principe fondamental que ce communiqué semble ignorer délibérément : un prête-nom n'a par définition aucune activité commerciale traçable à son propre nom. C'est sa fonction même. Il prête ses structures, ses circuits, son identité — sans que rien dans les registres publics ne relie directement cette activité à la personne qu'il protège.
L'absence de trace dans les registres publics est un symptôme, pas une preuve d'innocence. C'est précisément ce que les enquêteurs savent. Et c'est précisément ce que ce démenti omet de traiter.
L'assomption des amitiés : un choix émotionnel, pas stratégique
« J'ai lu le nom de personnes que je connais. Je ne me ferai le juge de personne, et je ne me tiendrai à distance d'aucune de mes amitiés pour la seule raison qu'un vent souffle. Je les assume. »
Dans une communication de crise professionnelle, on ne gère pas ses amitiés en les assumant. On les contextualise. On précise la nature du lien. On établit la distance entre la relation personnelle et l'activité professionnelle. On explique pourquoi ce lien ne constitue pas une complicité.
Assumer ses amitiés est un geste émotionnel et humain. C'est respectable sur le plan personnel. Mais c'est une erreur stratégique dans le contexte d'une enquête sur des réseaux de prête-noms. Parce que cette assomption confirme trois choses simultanément : que Nbienou connaît des personnes citées dans l'affaire, que ces relations sont suffisamment documentées pour qu'un démenti de leur existence serait intenable, et qu'il choisit la loyauté personnelle plutôt que la protection juridique.
Un communicant expérimenté lui aurait dit : "Ne dites pas que vous les assumez. Expliquez pourquoi ces amitiés sont sans rapport avec les faits reprochés."
Le silence sur Dubaï : l'aveu involontaire
C'est le silence le plus révélateur de tout le communiqué.
Nbienou est résident à Dubaï. L'enquête documentée par Jeune Afrique pointe précisément vers Dubaï comme destination des flux d'or camerounais non déclarés. La DGRE envoie des agents à Dubaï.
Le lien géographique entre sa résidence et le cœur de l'enquête est le point le plus sensible de toute sa situation. Et le communiqué n'en dit pas un mot.
Les communicants expérimentés savent qu'un silence sur un point sensible est rarement neutre. Dans une communication de crise, ce qu'on ne dit pas pèse autant que ce qu'on dit. En ne mentionnant pas Dubaï, en ne contextualisant pas sa résidence dans cette ville précisément au cœur de l'enquête, Nbienou laisse le lecteur attentif faire lui-même le lien que le communiqué préfère éviter.
Il aurait pu expliquer pourquoi sa présence à Dubaï n'a aucun rapport avec les flux aurifères investigués. Il a choisi de ne pas le faire. Ce choix dit quelque chose.
Ce que l'enquête devra établir
La présomption d'innocence s'applique pleinement à Steven Nbienou Kouadjo. Un communiqué de presse n'est ni une preuve de culpabilité ni une preuve d'innocence. C'est une position publique.
Ce que l'enquête devra établir — si elle va jusqu'à lui — c'est la nature réelle des liens entre NBIKO Group, ses structures affiliées, et les circuits d'exportation d'or camerounais vers Dubaï. Non pas à travers les registres publics que le communiqué cite, mais à travers les circuits financiers, les transactions bancaires, et les relations contractuelles que les agents de la DGRE déployés à Dubaï sont précisément en train d'investiguer.
Un démenti bien construit résiste à l'opinion publique. Il ne résiste pas nécessairement aux relevés bancaires.
Dans les crises modernes, la communication protège l'image. Seule l'enquête protège la vérité. Et pour l'instant, c'est l'enquête qui a le dernier mot.
Comme toujours, ces éléments doivent être confirmés par les enquêtes en cours et par des sources indépendantes. Nous prenons acte du démenti de Steven Nbienou Kouadjo et attendons que les faits tranchent.
- Analyse produite à partir de sources médiatiques, témoignages publics et observations du paysage politique camerounais. -
John Lawson









