Actualités of Monday, 20 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Titus Edzoa : condamné à 4 heures du matin, sans avocat — le procès qui révèle la face sombre du régime Biya

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Un procès tenu en pleine nuit, sans défense, suivi d'une seconde condamnation quinze ans plus tard : Jeune Afrique reconstitue le destin judiciaire de Titus Edzoa, ancien secrétaire général de la présidence devenu prisonnier politique, et ce qu'il révèle des méthodes d'un régime qui élimine ses opposants par la justice.


Il y a des procès qui ne trompent personne. Celui de Titus Edzoa, tenu le 3 octobre 1997, en est l'illustration la plus glaçante dans l'histoire judiciaire camerounaise récente. Selon les révélations de Jeune Afrique, l'audience s'est ouverte à 4 heures du matin — en l'absence de tout avocat de la défense. À l'issue de cette procédure nocturne d'une légitimité douteuse, l'ancien secrétaire général de la présidence et son associé Michel Thierry Atangana ont été condamnés à quinze années de prison. Un verdict rendu dans l'obscurité, au sens propre comme au sens figuré.

D'opérateur à accusé : la mécanique de la disgrâce

Pour comprendre la brutalité de cette chute, il faut remonter à son origine. Titus Edzoa n'était pas un opposant ordinaire. Chirurgien de formation, il avait opéré avec succès la sœur de Paul Biya en septembre 1981 — un geste médical qui avait ouvert les portes du cercle intime du futur président. Comme le révèle Jeune Afrique, les deux hommes partageaient bien plus qu'une relation de confiance politique : ils étaient tous deux membres de l'Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, ce mouvement philosophique et initiatique qui unit ses adeptes par des liens que certains décrivent comme plus forts que la politique.

Cette proximité avait valu à Edzoa une ascension fulgurante : conseiller à la présidence, ministre de l'Enseignement supérieur en 1992, secrétaire général de la présidence en 1994. À ce dernier poste, il était notamment chargé de superviser la SNH — que Jeune Afrique décrit comme la « caisse noire » de la présidence, dont les fonds finançaient des activités secrètes allant bien au-delà de la sécurité nationale. Un poste qui lui donnait accès, selon un proche du palais d'Étoudi cité par Jeune Afrique, à « une bonne partie des secrets de l'État, y compris ceux qui concernaient la circulation des fonds de la SNH ».

La lettre qui signa son arrêt de mort politique

Le 20 avril 1997, Titus Edzoa publie une lettre publique annonçant sa démission du gouvernement et sa candidature à l'élection présidentielle. Le texte est d'une sévérité sans précédent pour un ancien proche du chef de l'État : « Le constat, pour peu qu'on veuille bien être honnête, est hélas dramatiquement désolant sur tous les plans : institutionnel, économique, social, culturel », écrit-il, selon les révélations de Jeune Afrique.

La réponse de Paul Biya ne se fait pas attendre. Moins de trois mois plus tard, le 3 juillet 1997, Titus Edzoa est arrêté — tout comme Michel Thierry Atangana, l'homme d'affaires et banquier qui l'épaulait dans son projet politique. Les deux hommes sont accusés de détournements de fonds dans des affaires liées à l'Organisation internationale du cacao et à la gestion d'un sommet de l'OUA. Des accusations qu'ils ont toujours formellement démenties.

4 heures du matin, sans avocat : l'État de droit en question

Le procès s'ouvre le 3 octobre 1997 dans des conditions que Jeune Afrique qualifie d'emblée d'inacceptables au regard des standards les plus élémentaires du droit à la défense. Audience nocturne, absence totale des avocats de la défense : le verdict de quinze ans de prison est rendu dans des conditions qui ressemblent moins à une procédure judiciaire qu'à une exécution politique habillée en robe de magistrat.

Ce n'est pourtant pas la fin. En 2012, selon les informations de Jeune Afrique, les deux hommes sont à nouveau condamnés — cette fois à vingt années de réclusion. Deux condamnations, deux procédures, un seul résultat : maintenir hors du jeu politique camerounais deux hommes dont le premier détenait des secrets d'État potentiellement dévastateurs pour le régime.



Le 24 février 2014, Paul Biya accorde sa grâce présidentielle aux deux hommes. Titus Edzoa retrouve la liberté après dix-sept ans de détention. Depuis, il a exprimé quelques critiques à l'égard de son ancien mentor et s'est dit prêt à conduire une période de transition politique. Mais comme le note Jeune Afrique avec une précision qui dit tout : il n'a jamais révélé les secrets du président.

Cette retenue est-elle le fruit d'un accord tacite ? D'une prudence bien compréhensible ? Ou d'une loyauté résiduelle envers un homme avec qui il partageait un ordre mystique et une vision du monde ? Titus Edzoa lui-même avait confié à Jeune Afrique cette phrase sibylline : « Si notre appartenance commune à l'ordre rosicrucien nous a rapprochés, Paul Biya a une peur bleue de ce que je pourrais révéler. » Une peur qui, visiblement, a suffi à acheter le silence d'un homme que dix-sept ans de prison n'ont pas brisé.