La répétition des violences visant les Bamilékés dans le Sud-Cameroun, notamment à Zoétélé, Meyo-Centre et Sangmélima, où des commerces et ressortissants de cette communauté a été ciblés dans un climat de tensions ethniques et d’inaction de l’Éta, est fortement critiquée. Dans une tribune, publiée sur les réseaux sociaux, Armel Mbatchou estime que ces événements traduisent un problème politique profond, nourri par des discours identitaires et l’instrumentalisation de l’autochtonie. Il retrace l’historique de cette stigmatisation, depuis la répression des populations bamilékées pendant la période de l’UPC jusqu’aux violences communautaires plus récentes, en soulignant l’absence de réponses fermes des autorités.
Zoétélé, Meyo-Centre, Sangmélima : le pouvoir camerounais laisse prospérer la violence ethnique
À Zoétélé comme auparavant à Meyo-Centre ou à Sangmélima, le même scénario se répète : des ressortissants bamilékés ciblés, des commerces attaqués, des tensions ethniques assumées publiquement… et un État presque absent.
Le problème n’est plus local. Le problème est politique.
Depuis des décennies, les violences visant les Bamilékés dans le Sud-Cameroun suivent une mécanique désormais connue : désignation d’un ennemi intérieur, instrumentalisation de “l’autochtonie”, attaques contre les activités économiques, puis silence institutionnel.
Une chronologie accablante
1950–1960 : la matrice de la stigmatisation
Pendant la guerre contre l’UPC, les populations bamilékées sont assimilées aux mouvements rebelles indépendantistes. Répression massive, exécutions, déplacements forcés : l’appareil d’État construit très tôt une méfiance durable autour de cette communauté.
1992 : Ebolowa et les pillages anti-bamilékés
Après l’élection présidentielle contestée, des commerces appartenant à des Bamilékés sont pillés et incendiés à Ebolowa. L’État ne tire aucune leçon durable de ces violences.
Meyo-Centre : les premières alertes ignorées
À Meyo-Centre, des épisodes d’hostilité communautaire et d’agressions contre des ressortissants bamilékés avaient déjà révélé une montée inquiétante du rejet identitaire dans le Sud. Ces tensions avaient exposé l’absence de réaction forte des autorités face aux discours de haine locaux.
2018–2020 : la bamiphobie politique se banalise
Les périodes électorales deviennent des moments de surenchère ethnique. Des responsables et relais communautaires accusent ouvertement les Bamilékés de contrôler l’économie nationale et de vouloir dominer politiquement le pays.
2019 : Sangmélima explose
À Sangmélima, des commerces de Bamilékés et Bamouns sont détruits après un fait divers impliquant un chauffeur de taxi. Des centaines de personnes fuient. Les violences prennent une dimension ouvertement communautaire.
2026 : Zoétélé confirme l’enracinement du mal
À Zoétélé, les attaques contre des activités économiques bamilekées démontrent que rien n’a été réglé. Le pouvoir central observe, temporise et communique à peine pendant que la fracture nationale s’aggrave.
Le tribalisme sert désormais d’outil politique
Le discours est toujours le même : les Bamilékés seraient “trop riches”, “trop nombreux”, “trop influents”. Cette rhétorique est toxique. Elle transforme la réussite économique en motif de suspicion collective.
Au lieu de combattre la pauvreté, la corruption et l’échec de la gouvernance, certains acteurs politiques préfèrent fabriquer des ennemis ethniques pour détourner la colère populaire.
Le plus grave est ailleurs : l’absence de réponse ferme de l’État finit par légitimer ces dérives.
Le silence du gouvernement devient une complicité politique
Si tout le monde a dénoncé farouchement la situation des étrangers en Afrique du Sud que laissons nous faire au Cameroun ?
Un État républicain protège tous les citoyens sans distinction.
Quand des commerces sont attaqués pour des raisons identitaires et qu’aucune démonstration d’autorité n’intervient immédiatement, le message envoyé est clair : certaines communautés peuvent être exposées sans conséquence majeure pour les agresseurs.
Le Cameroun officiel parle constamment de “vivre-ensemble”, mais refuse d’affronter le poison tribal lorsqu’il devient politiquement sensible.
Ce silence est dangereux.
Parce qu’aucun pays ne reste stable lorsque l’origine ethnique commence à déterminer :
* qui peut commercer ;
* qui peut s’installer ;
* qui peut prospérer ;
* qui mérite d’être protégé.
Le Cameroun avance vers une rupture grave
L’histoire montre que les fractures identitaires ne deviennent jamais soudainement incontrôlables. Elles progressent par tolérance successive :
* banalisation des discours de haine ;
* violences locales minimisées ;
* absence de sanctions ;
* installation de la peur ;
* radicalisation communautaire.
Le pouvoir camerounais joue avec une matière inflammable.
Et lorsque l’État cesse d’incarner l’impartialité républicaine, chaque communauté finit par croire qu’elle devra se défendre seule.
C’est exactement ainsi que les nations commencent à se désagréger.
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Armel MBATCHOU









