Jeune Afrique dresse un parallèle édifiant entre les deux grandes figures de l'opposition camerounaise. Même scénario, même piège, huit ans d'écart.
L'histoire, dit-on, ne se répète pas. Elle bégaie. Au Cameroun, ce bégaiement prend le visage d'Issa Tchiroma Bakary en 2026, et celui de Maurice Kamto en 2018. Deux opposants, deux présidentielles contestées, deux exils — l'un intérieur, l'autre gambien — et surtout, le même réflexe : le boycott. Dans une analyse fouillée publiée ce lundi, Jeune Afrique établit un parallèle saisissant entre les trajectoires des deux principales figures de l'opposition camerounaise, et pose une question que beaucoup préfèrent esquiver : l'opposition est-elle structurellement condamnée à se détruire elle-même ?
En 2018, après une présidentielle qu'il estimait lui avoir été volée, Maurice Kamto avait choisi la politique de la chaise vide. Résultat : son Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) avait boycotté les législatives de 2020, s'était retrouvé marginalisé, et Kamto lui-même avait été écarté de la présidentielle de 2025. Huit ans plus tard, c'est Issa Tchiroma Bakary qui emprunte exactement le même chemin, avec les mêmes arguments, les mêmes postures, et selon Jeune Afrique, les mêmes risques de fracture interne.
Ce n'est pas un hasard si le magazine panafricain souligne que de nombreux cadres du FSNC sont d'anciens soutiens de Kamto, passés dans le camp de Tchiroma entre les deux élections. Ces transfuges tiennent aujourd'hui autour de leur nouveau champion le même discours qu'ils tenaient jadis autour de l'ancien : la participation électorale équivaut à une trahison. Un discours que Jeune Afrique qualifie sobrement de « parfois jugé radical ».
Kamto change de cap, Tchiroma s'entête
Ce qui rend le parallèle encore plus troublant, c'est le retournement récent de Maurice Kamto lui-même. Après des années de boycott, le président du MRC a confirmé qu'il alignerait des candidats aux prochains scrutins législatifs et municipaux. Une inflexion majeure qui met, de facto, une pression considérable sur le FSNC. Selon les informations de Jeune Afrique, c'est précisément cette décision de Kamto qui a accentué les divisions au sein du parti de Tchiroma Bakary : si le MRC joue le jeu électoral, le FSNC peut-il se permettre de rester sur la touche sans perdre sa crédibilité d'opposant structurant ?
La réponse d'Issa Tchiroma, pour l'instant, est oui. Depuis Banjul, où les autorités gambiennes lui ont même interdit de s'exprimer publiquement sur la politique camerounaise, l'opposant maintient sa ligne. Jeune Afrique rappelle que cette décision est soutenue par des personnalités de poids comme Rebecca Enonchong, Marie Roger Biloa ou Eric Chinje. Mais les fidèles ne suffisent pas toujours à combler les fractures.
Ce que révèle en creux l'analyse de Jeune Afrique, c'est peut-être la vulnérabilité structurelle de l'opposition camerounaise dans son ensemble. Incapable de s'unir avant les élections — les négociations entre Kamto et Tchiroma ayant échoué, comme révélé par ailleurs — elle se retrouve désormais incapable de s'entendre sur la stratégie à adopter après. Le régime de Paul Biya, lui, n'a pas ce problème.









