Actualités of Friday, 5 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Téléphones non dédouanés : l’État somme les opérateurs de bloquer les IMEI, la faisabilité technique interroge

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Dans une lettre adressée le 1er janvier 2026 aux directeurs généraux de MTN Cameroun et Orange Cameroun, le ministre des Finances Louis Paul Motazé constate avec irritation que les conclusions de la réunion de concertation du 22 mai 2026 n’ont toujours pas été appliquées. Cette réunion prévoyait pourtant une phase pilote d’interdiction d’accès au réseau local aux téléphones importés frauduleusement, à compter du 1er avril 2026, dans le cadre du nouveau mécanisme de collecte des droits et taxes de douane issu de l’article 6 de la loi de finances 2023. Face à un « volume croissant de téléphones importés en contrebande avec incidence budgétaire et sur la sécurité nationale », Motazé ordonne une mise en œuvre urgente et complète, en rappelant que le blocage doit porter sur les IMEI non répertoriés dans la plateforme de suivi, et non sur les numéros d’abonnés. Il menace les opérateurs d’engager leur responsabilité fiscale au sens de l’article 7 de la décision conjointe MINFI/MINPOSTEL du 25 mars 2026, si un terminal non dédouané venait à se connecter à leur réseau.

La première question qui se pose est celle de la faisabilité technique d’un tel blocage dans les délais imposés. Mettre en œuvre un filtrage des IMEI suppose une base de données douanière parfaitement fiable, actualisée en temps réel et interconnectée avec les équipements réseau des opérateurs. Or, le risque d’erreurs – blocage abusif de terminaux légalement importés – est élevé, sans compter la possibilité de contournement par clonage ou modification des IMEI. Rien n’indique qu’une évaluation technique contradictoire et indépendante ait été menée en amont avant cette nouvelle grande annonce.

La seconde interrogation est économique : les opérateurs ont-ils réellement intérêt à appliquer une mesure qui amputera leurs revenus ? Les téléphones importés en contrebande génèrent du trafic, des données et des recharges, donc du chiffre d’affaires. Les bloquer, c’est potentiellement réduire la base d’abonnés actifs et s’aliéner une partie de la population qui utilise ces terminaux sans forcément en connaître le statut douanier. Face à ce dilemme, entre la menace de sanctions fiscales et la perte immédiate de revenus, le silence prudent des opérateurs n’a rien d’étonnant.

Au fond, la vraie interrogation est peut-être ailleurs : une évaluation sérieuse de sa faisabilité a-t-elle seulement été menée avant cette énième grande annonce fiscale sur les téléphones ? Le débat public, une fois de plus, intervient après la décision, alors que l’on ignore encore combien de Camerounais pourraient se retrouver du jour au lendemain avec un téléphone « mort » sans avoir jamais été informés. Entre la fermeté de Bercy et la prudence des opérateurs, le bras de fer ne fait que commencer, et les prochaines semaines diront si cette réforme entre enfin dans les faits ou rejoint la longue liste des belles annonces sans suite.