Actualités of Tuesday, 7 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Succession de Paul Biya : le scénario redouté

Décision controversée Décision controversée

La question de la vice-présidence au Cameroun fait beaucoup parler. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) est manifestement en train de préparer l’après Biya, mais attention, un scénario est redouté. Il est dévoilé dans le journal L’indépendant, parution n°1017.

À la veille de l’ouverture de la session parlementaire en cours, L’indépendant titrait à la une de son édition du N°1009 du 09/03/2026 : « Succession : Les cartes se brouillent. Un projet de réforme constitutionnelle visant à restaurer le poste de vice-président est dans les tuyaux. Jeux et enjeux autour d’une succession réglée à la volonté du Prince ».

La convocation du parlement en congrès le 02 avril 2026 par le Président de la République, à l’effet de modifier certaines dispositions constitutionnelles, incluant la création d’un poste de vice-président, a mis de facto fin aux spéculations. Après la redéfinition des équilibres régionaux au sommet de l’Assemblée nationale et du Sénat le 16 mars 2026, le parlement réuni en congrès depuis le 02 avril, a adopté samedi dernier, un projet de réforme constitutionnelle incluant la création d’un poste de vice-président. Avec une majorité écrasante du RDPC dans les deux chambres du parlement, le texte préalablement validé en commission, a été entériné en plénière sans surprise. L’opposition dénonce un déni de démocratie.

En amont de cette réforme, le professeur de droit public, Jean Calvin Aba'a Oyono, alertait sur une révision « unilatérale », « sans débat national préalable » de ce qui est en principe « la colonne vertébrale » de l'État. Cette nouvelle configuration n’est pas du goût de l’opposition. Les forces centrifuges dénoncent une confiscation du pouvoir et une entorse à la démocratie.

« C'est l'assassinat de la démocratie, le recul de l'État de droit (…) Nous n'avons que notre voix, parce que nous sommes minoritaires à l'Assemblée, pour dire non à cela, ce n'est pas adapté ! » Le Sdf exprime ainsi son rejet catégorique, en révoquant une initiative qui affaiblit la démocratie et la représentation populaire. Dans un communiqué officiel signé par son président, Joshua Osih, le Sdf souligne que la nomination d’un vice-président par le chef de l’État, rompt avec les principes démocratiques. Le parti d’opposition met également en garde contre les risques institutionnels de cette réforme. Selon le leader du Sdf, un vice-président nommé, pourrait brouiller les mécanismes de succession au sommet de l’État et concentrer davantage le pouvoir entre les mains du président de la République au détriment des contre-poids et de l’équilibre institutionnel.

Le PCRN dénonce une réforme qui apporte des changements, mais refuse le changement. « Un pouvoir qui se nomme lui-même, n’est pas une démocratie », relève Cabral Libii qui pointe par là même, le risque d’un exécutif concentrant l’essentiel des pouvoirs : nominations, révocations et décisions. Entre autres propositions, le PCRN propose de rétablir la limitation des mandats, de renforcer la transparence via la déclaration publique des biens, de sanctuariser certaines dispositions constitutionnelles, notamment les droits fondamentaux. Pour le député Nintcheu Jean Michel, sur ses plateformes digitales : « Le projet de loi modifiant la Constitution est une insulte à l’intelligence, et une vraie provocation ».

Le Pr Félicité Owona Fegue alerte quant à elle sur une dérive progressive depuis la Constitution de 1996 conçue sous l’impulsion du Pr Joseph Owona, de regrettée mémoire. Ce texte fondamental, visait initialement un équilibre entre un exécutif fort, un parlement actif et une justice indépendante. Selon le Pr Félicité Owona Fegue, la révision constitutionnelle de 2008, marquée par la suppression de la limitation du mandat présidentiel, a constitué un tournant vers un hyper présidentialisme.

Le projet de modification constitutionnelle de 2026, précise-t-elle, viendrait ainsi accentuer cette évolution en introduisant un vice-président, sans clarifier l’architecture du pouvoir. Pour Philippe Nanga, figure de la société civile, coordonnateur de l'ONG « Un monde avenir », le projet examiné au parlement est un déni total de la souveraineté des citoyens dans le choix de leurs dirigeants.

« Ce vice-président prendrait immédiatement le pouvoir et n'aurait de comptes à rendre à personne parce qu'il aurait été choisi par la seule personne du président. Donc, il peut nommer son fils, sa femme, sa tante, on n'a pas défini le profil ». Il poursuit : « C'est un gré à gré qui est en train de se légaliser dans notre pays. C'est inacceptable, tout simplement. À partir du moment où il y a la possibilité d'avoir à la tête du pays une personne choisie par le président de la République, cela ne me semble pas être en cohérence avec les principes démocratiques ».

Dans le camp présidentiel, le ministre chargé de mission à la présidence de la République, Benoit Ndong Soumeth, membre du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), répond aux critiques en déclarant que les actes politiques du président Paul Biya ont « toujours été conformes à la loi », ces 43 dernières années, et que, puisque le poste de vice-président respectera les critères de la « légitimité légale et rationnelle », selon lui, il ne peut y avoir d'accusation de déni de démocratie.