Au sommet de l’État, les faux-semblants constituent une arme de diversion massive, selon Max Mpandjo. Derrière les discours officiels sur la stabilité et l’intérêt général, l’entourage immédiat du président est au centre des luttes d’influence impitoyables, lit-on dans le numéro 1044 du journal l’Indépendant. Ces manœuvres, précise le média que nous citons en intégralité, n’ont qu’un seul objectif inavoué : le contrôle du fauteuil présidentiel.
La création d’un poste de vice-président alimente tous les grenouillages élitaires au cœur du sérail. Trahisons, coups bas, chausse-trappes, rythment désormais les allées et les couloirs du palais présidentiel d’Etoudi. Ces manœuvres se cristallisent autour du profil de l’heureux élu au poste de vice-président.
C’est le syndrome de Brutus. La longue attente n’arrange rien. La guerre de succession prend les allures d’une guerre de clans entre les cercles concentriques du pouvoir. Les créatures du premier cercle, la famille nucléaire, n’entendent pas voir le chef de l’État devenir l’objet de ces querelles de leadership au cœur du système.
Il y a également la patte des derniers légitimistes fidèles des fidèles depuis les premières heures du Renouveau, qui vivent mal le fait d’être de plus en plus relégués à la périphérie. En première ligne, il y a la proéminence de la guerre sans merci entre deux clans.
En quarante-trois ans, la machinerie du système a vu passer dauphins putatifs et authentiques, brisant au passage tant de destins à l’eau de rose, et d’ambitions démesurées. Paul Biya serait-il donc aujourd’hui otage d’un système qu’il a lui-même construit afin de se maintenir au pouvoir ad vitam eternam ? Nous sommes en plein dans une situation d’équilibre catastrophique, pour reprendre Antonio Gramsci, philosophe italien.
Pour gérer ces équilibres complexes, Paul Biya est conscient que la moindre bavure dans le choix de l’heureux élu au poste de vice-président, pourrait complètement dérégler la machine. Au sein des cercles de pouvoir, l’allégeance affichée au chef de l’État n’est trop souvent qu’un masque. Derrière les sourires de façade, les poignées de main protocolaires et les motions de soutiens zélées, une guerre de succession invisible fait rage. Pour les courtisans et les membres du premier cercle, la proximité apparente avec le président ne sert qu’à une chose : se positionner pour capter l’ultime héritage suprême. Dans ce théâtre du pouvoir, l’illusion sert de stratégie.
L’art de la diversion consiste alors à prendre le président comme bouclier. La tactique est rôdée. Pour atteindre le sommet, les ambitieux utilisent l’image du président comme un paravent. Ils multiplient les déclarations enflammées sur la « continuité » et la « fidélité », tout en neutralisant méthodiquement leurs rivaux internes. Cette mise en scène politique permet de masquer les ambitions personnelles bouillonnantes derrière une façade de dévouement institutionnel.
Mode opératoire
Les enjeux de ces luttes d’influence se concentrent sur des objectifs très clairs : le contrôle de l’appareil sécuritaire (scénario improbable du fait de la loyauté des forces régaliennes au chef des forces armées) ; l’influence sur les nominations stratégiques. Il s’agit alors de placer des pions fidèles aux postes clés (finances, administration territoriale, justice). Ensuite, la mainmise sur la communication, qui consiste à contrôler le narratif officiel et diaboliser les opposants internes. Comment repérer ces faux-semblants ? plusieurs signaux ne trompent pas les observateurs de la scène politique. Les crises d’allégeance se multiplient, les révélations opportunes éclatent dans la presse pour salir un concurrent, et des réseaux de soutien officieux émergent. Tous ces éléments indiquent que la bataille pour le fauteuil est ouverte, même si le principal intéressé est encore en fonction.
Ce jeu d’ombre a un coût exorbitant pour l’État. En focalisant toutes les énergies sur la conquête du pouvoir suprême, les véritables défis socio-économiques et le développement du pays sont relégués au second plan. Le fonctionnement même des institutions est fragilisé par ces querelles de chapelle, où la légitimité ne découle plus du mérite ou du suffrage, mais de la capacité à manœuvrer dans les couloirs du palais.
Face à ces stratégies de manipulation, les citoyens doivent aiguiser leur sens critique pour identifier les véritables motivations qui animent la classe politique. La politique ne doit pas se résumer à une simple lutte pour un fauteuil, mais doit rester un engagement au service de l’intérêt collectif.









