La succession de Maurice Kamto à la tête du MRC, prévue lors de la convention du 17 octobre 2026 à Odza, se déroule dans un contexte marqué par des tensions internes, des procédures judiciaires et les échéances législatives et municipales à venir. Deux figures se détachent dans le texte : Tiriane Balbine Noah, qui assure l’intérim, et Pierre Emmanuel Binyam, cadre du parti revendiquant une longue expérience militante.
Le 8 septembre 2026, Maurice Kamto a quitté la présidence du MRC. Il n'a pas quitté le parti, dont il reste membre. Le 17 octobre à Odza, les délégués éliront, pour la première fois depuis 2012, un président qui ne s'appelle pas Kamto.
Le contexte pèse lourd. Le 19 août, le MINAT a refusé de prendre acte de la convention de décembre 2025, sans motivation explicite. Les procès internes avec Okala Ebodé et Willy Mengue se poursuivent. Les législatives et les municipales approchent.
Au centre de la tempête se trouve un nom : Pierre Emmanuel Binyam. Pour les uns, c'est un homme de terrain capable de relancer le mouvement. Pour les autres, c'est un candidat entouré de zones d'ombre. Mais la vraie question dépasse les personnes : quel MRC sortira de l'après-Kamto ?
TROIS LÉGITIMITÉS EN CONCURRENCE
La compétition oppose trois légitimités :
- l'institutionnelle, celle de Tiriane Balbine Noah, deuxième vice-présidente, qui assure l'intérim ;
- la militante, celle de Binyam, avec sept ans de responsabilités, de l'unité de Logbessou au secrétariat général adjoint ;
- la symbolique, celle de la proximité avec Kamto, et c'est elle que tout le monde se dispute.
Binyam présente un profil de cadre d'entreprise (Orange, Huawei, doctorat en administration des affaires). Pourtant, il se proclame « taliban », et même « taliban dangereux ». Le manager revendique le registre du militant de combat.
KAMTO, LE GRAND ÉLECTEUR ABSENT
Aucun candidat ne propose de rupture. Tous se réclament de Kamto. C'est là le paradoxe : le fondateur s'est retiré de la présidence pour ne pas peser, et il est au centre de toute la campagne.
Binyam cite en exclusivité les éloges que Kamto lui aurait adressés en privé, tout en affirmant que Kamto ne « bénit » personne. Les adversaires de Tiriane Noah la présentent, eux, comme sa « marionnette ». Chacun fait parler un homme qui a choisi de se taire.
DES SOUTIENS QUI POSENT QUESTION
Des voix extérieures au parti se sont invitées dans la campagne. Armand Noutack II, hostile déclaré à Kamto, soutient Binyam comme le chef d'une « aile modérée ». Laure Noutchang, qui a quitté le MRC, continue de commenter sa vie interne.
Une question s'impose : peut-on se dire héritier de Kamto quand ses soutiens les plus bruyants le combattent ?
LA GUERRE DES RÉCITS
Les accusations se sont multipliées : proximité avec Eto'o, avec Atanga Nji, avec Cabral Libii, infiltration. Un « scoop » anonyme a circulé le 21 septembre, sans source, sans nom, sans date. Binyam répond qu'il n'a « jamais rencontré » aucun d'eux.
Dans ce brouillard, une seule pièce est documentée : la mise au point du porte-parole Roger Justin Noah, qui détaille avec dates et chiffres les mesures de clémence accordées à la liste Binyam. Le reste relève de la rumeur.
Trois images du candidat s'affrontent :
- le continuateur de Kamto, selon lui-même ;
- la victime d'une cabale, selon ses défenseurs ;
- le futur « Yebga », selon ses détracteurs, qui le soupçonnent de vouloir contester le résultat en justice. C'est une hypothèse, pas un fait.
LA LOYAUTÉ À LA PLACE DU PROGRAMME
Binyam a passé cinquante-trois minutes sur Dash TV. On y a parlé d'Eto'o, d'Atanga Nji, de Kamto, de loyauté et de cabale. On n'y a entendu aucun plan pour les investitures, aucune stratégie pour les législatives.
La campagne débat de qui est fidèle, pas de ce qu'il faut faire. Un parti qui veut gouverner devra inverser cet ordre.
LE VRAI TEST
Le récépissé du 17 octobre n'est ni une faveur ni une victoire, c'est un droit. La maturité du MRC se mesurera à sa capacité d'appliquer ses propres règles à tous, avec la même souplesse ou la même rigueur.
Elle se mesurera surtout au lendemain du vote. Le premier engagement qu'on attend des deux candidats est simple : reconnaître le verdict et n'utiliser que les recours internes prévus par les statuts. Un contentieux de plus offrirait au régime l'argument qu'il attend à la veille des législatives.
Le MRC a choisi la chaise vide en 2020. Il ne peut pas se permettre un nouveau rendez-vous manqué, cette fois par division.
CONCLUSION
Le 17 octobre, les délégués ne désigneront pas seulement un président. Ils diront quel parti ils veulent : un mouvement qui s'organise autour de règles, ou une famille qui se dispute la parole de son fondateur.
Kamto a quitté la présidence sans quitter le parti. Le meilleur hommage que le MRC puisse lui rendre est de prouver qu'il fonctionne sans lui.
John Lawson









